• S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • Partager cet article sur Google +
DANS LA TÊTE DE... (6/6)

Le mur d'une mère infanticide

P.-Y. C. Samedi 27 juillet 2013
Le mur d'une mère infanticide
Dessin inspiré de l'histoire de Suzanne Bellegarde (Dan Leyla)

Suzanne Bellegarde a tué l'un de ses enfants et tenté de tuer l'autre, le 19 septembre 2007, à Cayenne, et a écopé de vingt ans de réclusion criminelle.

Comment une mère peut-elle tuer l'un de ses enfants et tenter de tuer l'autre ? À cette question, beaucoup espéraient que le procès de Suzanne Bellegarde, les 29 et 30 avril 2009, apporte une réponse. Ils n'ont eu droit qu'à des bribes.
Qu'a dit cette Cayennaise de la cité Mortin pendant les deux jours ? Pas grand-chose. Absente, le regard dans le vide. Une fois, lorsque l'avocat général dit qu'elle « avait décidé de tuer ses enfants » , elle redresse un peu la tête, se gratte les tresses avant de replonger son regard vers le sol qu'elle fixe depuis deux jours.
Deux jours où elle répète, d'un ton monocorde, qu'elle aimait ses enfants même s'ils étaient insupportables. De son aîné, âgé de 15 ans, elle dit qu'il « n'était pas un enfant sain » , parce qu'issu d'un viol par un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Guère plus. Pas davantage que sa mère et sa soeur, qui ne trouvent aucune explication. Les autres ont tenté de parler pour elle, d'expliquer ce qui lui est passé par la tête cette nuit-là. Le psychiatre : « Aimer ses enfants et les tuer n'est pas incompatible. Il s'agit de faits passionnels plutôt que de froideur et de lucidité. » Un expert : « Elle était en pilotage automatique. Elle a l'impression que plus rien n'est possible et que seul Dieu est fidèle. »
L'avocat général croit que, par-delà sa fatigue de la vie, Suzanne Bellegarde a préparé son geste. Elle a acheté son couteau la veille, l'a mis sous son matelas et, lorsque les policiers l'ont interrogée, a prétendu qu'un voleur les avait agressés. Puis elle racontera son geste, « avec une précision de chirurgien » . L'avocat général y voit un paravent : « C'est peut-être une froideur d'apparence. Je pense qu'à ce moment-là, elle a regretté les gestes qu'elle avait commis. »
Son avocate Rose-Lyne Robeiri sera aussi réduite à des conjectures. Psychanalytiques : « Elle a vécu dans le ventre de sa mère avec un jumeau mort-né. Dès sa naissance, elle est accompagnée par la mort. » Psychosociales : « Dans tous les infanticides, on retrouve des points communs : l'expérience négative dans leur enfance avec leur mère, la pauvreté. »
Et la collision d'une mauvaise soirée avec son compagnon et de ses fragilités psychologiques. Il vient lui arranger un entretien d'embauche. Mais selon son avocate, elle qui a toujours vécu sous la coupe des autres, a le sentiment d'être à nouveau sous l'emprise de quelqu'un.
« Ce soir-là, quand il passe chez elle, elle est apathique, fatiguée et ne fait pas attention à ce qu'il dit. Ce soir-là, tous ses échecs qui lui sont renvoyés (à la figure) pèsent très lourd sur ses épaules. Elle est fatiguée. Pas la fatigue d'une journée. Une fatigue qui s'accumule, jour après jour, pendant trente-cinq ans [...] Elle est épuisée. Elle n'a plus la force [...] À 3 h, quand elle se réveille, elle ne sait pas ce qu'elle va faire. Elle cherche quelque chose à laquelle se raccrocher. Elle cherche une réponse pour tenir une journée de plus, ou une année de plus. » En fait de réponse, elle tuera son enfant.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire

Vidéos

Voir toutes les vidéos