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Des foules de Libanais fêtent, dans la ferveur, une nouvelle "indépendance"

Vendredi 22 novembre 2019
Des foules de Libanais fêtent, dans la ferveur, une nouvelle "indépendance"
Des manifestants libanais célèbrent le 76e anniversaire de l'indépendance du Liban sur la place des Martyrs à Beyrouth, le 22 novembre 2019 - ANWAR AMRO (AFP)

Des dizaines de milliers de Libanais ont célébré vendredi, dans une ferveur citoyenne hors normes, le 76e anniversaire de leur pays, clamant leur soif d'une "nouvelle indépendance", en pleine contestation inédite contre la classe dirigeante.

Drapeaux libanais au vent, de nombreuses "parades civiles" ont convergé vers la place des Martyrs dans le centre de Beyrouth, un haut lieu de la contestation où la foule s'est agglutinée par milliers.

Des manifestants y avaient installé des barricades des deux côtés de la route pour faire une haie d'honneur à ces délégations, dans une marée d'étendards et de chants.

"Le message important, c'est que le Liban est de nouveau uni", a dit une jeune manifestante, Jilnar Moukhayber. "La parade civile est là pour signifier que tous les citoyens sont les bienvenus."

La nuit tombée, slogans, étendards, lâcher de ballons, musiques orientale et techno ont animé la place, dans une atmosphère passant de la kermesse à la discothèque en quelques pas.

"Révolution, révolution", ont scandé les participants, dont un grand nombre de familles.

Cette atmosphère de fête a offert un contraste saisissant avec celle du défilé militaire a minima organisé en matinée au ministère de la Défense, en présence du président Michel Aoun et du Premier ministre démissionnaire Saad Hariri.

- "Première fois" -

Depuis le 17 octobre, le Liban vit au rythme d'une contestation contre l'ensemble des dirigeants politiques, jugés incompétents et corrompus. Il a insufflé chez des centaines de milliers de Libanais de tous bords le désir d'un chamboulement du système de gouvernance.

"C'est la première fois que les Libanais, toutes communautés confondues, manifestent massivement sans répondre à l'appel d'un parti", a souligné Tamara, 21 ans. "C'est ça la vraie indépendance!".

Le 22 novembre 1943, le Liban est sorti du giron français à la faveur de manifestations populaires ayant rassemblé chrétiens et musulmans. Il a ensuite connu la guerre civile (1975-1990), puis deux occupations étrangères, israélienne et syrienne. Il est resté profondément divisé, confessionnellement et politiquement.

Mais, cette année, "nous voulons prendre notre indépendance des corrompus qui nous gouvernent!", a dit Wajed, 26 ans, un manifestant de la place des Martyrs.

"Quand les Français sont partis, d'autres nous ont occupés", a-t-il ajouté, en référence aux partis au pouvoir, conspués sans exception.

Pour Wajed, l'absence de défilé officiel militaire sur le front de mer comme de coutume, ou de de cérémonie protocolaire au palais présidentiel, est une "victoire" supplémentaire pour un mouvement qui a déjà entraîné la démission du gouvernement Hariri, le 29 octobre.

Aucune issue au bras de fer avec le pouvoir n'est toutefois en vue, et la crise économique est aiguë.

Si le mouvement est resté pacifique jusque-là et la réponse des autorités mesurée, deux personnes sont mortes en marge des manifestations.

Selon une source diplomatique à Paris, la France, alliée traditionnelle, cherche à mobiliser la communauté internationale en soutien au Liban, sans imposer de solution "toute faite ou de l'extérieur".

En attendant, à Beyrouth, comme à Saïda (sud) ou Tripoli (nord), des dizaines de milliers de Libanais n'ont eu besoin de personne vendredi pour ouvrir une parenthèse dans les difficultés du quotidien en laissant libre court à leur bonheur du moment.

A Tripoli, à la pointe du mouvement depuis cinq semaines, ils ont été des milliers à illuminer le ciel avec la lampe de leurs téléphones, tandis que de jeunes mariés dansaient sur une scène.

- "Pas seuls" -

Ce souffle populaire a notamment pris la forme de "défilés civils" organisés via les réseaux sociaux.

"Il y a plein de marches (...). J'espère que ce jour d'indépendance 2019 sera un tournant", a dit Leïla, timbales en mains, dans un cortège de Beyrouth.

"Jusque-là, on avait les pieds des politiciens sur nos têtes. Nos poches sont toujours vides, mais on a retrouvé une dignité."

Autre symbole de cette bouffée de citoyenneté, dans une vallée du sud-est de Beyrouth, des centaines de personnes ont marché contre un projet de barrage, dans cette région verdoyante riche de trésors architecturaux.

"Le plus important, c'est que nous soyons là tous ensemble pour construire un nouveau Liban", a résumé Karl, son vélo enveloppé dans le drapeau national sur la place des Martyrs.

Dans son histoire moderne, le pays a connu d'autres mouvements populaires, comme celui en 2005 après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri imputé au régime syrien, qui avait abouti au départ des troupes syriennes. Mais ils se tenaient à l'appel des partis.

Galvanisés, de nombreux expatriés sont aussi venus pour marquer ce 22-Novembre.

"Nous vivons à l'étranger mais nos coeurs sont avec nos compatriotes au Liban. Nous sommes venus pour leur dire +vous n'êtes pas seuls+", a affirmé une expatriée à son arrivée à Beyrouth.

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