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« Six policiers blessés par des armes à feu depuis le début de l’année »

Vendredi 13 Septembre 2019 - 03h20
« Six policiers blessés par des armes à feu depuis le début de l’année »
"Avoir des mineurs qui sont systématiquement jugés irresponsables, ça génère une jeunesse se complaisant dans la violence" - hespels

Trafic d’armes, manque de moyens criant, commissariats vétustes et niveau de violence record… En visite aux Antilles-Guyane, CÉDRIC BOYER, délégué national en charge de l’Outre-mer du syndicat Alliance Police dresse un constat alarmant.

Cédric Boyer, vous effectuez en ce moment un vrai tour du monde afin d’aller à la rencontre des fonctionnaires de la police nationale affectés en Outre-mer. Quel est l’objectif ?

Faire le tour des Outre-mer permet à notre syndicat de prendre la température dans les régions ultramarines, dans l’objectif de faire remonter les problématiques rencontrées par les collègues directement auprès du ministère.

Même si nous les connaissons déjà, il est toujours pertinent de se rendre sur place pour se rendre compte par soi-même. Dernièrement, j’étais en Guyane, où on déplore, depuis le début de l’année, 26 homicides. Je suis, depuis le début de la semaine, ici, en Guadeloupe, qui elle non plus n’a pas été épargnée puisqu’il y a deux ans elle devenait championne de France des départements les plus meurtriers. Et à partir de jeudi, je serai en Martinique, département qui rencontre également un contexte particulier avec un 19e homicide enregistré la semaine dernière. Ensuite, il me restera encore à aller à Mayotte, La Réunion et dans le Pacifique.

On entend souvent dire que l’Outre-mer, loin de Paris et du reste de la Métropole, sont des départements oubliés. Partagez-vous ce point de vue ?

Je dois avouer qu’après être allé en Guyane, on ne peut que constater qu’il y a un abandon des services de la fonction publique de la part de l’État. Notamment en termes de moyens. Certains commissariats que j’ai pu visiter en Outre-mer devraient, à mon sens, être tout simplement fermés, tant ils sont délabrés et tant les manques d’effectifs y sont criants. Bien évidemment, il s’agit de problématiques que nous retrouvons aussi sur le territoire métropolitain. Mais j’ai le sentiment que l’expression « loin des yeux, loin du coeur » s’applique parfaitement à l’Outre-mer.

Vous êtes présent en Guadeloupe durant plusieurs jours. Quel est votre programme ? Qui allez-vous rencontrer ?

Dès mon arrivée, lundi après-midi, nous avons organisé, au sein d’Alliance Police, un conseil départemental. Avec une idée forte : pouvoir rencontrer mes collègues de terrain.

Ces derniers ont pu me faire remonter les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. J’en ai pris bonne note et je suis allé dès le lendemain matin les présenter au préfet. J’enchaînerai en rencontrant le nouveau directeur départemental de la sécurité publique ainsi que le directeur départemental de la police aux frontières.

Localement, que réclament les policiers ?

C’est assez simple : nos policiers demandent juste que leur soient alloués les moyens nécessaires pour travailler correctement. Si j’extrapole, pour que tout le monde comprenne, si vous voulez qu’un maçon puisse bâtir une maison, il faut lui donner le matériel nécessaire. Pour la police, c’est pareil. Nous avons, par exemple, besoin de véhicules aux normes, n’affichant pas 300 000 km au compteur et n’ayant pas de trous au plancher. Ne serait-ce que pour la Bac : ses véhicules ne sont pas adaptés pour accueillir certains armements. Je n’oublie pas non plus la problématique des effectifs : faire le travail de 10 personnes quand on n’est que deux, à un moment donné, ça entraîne des malaises et des risques psychosociaux. Ce que je tiens à dire, c’est que oui, nous avons des policiers motivés mais qui sont aujourd’hui complètement désabusés par le manque de soutien de l’administration. À cela s’ajoute l’absence totale de réponse pénale.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous avons des délinquants commettant des délits qui sont arrêtés par les forces de l’ordre et qui ressortent malheureusement de garde à vue comme si de rien n’était.

Justement, à quel type de délinquants sont aujourd’hui exposées nos forces de l’ordre ? Sont-ils de plus en plus en plus violents et de plus en plus armés ? 

Oui. C’est exactement ça. Et c’est la conséquence de la société dans laquelle nous vivons actuellement et qui veut que des individus, de plus en plus jeunes, deviennent auteurs de faits de violences graves. Je vais encore en revenir à la question de la réponse pénale, mais le fait d’avoir des mineurs qui sont systématiquement jugés irresponsables, ça génère une jeunesse se complaisant dans la violence. Les faits sont là et force est de constater que le niveau de violence en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique, à Mayotte ou à La Réunion dépasse largement la moyenne nationale.

Impossible de ne pas parler du niveau de violence dans l’Outre-mer sans évoquer la problématique de la circulation des armes à feu. Une réaction ?

Il s’agit d’une problématique que nous rencontrons également sur le territoire métropolitain. Notamment dans certains départements plus difficiles que d’autres, comme la Seine-Saint-Denis. Mais je reste particulièrement choqué de la facilité avec laquelle le trafic d’armes se déroule en Outre-mer. Il en va d’ailleurs de même pour le trafic de stupéfiants. Il est nécessaire de le dire même si la Guadeloupe a été épargnée : depuis le début de l’année, six fonctionnaires de police ont été blessés par arme à feu en Martinique.

Propos recueillis par Boris COLOMBET

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