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"Il me touchait comme un sauvage": dit une victime de Preynat

Mercredi 15 janvier 2020
"Il me touchait comme un sauvage": dit une victime de Preynat
L'ex-père Bernard Preynat avant l'ouverture de son procès le 13 janvier 2020 à Lyon - PHILIPPE DESMAZES (AFP)

"Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, c’était de la masturbation; il me touchait comme un sauvage", s’indigne à la barre une victime de Bernard Preynat, jugé à Lyon pour de multiples agressions sexuelles sur des enfants.

"Il me baissait mon short, me touchait le sexe, me masturbait, m’obligeait à me masturber et m’a demandé parfois de le masturber, de caresser son sexe... Il me retournait pour se frotter contre moi", explique mercredi devant le tribunal correctionnel Stéphane Hoarau, 8 ans à l’époque des faits, ajoutant que ces abus s’étaient déroulés plusieurs fois dans la chambre de l’ancien homme d’église.

Selon lui, les jeunes proies de Preynat se succédaient parfois dans un même local. Appelé par le prêtre sous le prétexte de l’aider à quelque chose (un mode opératoire fréquent chez lui), Stéphane Hoarau se rappelle avoir croisé en arrivant un petit garçon, regard fuyant, tête basse, qui sortait d’une pièce où se trouvait Preynat.

"J’ai vraiment eu l’impression qu’il lui avait fait subir la même chose", dit-il.

"Moi, j’avais confiance". Au début. Mais "je ne suis pas né sous une bonne étoile", souligne M. Hoarau, placé à l’âge de 4 ans en famille d’accueil après avoir été déjà victime d’un prédateur sexuel dans son entourage familial. Il avait été inscrit par sa famille d’accueil chez les scouts du groupe de Preynat pour "le recadrer".

Ce qu’il récolte ce sont des attouchements, des agressions sexuelles répétées. Il portera plainte en avril 2016 après de longues années de silence. Après les scouts, s’en suivront d’autres galères, familles d’accueil, foyers et "mise à la rue" à 18 ans à peine.

Depuis, "je me suis marié". "J’ai des enfants mais j’ai beaucoup de mal à les toucher", reconnaît-il, attribuant ces difficultés au traumatisme vécu dans son enfance, sous l'emprise du "père Bernard".

- "Pantin" -

Une autre victime témoigne d'horribles "flashes" quand elle change les couches de ses jumeaux, des petits garçons de deux ans.

"Parfois, quand je suis amené à les changer, des visions me reviennent. Des craintes me reviennent", raconte, la voix étranglée, Stéphane Sylvestre qui a déposé plainte en 2015. "Alors que changer un enfant, c'est très loin des caresses sur le sexe" de Preynat. Mais "j'avais peur de devenir moi-même un agresseur".

Il se souvient des attouchements de l'ex-prêtre sur son sexe, notamment dans les bureaux du premier étage de l'église Saint Luc de Sainte-Foy-Lès-Lyon (Rhône). Quand Preynat l'agressait, "il pouvait parler de scoutisme, complètement en décalage avec ce qu'il me faisait", relève M. Sylvestre.

"J'ai voulu quitter les scouts et quand j'ai pu enfin en partir, je me suis adossé et écroulé le long du mur". Ses parents s'en étonnent et Stéphane parle enfin: "Un homme m'a caressé; il a mis sa main dans mon short". Heureusement, "mes parents m'ont cru aussitôt et ça m'a beaucoup aidé". "A l'époque, j'avais l'impression d'être la seule victime".

Quand on est abusé, "on est un pantin dans un corps qui ne nous appartient plus", dit-il, la gorge serrée.

- "On aurait dû m'aider" -

Face à ses victimes, Bernard Preynat, comme depuis le début de son procès, reconnaît partiellement les faits et leur demande pardon. "Je regrette de l'avoir rendu malheureux", dit l'ancien prêtre de 74 ans après le témoignage poignant de M. Sylvestre.

"J’étais très loin de tous les agresser, Dieu merci!", s’était-il exclamé un peu plus tôt au milieu de murmures, en réponse à la présidente du tribunal qui soulignait de sa part "une multiplicité d’actes sur une multiplicité d’enfants pendant une vingtaine d’années".

"Sans accuser" l'Eglise, l'ex-prêtre a aussi pointé la responsabilité de sa hiérarchie qui, plusieurs fois alertée de ses pulsions, n'a pas exigé qu'il se fasse soigner. "On aurait dû m’aider... On m’a laissé devenir prêtre", explique-t-il à l'évocation d'une thérapie suivie à l’hôpital psychiatrique du Vinatier, près de Lyon, en 1967 et 1968.

De même, au cours de confessions il raconte avoir présenté "comme un péché" certains de ses actes et pulsions. Mais "le prêtre me donnait des encouragements pour que je ne recommence pas, et l’absolution".

Dix parties civiles, sur 35 victimes entendues pendant l'enquête, sont constituées au procès, beaucoup de faits étant frappés de prescription.

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