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L'Espagne retourne aux urnes dans un climat crispé

Dimanche 10 novembre 2019
L'Espagne retourne aux urnes dans un climat crispé
Pablo Casado, chef de file du Parti populaire (PP, conservateur), assis avec sa femme Isabel Torres dans une cafétéria après avoir voté, salue une femme à Madrid le 10 novembre 2019 - GABRIEL BOUYS (AFP)

Les Espagnols retournaient aux urnes dimanche pour la quatrième fois en quatre ans dans un climat alourdi par la crise catalane et la montée de l'extrême droite qui prétend la résoudre par la manière forte.

Six mois après le scrutin d'avril qu'il avait remporté sans majorité absolue, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, une nouvelle fois favori, demande aux 37 millions électeurs de lui donner un mandat clair pour mettre un terme à l'instabilité politique que connaît l'Espagne depuis 2015.

Après avoir voté, il a indiqué espérer "qu'à partir de demain, nous puissions (...) former un gouvernement et mettre l'Espagne en marche". Mais tous les sondages indiquent qu'il ne disposera pas de cette majorité claire et qu'il devra se contenter d'un gouvernement minoritaire et de négocier des appuis au cas par cas au Parlement.

Les bureaux de vote ferment à 20H00 (19H00 GMT) et les résultats sont attendus deux heures plus tard environ.

D'après les enquêtes d'opinion, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) perdrait plusieurs de ses 123 sièges, les conservateurs du Parti Populaire se remettraient du pire résultat de leur histoire (66 sièges), et Vox, le parti d'extrême droite entré au parlement en avril avec 24 sièges, deviendrait la troisième force, avec plus de 40 députés.

Dans tous les cas, ni un bloc de gauche (PSOE, gauche radicale Podemos et sa liste dissidente Mas Pais) ni une alliance des droites (PP, VOX et les libéraux de Ciudadanos) n'atteindraient la majorité absolue de 176 sièges sur 350.

- Torra au cachot! -

Et pour Sanchez, une alliance avec des partis séparatistes catalans est devenue presque impossible à envisager depuis que des manifestations contre la condamnation à de longues peines de prison de neuf leaders de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017 ont dégénéré en violences.

La crainte d'une répétition de ces nuits d'affrontements, qui ont fait plus de 600 blessés, a entraîné l'envoi de nombreux renforts policiers en Catalogne pour le scrutin.

Le chef de Vox, Santiago Abascal, fait un tabac en demandant l'interdiction des partis séparatistes, la suspension de l'autonomie de la Catalogne et l'arrestation de son président indépendantiste Quim Torra.

Dans son dernier meeting de campagne, vendredi soir à Madrid, ses supporters scandaient "Torra a la mazmorra!" (Torra au cachot!).

"J'ai toujours voté PP mais vu la situation, je crois qu'il faut employer la manière forte" avec la Catalogne et l'immigration, autre thème central de la campagne de Vox, disait une sympathisante, Ana Escobedo.

- "Tenir tête au franquisme" -

Pedro Sanchez a tenté de mobiliser l'électorat de gauche contre la montée de Vox, qu'il présente comme un retour du franquisme, en dénonçant la droite qui n'a pas hésité à s'allier avec le nouveau parti pour prendre le contrôle de l'Andalousie, la région plus peuplée d'Espagne, de la région de Madrid, la plus riche, et de la mairie de la capitale.

"L'Espagne a besoin d'un gouvernement progressiste, pour tenir tête au franquisme, aux extrémistes et aux radicaux", a-t-il répété sans relâche durant la campagne.

Dans un bureau de vote de Barcelone, Mari Carmen Lopez, kinésithérapeute de 25 ans, ne cache pas sa fatigue de devoir revoter.

"J'ai pensé à ne pas voter, +une nouvelle fois, quel cauchemar!+. Mais j'aurais regretté si la droite et l'extrême droite gagnent", dit cette électrice de la gauche radicale de Podemos, qui dénonce la radicalisation du ton sur la Catalogne.

M. Sanchez ne cache pas qu'il préfère gouverner seul en minorité plutôt que de tenter de s'entendre avec Podemos après l'échec de leurs négociations l'été dernier. Il répète que les autres partis devraient laisser gouverner celui qui arrive en tête, en s'abstenant lors du vote de confiance de la chambre.

Jusqu'à présent, le Parti Populaire exclut de s'abstenir. Mais la plupart des analystes s'attendent à ce qu'il finisse in extremis par le faire, pour éviter la colère des électeurs.

Pour José Ignacio Torreblanca, du European Council on Foreign Relations, Sanchez projette d'obtenir "l'abstention de tous à la dernière minute, au risque de nous pousser au bord de l'infarctus".

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