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Maripasoula

Nouvelle tentative de suicide

Samedi 11 mai 2019
Nouvelle tentative de suicide
Des affiches pour annoncer la marche blanche en mémoire de Vanessa Kuya ont été placardées dans les lieux stratégiques de Maripasoula - DR

L’émotion est vive à Maripasoula après le suicide mardi de Vanessa Kuya, 26 ans, aide documentaliste au collège. Jeudi, c’est une jeune femme de 24 ans qui a tenté de mettre fin à ses jours au village de Talluen. Une marche blanche est organisée ce matin au départ du collège Gran-Man-Difou de Maripasoula en leur mémoire. Des habitants des villages de Pedima, Antecum, Talluen et Élaé doivent se joindre à la procession. Sur place, la situation est devenue intenable. L’un des professeurs du collège a accepté de témoigner anonymement.

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Les syndicats réclament des actions

« Il n’y avait jamais eu de suicide de ces personnels à Maripasoula et là il y en a eu deux en quelques mois. La situation se dégrade et je pense qu’il faut développer une qualité de pilotage avec une bienveillance attentive et plus qu’ailleurs. Le problème, quand on arrive avec des éléments pour dire que ça ne va pas (au rectorat, ndlr), la première réaction, c’est de dire que c’est faux », explique Martine Nivoix, du Sgen CFDT CTG. Sud éducation, dans un communiqué, indique que « des propositions ont été faites par le passé, trop souvent sans être suivies d’effets, mais nous considérons que face à ces vagues de suicides, l’État ne peut plus rester spectateur ».

Des affiches pour annoncer la marche blanche en mémoire de Vanessa Kuya ont été placardées dans les lieux stratégiques de Maripasoula - DR
« Un psychiatre et deux infirmières en renfort »

Pouvez-vous faire un point sur la situation ?

Ma première pensée va à la famille et à la communauté qui entourent ce drame. La situation est extrêmement préoccupante. Nous avons connu une situation très dégradée en fin d’année dernière. Nous avons répondu avec une mobilisation très forte des services de l’État. Aujourd’hui, la crainte, c’est que cela recommence. Immédiatement dès cette première alerte, tous les services de l’État sont sur le pont pour y répondre. En première ligne, il y a l’Agence régionale de santé (ARS) et le rectorat puisque, je le rappelle, ce collège qui est une nouvelle fois touché a été durement éprouvé lors de la dernière crise. La préfecture intervient en coordination pour fournir aux uns et aux autres les moyens logistiques pour se rendre dans les zones isolées dans lesquelles se trouvent les membres de la famille de la personne concernée, et qui sont particulièrement déstabilisés, particulièrement fragiles et vulnérables en ce moment.

Qu’est-ce qui a été fait, concrètement, depuis la dernière crise en fin d’année dernière ?

Concrètement, sur place, les équipes du centre medico-psychologique (CMP) qui dépendent du Centre hospitalier de l’Ouest guyanais (Chog), ont été renforcées. Un médecin psychiatre est à demeure à Maripasoula. Deux infirmières y ont été envoyées. Côté rectorat, ça a bougé aussi, avec le déplacement de la psychologue scolaire de Saint-Laurent vers Maripasoula pour être sûr d’avoir une réponse au plus près du terrain. Donc les moyens ont été renforcés. Par ailleurs, l’ARS a formulé son intention de créer un pôle santé mentale à Maripasoula avec une capacité d’hébergement, une capacité de maintien en observation des patients à Maripasoula et éviter ainsi des évacuations sanitaires qui ajoutent parfois à la confusion et à la déstabilisation des communautés.

Dans combien de temps ce centre verra-t-il le jour ?

Il faut créer les locaux. Nous recherchons des locaux ou des terrains sur lesquels construire. Ce qui est clair, c’est que les financements sont là. Nous en sommes donc à la phase de concrétisation du projet. Cela prendra peut-être une année pour se construire. Néanmoins, nous n’attendrons pas un an pour que les choses se mettent en place. L’équipe sera là avant les locaux. Et nous comptons sur une collaboration entre le CMP et le centre de santé (CDPS) qui lui dépend du centre hospitalier Andrée-Rosemon de Cayenne et qui apporte toute sa collaboration aux besoins du CMP.

Comment vont-ils faire pour travailler sans le local ?

En fait, ils ont un local aujourd’hui, mais leurs locaux sont limités à des salles d’entretien avec les patients. Ce dont on a besoin, ce sont de véritables chambres d’observation, dans lesquelles on peut garder une personne toute la nuit, ce qui n’est possible ni dans le CMP actuel ni dans le centre de santé qui ne dispose pas de chambre d’observation. Donc nous arrivons tant bien que mal à travailler avec l’obligation de faire des évacuations sanitaires. C’est une réponse qui permet d’avoir une prise en charge des personnes vulnérables. En revanche, nous améliorerons les conditions de prise en charge lorsque nous aurons les nouveaux locaux.

Propos recueillis par Samir MATHIEU

L’intégralité de l’interview sur franceguyane.fr.

Frédéric Bouteille est le sous-préfet aux communes de l'intérieur, également directeur de cabinet du préfet. - DR
« On aurait pu faire ne serait-ce qu’une minute de silence »

On imagine que ce nouveau suicide est un choc...

Oui, on a fait des réunions autour du suicide entre membres du personnel à laquelle Vanessa avait assisté et on n’a rien vu venir. Lundi, elle est venue travailler normalement. C’est incompréhensible et hier (jeudi, ndlr), nous avons eu une nouvelle tentative de suicide d’une jeune femme.

Comment la situation est-elle vécue au collège Gran-Man-Difou ?

À l’heure actuelle, un certain nombres d’enseignants sont en arrêt maladie, au moins deux depuis jeudi. Vous savez ce sont des collègues qui ont perdu parfois trois ou quatre élèves depuis le début de l’année. On retourne au collège et on ouvre nos « écoutilles » vers les enfants mais on se sent impuissants. Un psychologue scolaire nous a été attribué par le rectorat mais c’est difficile de faire parler les jeunes.

Une cellule de crise a été mise en place...

Oui, le centre médico-psychologique essaie de faire le nécessaire pour aller à la rencontre des enfants. En revanche, pour ce qui est du soutien pour les personnels, il n’y a rien.

Comment l’établissement gère t-il cette nouvelle crise ?

Les choses sont trop banalisées. On nous demande d’écouter et de faire parler les enfants pendant la première heure de cours mais il n’y a pas de continuité. Ça reste trop léger. On a organisé cette marche blanche en dehors du temps scolaire pour ne pas perturber davantage la scolarité mais on aurait pu faire ne serait-ce qu’une minute de silence. Ça a seulement été fait deux fois depuis le début de l’année. Il n’y a pas grand-chose d’apparent et on refuse de s’habituer à tous ces suicides : ça ne doit pas être coutumier.

Vous enseignez à Maripasoula depuis quatre ans. Que faudrait-il faire pour endiguer cette crise persistante ?

Une délégation parlementaire était venue en novembre 2015 suite à ces crises de suicides et, à l’heure actuelle, aucune de leurs propositions n’ont été appliquées. On nous envoyé le rapport et c’est resté comme ça. On a besoin d’aide au niveau des villages amérindiens et pourquoi pas, comme le préfet l’avait dit il y a quelques mois, demander l’appui des chefs coutumiers d’autres communautés amérindiennes qui, elles aussi, ont du faire face à des vagues de suicides. Il faut aussi absolument mettre en place des activités pour occuper les adolescents, notamment ceux de l’internat.

Quelles sont les causes du problème, selon vous ?

Pour nous, le problème ne vient pas du collège. Je pense qu’il y a un problème générationnel intracommunautaire avec le passage au modernisme, aux nouvelles technologies... Je pense qu’il faut aller dans les villages pour résoudre la situation. Nous, ce que l’on veut, c’est que l’État fasse bouger les choses car il est responsable de ce qui se passe.

Propos recueillis par Angélique GROS

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Vos commentaires

josy 11.05.2019
Valses

Envoyez encore une équipe de grands experts de France. 10000 euros la mission.... Pas mal !

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3 commentaires
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