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Retraites: l'exécutif retire l'âge pivot de 64 ans, les opposants dans la rue

Samedi 11 janvier 2020
Retraites: l'exécutif retire l'âge pivot de 64 ans, les opposants dans la rue
Un manifestant contre la réforme des retraites, le 11 janvier 2020 à Paris - LIONEL BONAVENTURE (AFP)

Edouard Philippe s'est dit samedi "disposé à retirer", sous conditions, l'âge pivot de 64 ans du projet de réforme des retraites dans un courrier aux partenaires sociaux, un geste bien accueilli par les syndicats réformistes alors que les opposants ont battu le pavé dans la plupart des grandes villes de France.

"Je suis disposé à retirer du projet de loi la mesure de court terme que j'avais proposée, consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d'équilibre de 64 ans en 2027", indique le Premier ministre dans ce courrier envoyé au lendemain de bilatérales avec les syndicats à Matignon, tout en maintenant le principe d'un âge d'équilibre dans la réforme.

Ce retrait est sous conditions: le Premier ministre propose qu'une "conférence de financement" soit réunie avec les partenaires sociaux pour "proposer les mesures permettant d'atteindre l'équilibre financier en 2027". Faute d'accord de cette conférence d'ici "la fin du mois d'avril 2020", le gouvernement prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre cet équilibre en 2027, indique la lettre.

La CFDT, premier syndicat en France et favorable au système universel par points, avait fait une "ligne rouge" de cet âge pivot incitant les Français à partir à 64 ans en 2027 sous peine de se voir infliger un malus.

Dès l'annonce du gouvernement, la centrale a "salué le retrait de l'âge pivot du projet de loi, retrait qui marque la volonté de compromis" de l'exécutif. Elle affiche dans un communiqué sa volonté de "poursuivre les discussions dans le cadre proposé" et indique qu'elle s'inscrira "dans la conférence de financement dont elle a proposé le principe".

"Le retrait de l'âge pivot est une bonne chose qui permet de discuter sereinement de l'équilibre", a abondé le secrétaire général de l'Unsa, Laurent Escure. "Cela va permettre d'avancer sur le reste de la réforme, pour obtenir des compensations, des garanties, des avancées", a-t-il déclaré à l'AFP

La main tendue du gouvernement aux syndicats réformistes pourrait fissurer le font des opposants à la réforme.

Pour le leader de la CGT Philippe Martinez, interrogé samedi en tête de la manifestation parisienne avant la publication du courrier du Premier ministre, "l'âge pivot est un leurre" qui "ne change rien à notre opposition à la réforme".

Plus mesuré, son homologue de FO, Yves Veyrier, observait que "si on nous annonce un recul en tout ou partie sur l'âge pivot, ce sera le produit de la mobilisation".

Au 38e jour de mobilisation contre le projet de réforme, plusieurs dizaines de milliers de manifestants - 150.000 selon la CGT - défilaient samedi après-midi dans la capitale entre Nation et République. Devant le cortège syndical bon enfant, plusieurs centaines de manifestants, dont certains masqués ou cagoulés, ont brisé des vitrines, saccagé une banque, incendié du mobilier urbain et jeté des projectiles en direction des forces de l'ordre, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène. La police faisait part de sept interpellations à 17H30.

- "lendemains qui chantent" -

D'autres manifestations avaient lieu partout en France. A Lyon, 3.200 personnes selon la police, 15.000 selon la CGT ont défilé avec quelques accrochages sporadiques en début de cortège. Ils étaient 10.000 selon les syndicats à Grenoble.

A Toulouse dans la matinée, la police avait compté 3.000 manifestants (20.000 pour la CGT). Au moins 2.000 personnes défilaient à Rennes, avec des pancartes proclamant "Je ne ferai pas les poubelles pour manger à la retraite" ou "soignante, je veux des lendemains qui chantent".

Un millier de "gilets jaunes" et 2.000 à 3.000 manifestants ont manifesté à Marseille après un vif épisode de tension entre les premiers et un membre du service d'ordre de la CGT.

A Nantes, des black blocks ont attaqué la préfecture avec des projectiles. Ils ont été repoussés par les forces de l'ordre qui ont fait usage de grenades lacrymogènes et de canons à eau, a constaté un photographe de l'AFP.

Le Premier ministre avait redit vendredi "la détermination du gouvernement" à présenter ce projet de système universel de retraite le 24 janvier en Conseil des ministres et de le soumettre à l'examen en séance publique à l'Assemblée nationale à compter du 17 février pour qu'il puisse être adopté avant l'été.

La volonté de compromis affichée par le gouvernement sur l'âge pivot ne se traduira pas forcément par l'arrêt des perturbations dans les transports car la CGT, FO et Solidaires réclament toujours le retrait pur et simple du projet.

Le trafic SNCF reste perturbé ce week-end avec 80% des TGV, un TER sur deux et 40% des Transilien, tandis que la RATP évoque une "nette amélioration" par rapport aux derniers week-ends.

L'intersyndicale, qui a appelé à poursuivre le mouvement avec une "journée de grève et de convergence interprofessionnelle" mardi, et des "initiatives déclinées sous toutes les formes" mercredi et jeudi, doit se réunir samedi après la manifestation.

La CGT a appelé à maintenir le blocage des expéditions de carburants des raffineries jusqu'au 16 janvier inclus, et a déposé un préavis de grève "reconductible bloquante" à partir du 13 dans deux centres de la Banque de France qui traitent plus du quart des billets du pays.

La grève historique continuait samedi à l'Opéra de Paris, avec l'annulation de la représentation du Barbier de Séville, et à Radio France, qui en est à son 40e jour de grève.

burs-mpf/cel/swi

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