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Liban: nouvelle journée de manifestations contre le pouvoir

Samedi 19 octobre 2019
Liban: nouvelle journée de manifestations contre le pouvoir
Manifestation à Zouk Mikael, au nord de Beyrouth, contre la classe politique accusée de corruption, le 19 octobre 2019 - JOSEPH EID (AFP)

Des milliers de Libanais sont rassemblés samedi pour une troisième journée de manifestations contre l'incapacité d'une classe politique accusée de corruption à résoudre une crise économique endémique, un mouvement inédit depuis des années qui a paralysé le pays.

En dépit d'une intervention des forces de l'ordre pour disperser dans la nuit la foule devant le siège du gouvernement à Beyrouth et des dizaines d'arrestations, les manifestants se sont mobilisés à nouveau dans plusieurs villes du pays, selon des correspondants de l'AFP sur place.

Le matin, l'armée a rouvert des autoroutes bloquées par des barricades dressées par des manifestants, qui n'ont pas tardé à en installer d'autres.

Des volontaires nettoyaient le centre-ville de Beyrouth transformé en un champ de bataille, de la fumée se dégageant encore de pneus et bennes à ordures incendiés la nuit.

Des débris de verre des vitrines de magasins et de banques vandalisés jonchaient le sol, tandis que des morceaux de tôles ont été mises devant les devantures de banques pour les protéger.

Dans un communiqué, l'armée a appelé les manifestants à "s'exprimer de manière pacifique sans porter atteinte aux biens publics et privés".

Les services de sécurité ont eux fait état de "l'arrestation de 70 personnes pour actes de sabotage, incendies et cambriolage dans le centre-ville".

- "Ils nous exploitent" -

Mais en début d'après-midi, "tous les détenus" d'une des principales casernes de la police dans la capitale ont été relâchés, selon l'Agence nationale d'information (ANI).

Plus tôt, le père d'un détenu avait tenté de s'immoler par le feu devant le bâtiment des forces de l'ordre.

Lors des manifestations déclenchées jeudi par l'annonce d'une nouvelle taxe -depuis annulée- les manifestants conspuent l'ensemble des dirigeants dans leurs fiefs les qualifiant de "voleurs" et déchirant leurs portraits.

Le mouvement de contestation a gagné certains fiefs du puissant mouvement chiite du Hezbollah et de son allié Amal.

Dans une allocution télévisée samedi, le chef du parti, Hassan Nasrallah, s'est dit opposé à une démission du gouvernement, appelant les manifestants à la retenue.

A Tyr (sud), où le puissant chef du Parlement et chef du parti Amal, Nabih Berri, a été accusé d'escroquerie la veille par les manifestants, des dizaines de ses partisans s'en sont pris samedi aux protestataires, selon un témoin.

Dans un communiqué, Amal a fustigé ces agressions, affirmant vouloir "ouvrir une enquête".

A Tripoli (nord), une manifestante, Hoda Sayyour, assure ne pas vouloir déserter la rue.

"Ils nous exploitent et ne font rien pour améliorer les services", déplore la quinquagénaire.

Plus du quart de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque Mondiale.

La classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), est accusée de corruption et de népotisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence.

- "Message retentissant" -

Vendredi, écoles, universités, banques et institutions publiques avaient fermé. Les banques sont restées fermées samedi.

Vendredi, M. Hariri a défendu les réformes qu'il veut faire adopter, en accusant des membres de sa coalition gouvernementale d'entraver ses efforts.

Il leur a donné jusqu'à lundi pour se prononcer clairement en faveur des réformes, insinuant qu'il pourrait démissionner.

Avant lui, le chef de la diplomatie Gebran Bassil, gendre du président Michel Aoun, a dit être opposé à une démission du gouvernement, qui pourrait "aggraver" la situation.

Samedi, Hassan Nasrallah, a accusé, sans les nommer, des responsables de tenter de jeter "la responsabilité sur les autres", semblant rétorquer à M. Hariri.

Il a appelé "à répondre au message retentissant" des manifestants, en saluant "un mouvement populaire (...) qui dépasse les appartenances confessionnelles, régionales ou politiques".

"Son discours vise à calmer la grogne au sein de sa propre communauté, dont le ras-le-bol socioéconomique a éclaté au grand jour", estime le politologue Karim el Mufti.

Le discours de M. Nasrallah a suscité l'ire de certains manifestants.

"Le Liban est plus important que la Syrie!", a lancé l'un d'eux sur une chaîne locale, en allusion aux combats du Hezbollah au côté du régime de Bachar al-Assad dans la guerre en Syrie.

Jeudi, des milliers de manifestants de tous bords ont envahi de manière spontanée les rues après l'annonce de la décision du gouvernement de taxer les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. Une décision aussitôt annulée.

Le Liban s'est engagé en 2018 à engager des réformes en contrepartie de promesses de prêts et de dons d'un montant total de 11,6 milliards de dollars. Sa dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, troisième taux le plus élevé au monde.

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