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Emmanuel Macron juge l'Otan en état de "mort cérébrale"

Jeudi 07 novembre 2019
Emmanuel Macron juge l'Otan en état de "mort cérébrale"
Le logo de l'OTAN sur le pupitre du secrétaire général Jens Stoltenberg, lors d'une conférence de presse le 23 octobre 2019 à Bruxelles - Aris OIKONOMOU (AFP)

Emmanuel Macron a jugé l'Otan en état de "mort cérébrale" dans un entretien publié jeudi, déplorant le manque de coordination entre les États-Unis et l'Europe et le comportement unilatéral de la Turquie en Syrie, membre de l'Alliance atlantique.

La chancelière allemande Angela Merkel a réagi en admettant des problèmes sans partager la vision "radicale" d'Emmanuel Macron. États-Unis et Canada ont souligné l'importance de l'Otan. Quand à la Russie, elle a salué un diagnostic "sincère" et des "paroles en or".

"Ce qu'on est en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'Otan", a déclaré le chef de l’État français dans une interview à l'hebdomadaire The Economist à paraître vendredi.

"Vous n'avez aucune coordination de la décision stratégique des États-Unis avec les partenaires de l’Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l'Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination", a-t-il souligné, en référence à l'intervention militaire turque en Syrie. "Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’Otan".

Il faut "clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l'Otan", a-t-il ajouté, plaidant à nouveau pour "muscler" l'Europe de la défense, à un mois d'un sommet de l'Alliance prévu à Londres début décembre.

M. Macron s'interroge en particulier sur l'avenir de l'Article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l'Alliance si l'un d'entre eux est attaqué.

"C’est quoi l’Article 5 demain ? Si le régime de Bachar al-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C’est une vraie question", estime-t-il.

"Nous nous sommes engagés pour lutter contre Daech (acronyme de l'organisation État islamique). Le paradoxe, c'est que la décision américaine (de retrait du nord de la Syrie) et l'offensive turque dans les deux cas ont un même résultat: le sacrifice de nos partenaires sur le terrain qui se sont battus contre Daech, les Forces démocratiques syriennes (FDS)", regrette-t-il.

- L'UE au "bord du précipice" -

Cela rend pour le président français d'autant plus "essentiel d'une part, l'Europe de la défense –- une Europe qui doit se doter d'une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire. Et d'autre part, de rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie".

Le chef de l’État pointe trois grands risques pour l'Europe, qui la placent "au bord du précipice".

D'une part, "l'Europe a oublié qu'elle était une communauté, en se pensant progressivement comme un marché", souligne M. Macron.

Ensuite, les États-Unis, qui restent "notre grand allié", regardent cependant désormais "ailleurs", vers "la Chine et le continent américain", estime le chef de l’État. "Pour la première fois, nous avons un président américain qui ne partage pas l’idée du projet européen, et la politique américaine se désaligne de ce projet".

Enfin, le rééquilibrage du monde va de pair avec l'émergence depuis 15 ans d'une puissance chinoise qui crée un risque de bipolarisation et marginalise clairement l'Europe.

Selon le président français, si'il n'y a pas en Europe "un réveil, une prise de conscience de cette situation et une décision de s'en saisir, le risque est grand, à terme, que géopolitiquement nous disparaissions, ou en tous cas que nous ne soyons plus les maîtres de notre destin".

La chancelière Angela Merkel a commenté ces déclaration lors d'une conférence de presse à Berlin avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg.

"Je ne pense pas qu'un tel jugement intempestif soit nécessaire, même si nous avons des problèmes, même si nous devons nous ressaisir", a-t-elle déclaré, disant ne pas partager les "termes radicaux" de M. Macron.

M. Stoltenberg a de son côté estimé que l'Otan restait "forte" et que les États-Unis et l'Europe "travaillaient ensemble plus que nous ne l'avons fait depuis des décennies".

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a jugé, lors d'une conférence de presse à Leipzig (Allemagne), que l'Otan, restait "historiquement un des partenariats stratégiques les plus importants". Il en a profité pour rappeler l'exigence de Donald Trump (qui avait lui-même qualifié l'Otan d'organisation "obsolète" en janvier 2017) aux pays membres de l'Alliance de mieux "partager le fardeau" de son financement.

Interrogé par les journalistes, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a pour sa part souligné le "rôle extrêmement important" de l'organisation internationale sur la scène internationale, notamment en Irak et en Lettonie.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a salué de son côté sur sa page Facebook "des paroles en or. Sincères et qui reflètent l'essentiel. Une définition précise de l'état actuel de l'Otan".

Le président français a cependant eu dans la même interview des mots sévères sur la Russie dont le modèle "anti-européen", de "sur-militarisation" avec une population déclinante et un PIB "équivalent à celui de l'Espagne" n'est selon lui "pas soutenable". Si elle ne veut pas devenir un "vassal de la Chine", la Russie n'a d'autre alternative qu'un "partenariat avec l'Europe", a-t-il ajouté.

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