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Guyane

Suveillance des frontières fluviales : «La fatigue et la tension se font ressentir parce que la mission est intense»

S.Z. & P.R. Vendredi 7 Août 2020 - 17h54
Suveillance des frontières fluviales : «La fatigue et la tension se font ressentir parce que la mission est intense»
Le commissaire divisionnaire Gil Friedman. - DR

Gil Friedman, le directeur territorial de la police nationale en Guyane, revient pour France-Guyane sur la sécurité des forces de polices sur les fleuves, suite aux tensions des dernières semaines sur l’Oyapock.

Que s’est-il passé exactement la semaine dernière sur l’Oyapock ? (lire ici)

"Le vendredi il y a eu passage en force, du coup nous avons substitué momentanément le dispositif fluvial par un terrestre, avant de revenir sur le fleuve. Puis, dimanche [2 août], nous étions sur un dispositif classique de patrouille au niveau du secteur de la crique Onozo. Nous voulions procéder au contrôle d’une embarcation. Elle a foncé délibérément sur notre pirogue, ce qui nous a contraint à une manœuvre d’évitement et à une sortie d’armes pour faire pression sur les occupants. Il n’y a pas eu de coup de feu, pas de blessés, mais c’est évidemment une action hostile envers des agents.

Je ne vais pas vous dire que sur les berges nous sommes aussi efficace que sur le fleuve, mais c’est faute de mieux. On s’adapte et après on revient. En nombre si on a le nombre, sinon on attend d’avoir les effectifs disponibles. C’est exactement ce qui s’est passé sur le fleuve. Il y a eu le bon réflexe de se replier, sans suspendre la mission – certes temporairement moins efficace – puis on revient. La mission est là, la détermination est pleine et entière."

« La mission nécessite une grande implication, forcément la pression est forte »

Dans quel état d’esprit sont les policiers sur ce fleuve ?

"La mission [de surveillance des frontières fermées sur les fleuves] est évidemment complexe et s’étend sur la durée. On adapte la sécurité par rapport au danger. S’il y a danger particulier on s’adapte. Pour les effectifs, c’est compliqué de remplir la mission en faisant face au danger potentiel, donc toute l’action de police est de trouver un équilibre entre problématique de la mission et sécurité.

Il n’y a pas de droit de retrait dans la police, mais les préoccupations sur la sécurité des effectifs, font partie des règles du dialogue social et sont une préoccupation de la hiérarchie. L’appréhension des effectifs est normale, c’est pourquoi nous avons un dispositif pour limiter le risque au maximum. Comme évidemment la mission nécessite une grande implication, un grand investissement, forcément la pression est forte. Je tiens d’ailleurs à souligner le degré d’engagement et le sens de la mission des agents, y compris sur la durée, puisque les frontières sont fermées depuis le 19 mars pour le Brésil et le 14 mars pour le Suriname."

« Aujourd’hui on se retrouve très axés sur les patrouilles fluviales »

Un syndicaliste parlait dans nos colonnes d’un épuisement des agents, qu’en est-il ?
 
"La fatigue et la tension, forcément, se font ressentir parce que la mission est intense, c’est pas une balade champêtre. Nous sommes présents en permanence sur les deux fleuves. De plus, en fonction des périodes et des effectifs il y a normalement des absences. Du fait de la crise sanitaire, on a optimisé les pourcentages de présence. C’est un équilibre en recherche permanente : on ne peut pas enlever tous les congés, ce ne serait pas gérable, mais on a aussi un engagement plus important qu’en temps normal [des policiers], d’autant que nombre [d’entre eux] ont renoncé à poser des congés, vu  les règles limitant le voyage en métropole.

On a un système de projection d’agents vers d’autres unités, principalement sur la base du volontariat. Mais les renforts sont entre nous, depuis d'autres services, et il faut qu’ils soient spécialisés dans la mission. Je ne vais pas envoyer la BAC patrouiller sur le fleuve, sinon j’ai plus de BAC à Cayenne et ça aurait évidemment des conséquences au niveau de la criminalité.

Il y a un sujet de réflexion pour nous, sur la création à terme ou non de brigades nautiques. Elles ont pour avantages d’avoir un effectif spécialisé, mais l’inconvénient c’est que si il n’y a pas de remplaçants qualifiés, on se retrouve en difficulté. Le système actuel est polyvalent, il repose sur l’engagement des policiers et est plus facile à gérer. Cela fait aussi partie de l’intérêt du métier de pouvoir varier les missions. [Certes,] nous ne sommes pas dans le cadre des patrouilles normales aujourd’hui, on se retrouve très axés sur les patrouilles fluviales, donc forcément cela nécessite plus d’endurance physique, je le concède évidemment."

Qu’en est-il des besoins matériels ?
 
"Au niveau du matériel de sécurité, on a ce qu'il faut. Sur les moyens nautiques on a des pirogues, d’ailleurs une nouvelle a été livrée à Saint-Georges. Et on a également concours de la direction générale des territoires et de la mer, qui notamment fournit des bateaux intercepteurs à Saint-Laurent-du-Maroni et très prochainement à Saint-Georges.

En fonction de l’opération et de l’endroit, il faut utiliser tel ou tel type de moyen. L"avantage de la pirogue c’est sa mobilité, il y a des endroits où on ne peut passer qu’en pirogue. En revanche quand vous êtes dans l’interception de pirogues sur-motorisées, on peut se retrouver distancés avec une pirogue adaptée. D’où l’intérêt d’avoir à la fois des pirogues et des bateaux intercepteurs.

La complémentarité des moyens nautiques, on travaille dessus, avec évidemment la nécessité du temps d’évaluation. Le suivi d’un bateau c’est un vrai métier. On a les bateaux, mais c’est aussi important de s’assurer les capacités de maintenance."

« Quand on est nettement plus engagé que le pays ami, on est à la fois plus responsable et plus à risque »
Quel est le niveau de collaboration avec le Brésil ? Et avec le Suriname ?
 
"Il y a des patrouilles conjointes sur les deux fleuves. Maintenant, les axes d’effort dans le cadre de la coopération internationale qu’on entreprend et cherche à renforcer, c’est de développer le nombre de ces patrouilles. Leur avantage c’est qu’en cas d’incident les deux pays sont concernés, il n’y a pas de place au doute sur la légitimité de l’intervention. Nous n’avons pas autant de patrouilles que l’on souhaiterait, c’est toute l’action menée par le préfet sur le sujet.

Chaque Etat à ses préoccupations, ses limites, ses moyens, mais on travaille ensemble. En souhaitant que nos amis Brésiliens et Surinamais montent progressivement en puissance sur les actions conjointes. C’est très symbolique une frontière, ça se gère à deux. Quand on est nettement plus engagé que le pays ami, on est à la fois plus responsable et plus à risque."

Sur le Maroni, quelle est la situation des agents ?
 
"Les tensions par rapport au contrôle sont moindres sur le Maroni, mais on a quand même connu des difficultés. La mission est donc psychologiquement plus facile, mais physiquement reste très importante, le tirant est très fort sur le Maroni." 
 
LES GENDARMES MOBILES EN RENFORT SUR LE FLEUVE

Dans notre interview publiée vendredi, le préfet Marc del Grande annonce un renfort des moyens sur le fleuve. Voici sa réponse :

" Ce n’est pas la première fois que nous avons des tentatives de passage en force. Il y a deux réponses à cela : d’abord un renforcement des moyens sur le fleuve. À partir d’aujourd’hui, les gendarmes mobiles se substituent aux forces armées pour appuyer la Paf dans la garde de la frontière. Un moyen nautique de la direction générale des territoires et de la mer arrive également demain pour renforcer le dispositif. La réponse n’est pas que sécuritaire : nous allons aussi discuter avec nos collègues brésiliens et surinamais pour envisager, le moment venu, une reprise des mouvements transfrontaliers. L’idée est qu’après la crise Covid, les frontières ne ressemblent pas à ce qu’elles étaient avant la crise Covid. Qu’elles soient mieux organisées, mieux contrôlées. Que les échanges de marchandises ne permettent plus d’importations illégales. Nous avons vu que la fermetures des frontières a permis de doper la commande de nos propres productions agricoles. C’est une tendance qui doit se poursuivre."

LIRE L'INTERVIEW EN INTÉGRALITÉ ICI
 
 


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4 commentaires

Vos commentaires

Laurent du maroni 11.08.2020
On s'en bat les steacks des "Caresses" !

Comme vous le savez les garimperos apprécient le comportement plutôt respectueux de nos forces de l'ordre et je crois qu'ils se ne sont pas trop gênés par nos lois mais ce week-end j'en suis resté sur les fesses...Au degrad de Petit Saut c'était "Open bar", des pirogues sortaient subitement d'on ne sait où puis dans la minute une camionnette arrivait, ils remplissaient la pirogue avec du matériel d'orpaillage, repartaient. Cela en plein jour. Comme je suis curieux, j'ai pu échanger qqs phrases avec eux qui ne parlaient qu'en brésilien et ne "travaillaient" pas vers ST Elie...

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A. LEA 08.08.2020

Il est plus que temps que la France contrôle ses frontières en Guyan, Covid ou pas Covid!!!

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Georges de Cayenne 08.08.2020

Si le conducteur de la pirogue savait qu'il risquait de se faire tirer dessus sur la pirogue des gendarmes en fonçant sur eux, il n'aurait pas pris le risque... Autant armer les gendarmes et les militaires avec des jouets, ils seront aussi efficaces !

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jess 08.08.2020

on a à faire avec deux pays voyous et corrompus à l'est et l'ouest c'est forcément difficile

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