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Face aux jihadistes du Sahel, La France renforce l'opération Barkhane à plus de 5.000 hommes

Dimanche 02 février 2020
Face aux jihadistes du Sahel, La France renforce l'opération Barkhane à plus de 5.000 hommes
Un soldat français de l'opération antijihadiste française au Sahel, Barkhane, dans la région de Gourma au Mali, le 27 mars 2019 - Daphné BENOIT (AFP/Archives)

La force française Barkhane, engagée au Sahel contre les actions de plus en plus meurtrières des groupes jihadistes, va passer de 4.500 à 5.100 hommes d'ici fin février, concrétisation de la volonté de la France d'inverser le rapport de force sur le terrain.

"L'essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des trois frontières" (Mali, Burkina Faso, Niger", a indiqué dimanche dans un communiqué la ministre des Armées Florence Parly. "Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat".

Le président Emmanuel Macron, qui avait déjà annoncé en janvier un renfort de 220 soldats, lors d'un sommet à Pau (sud-ouest de la France) avec les pays du G5 Sahel (Niger, Mali, Burkina, Tchad, Mauritanie), a décidé de porter au total à 600 le nombre de troupes supplémentaires allouées à Barkhane.

En sus des quelque 200 légionnaires déjà envoyés dans la zone courant janvier, la France va déployer d'ici la fin du mois des troupes aguerries au combat, dont des commandos, accompagnées d'une centaine de véhicules (blindés lourds, blindés légers et logistiques), pour agir en autonomie et ne pas peser sur l'actuel parc de Barkhane, a appris l'AFP de sources militaires concordantes.

D'autres équipes seront insérées directement auprès des forces locales pour des missions d'accompagnement au combat, préfigurant l'activité de la future force Takuba, qui rassemblera à l'été des unités de forces spéciales européennes, sous commandement de Barkhane.

Les renforts comprendront également des moyens de renseignement conséquents, à la fois humains et techniques (renseignement d'origine électromagnétique et image - ROEM, ROIM), a précisé à l'AFP un haut gradé français.

Les groupes jihadistes multiplient depuis quelques mois les attaques dans la zone dite des trois frontières, entretenant une insécurité chronique pour les civils et infligeant des pertes régulières aux armées locales. La France a perdu 13 soldats en novembre, dans un accident entre deux hélicoptères au combat.

Depuis, Paris veut donner un coup de fouet à un dispositif qui, selon ses détracteurs, s'enlise et qui suscite de plus en plus de critiques au sein des opinions africaines.

Une "revue d'efficacité" est prévue dans six mois. "Le président veut du résultat", a-t-on ajouté à l'état-major, en évoquant la nécessité du "retour de la gouvernance" dans une région vaste et désertique, largement délaissée par les Etats centraux.

- "Relever le défi" -

"Cette étape majeure de notre engagement au Sahel doit marquer un tournant à la fois dans la mobilisation de nos partenaires européens et la montée en puissance des forces du G5", précise le communiqué. Car si la France s'engage un peu plus, elle n'entend pas le faire seule.

Le Tchad devrait bientôt déployer un bataillon supplémentaire. Et le gouvernement tchèque va tenter d'obtenir de son parlement d'envoyer 60 soldats pour la force Takuba. Paris s'attend par ailleurs à ce que d'autres membres de l'UE suivent rapidement.

Florence Parly revient des Etats-Unis où elle a tenté de convaincre son homologue Mark Esper de maintenir l'engagement américain en Afrique, crucial pour Barkhane dans les domaines de la logistique et du renseignement.

M. Esper n'a pas encore tranché. Mais le chef du commandement militaire américain en Afrique (Africom), le général Stephen Townsend, a estimé qu'un retrait du soutien américain "ne serait pas aller dans la bonne direction".

Ce renforcement rapide des effectifs est conforme à la volonté du chef d'état-major français des armées. Le général François Lecointre avait prévenu en janvier qu'il proposerait au président Macron des renforts supérieurs aux 220 annoncés à Pau. "Dans cette zone extrêmement vaste, les moyens qui sont mis à disposition de l'opération Barkhane ne sont pas suffisants pour qu'on puisse avoir des soldats déployés H24, 7 jours sur 7", avait-il expliqué.

Plusieurs analystes et hauts responsables ont estimé que les prochains mois seraient essentiels pour inverser la tendance aujourd'hui favorable aux groupes jihadistes. Leurs méthodes - souvent des attaques éclair de quelques dizaines d'assaillants en moto capables de disparaître aussi vite qu'ils sont arrivés - poseront probablement des problèmes encore longtemps à la force Barkhane et ses alliés.

"Je ne pense pas, malgré cette inflexion, que nous allons à la fin de l'année pouvoir crier victoire", admettait en janvier le général Lecointre.