• Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Emeute dans une prison en Equateur: une "boucherie", 200 évadés repris

Mercredi 11 mai 2022
Emeute dans une prison en Equateur: une "boucherie", 200 évadés repris
Des soldats patrouillent autour de la prison de Bellavista, dans la province de Santo Domingo de los Tsachilas (Equateur), le 10 mai 2022 - Rodrigo BUENDIA (AFP)

Deux cents détenus évadés ont été "recapturés" mardi par les forces de sécurité, au lendemain d'une évasion massive d'une prison du nord de l'Equateur à la faveur d'une émeute meurtrière, une "boucherie" selon les proches éplorés des victimes.

"Jusqu'à présent, 200 prisonniers ont été recapturés" par les forces de sécurité, grâce aux patrouilles et aux points de contrôle de la police et de l'armée, a déclaré à la presse le chef des opérations de la police, le général Geovanny Ponce.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 44 prisonniers sont morts lors d'affrontements entre deux bandes rivales lundi dans la prison de Bellavista, dans la province de Santo Domingo de los Tsachilas, environ 80 km à l'ouest de Quito.

Dix autres prisonniers ont été blessés, ainsi qu'un policier, selon les autorités.

Au total, 220 prisonniers se sont évadés à la faveur de ces violences, selon les déclarations de la police.

Deux des tués sont de nationalité vénézuélienne, et 41 corps ont été identifiés pour le moment, selon le général Ponce, qui a parlé d'un retour au "calme total" dans la prison.

Les autorités offrent jusqu'à 3.000 dollars de récompense à ceux qui aideraient à capturer la vingtaine de prisonniers toujours manquants.

Le président Guillermo Lasso a déclaré mardi que son gouvernement menait une "guerre non conventionnelle" contre un "nouvel ennemi" en Equateur, lors d'une réunion avec une société de sécurité israélienne à Tel Aviv où il effectuait une visite en vue de fournir à l'Equateur des technologies pour lutter contre la violence qui se répand également dans les rues.

Mardi, désespérés et en pleurs, des dizaines de parents et proches des prisonniers patientaient devant la prison de Bellavista dans l'attente de nouvelles des leurs, a constaté l'AFP.

Soldats et militaires étaient déployés dans et autour de l'établissement. L'AFP a également observé des hommes en uniforme rassemblant environ 80 détenus qui auraient été repris ces dernières heures.

"Ils ne nous donnent aucune information. Ils disent que des jeunes hommes se sont échappés pour sauver leur vie, que d'autres vont être transférés", a déclaré Leisi Zambrano, femme au foyer de 48 ans sans nouvelle de son frère.

- Appels désespérés -

Dès qu'elle a entendu parler des affrontements, Mme Zambrano dit avoir a accouru aux premières heures du matin à la prison, avec d'autres membres de la famille.

"Nous avons entendu les prisonniers appeler à l'aide, qu'on ne les laisse pas mourir", raconte-t-elle, en commentant: "C'est une boucherie à l'intérieur".

Dans la prison, des journalistes de l'AFP ont constaté des façades brûlées et un trou dans le mur qui aurait servi à l'évasion.

Des vidéos atroces circulent sur les réseaux sociaux montrant un amas de corps ensanglantés, dénudés et mutilés, sur le sol couvert d'hémoglobine d'une salle commune. Ou encore des cadavres jonchant les couloirs de la prison, à côté de matelas que les assaillants ont vraisemblablement tenté d'incendier.

Selon le ministre de l'Intérieur, Patricio Carrillo, des membres du gang Los Lobos (Les Loups) ont "attaqué" à l'arme blanche les membres de la faction rivale des R7.

Les autorités ont également trouvé des fusils, des pistolets, des grenades et des munitions.

Pour tenter d'endiguer la violence, six leaders de ces gangs ont depuis été transférés par hélicoptère vers deux prisons de haute sécurité ailleurs dans le pays.

D'une capacité de 1.200 places, la prison de Bellavista accueille 1.700 prisonniers, à l'image de la surpopulation carcérale dans toutes les prisons d'Equateur.

"Ces incidents inquiétants soulignent une fois de plus la nécessité urgente d'une réforme complète du système de justice pénale", a estimé la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.

Les affrontements, souvent d'une extrême violence, sont récurrents dans les prisons équatoriennes, où près de 400 détenus ont trouvé la mort depuis février 2021, en incluant ces derniers affrontements.

Selon le gouvernement, des gangs rivaux de trafiquants de drogue, infiltrés ou contrôlés par des cartels mexicains, se livrent une guerre sans merci pour prendre le contrôle des prisons surpeuplées, guerre que les autorités ont été jusqu'à présent impuissantes à endiguer.

Ce qui s'est passé dans la prison de Bellavista "va se refléter dans les quartiers (des villes) où opèrent les gangs qui se sont affrontés", a déclaré à l'AFP Luis Saavedra, militant des droits de l'homme.

"Plus il y a de violence dans les prisons, plus il y aura de meurtres dans ces quartiers", a-t-il estimé, alors que les quantités de drogues saisies dans le pays ne cessent de grimper (210 tonnes en 2021, déjà 70 tonnes pour le début 2022).

Bordé par la Colombie et le Pérou, les plus grands producteurs de cocaïne au monde, l'Equateur sert de port de départ pour les expéditions illicites, principalement vers les Etats-Unis et l'Europe.

Le pays a enregistré plus de 1.200 meurtres au cours des quatre premiers mois 2022.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
A la une
1 commentaire
1 commentaire