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Le fléau des armes illégales

P.R. / P.-Y.C / K.A / R.F / D.S-J Lundi 30 septembre 2013
Le fléau des armes illégales
Des munitions et un fusil Baïkal saisis sur un site d'orpaillage clandestin (photos d'archives)

12 000 armes sont enregistrées en Guyane, selon la préfecture. Combien y circulent illégalement ?

Les îles de la Guadeloupe connaissent actuellement une situation alarmante. Depuis le début de l'année, 37 crimes de sang y ont été commis, dont les deux tiers avec des armes à feu. Pour faire face à cette montée de violence, la préfecture a lancé une opération « Déposez les armes » . Durant deux mois, les personnes en détention d'armes illégales peuvent aller les rendre dans les commissariats et gendarmeries « avec l'engagement que les procureurs de la République ne les poursuivront pas » . Date butoir : le 25 novembre. Après celle-ci, le couperet de la justice tombera sur les contrevenants. Et ils seront d'autant plus sanctionnés que depuis le 6 septembre, la législation sur les armes s'est endurcie (voir repères).
En Guyane, la préfecture recense aujourd'hui 12 000 armes enregistrées. Mais combien d'armes illégales y circulent ? Difficile à dire. En 2012, les forces de l'ordre ont effectué 261 arrestations pour détention et port d'armes prohibées. Pour ce qui est des armes illégales saisies dans le cadre d'affaires judiciaires, il est presque impossible d'en estimer le nombre (lire ci-dessous). Au commissariat de Cayenne, un policier affirme pourtant que les armes les plus couramment saisies sont les fusils de chasse, de marque Baïkal, avec canon et parfois crosse sciés. Suivent les calibres 12 et les revolvers de fabrication brésilienne Taurus. « Accessoirement, nous saisissons des fusils à pompe. » Puis il précise : « En général, ces saisies sont connexes à un crime ou un délit : braquage, homicide. Nous n'effectuons que peu de saisies pour port d'arme prohibée. »
Le policier constate d'ailleurs que les saisies d'armes sont en baisse, tout en précisant que le commissariat ne tient pas de comptabilité et qu'il ne sait pas si ce constat signifie une diminution du nombre d'armes en circulation.
« ÇA DEVIENT BANAL »
Dimanche 22 septembre, dans le quartier Mango à Cayenne, la Bac (Brigade anti-criminalité) a arrêté deux jeunes de 16 et 18 ans armés d'un fusil à canon scié et d'un revolver. Au moment de l'intervention de la police, ces jeunes s'apprêtaient à en attaquer d'autres, stationnés devant le « Chinois » . Nous avons pu interroger un de ces jeunes. Pour lui, les armes illégales dans certains quartiers de la capitale sont devenues monnaie courante. Notre témoin admet craindre encore plus les « petits jeunes » , plus enclins selon lui, à « s'emballer » et faire une « connerie » .
L'origine des armes illégales pose question. Certaines sont issues de cambriolages de particuliers, d'autres viendraient du Brésil ou du Suriname, notamment du « stock » créé lors de la guerre civile dans les années 90 (lire ci-dessous).
(1) Le prénom a été modifié.
Armes : aux sources du marché noir
La circulation d'armes clandestines ne cesse de se répandre dans le département et d'échapper au contrôle des autorités. Un marché inquantifiable. Autrefois venues du Suriname, ces armes sont désormais majoritairement fournies par le géant brésilien.
 
Pendant très longtemps, le Suriname a été le principal et l'officiel fournisseur d'armes à feu non déclarées en Guyane. Mais la donne évolue. La fin du conflit dans les Balkans a provoqué un afflux des armes à feu en France. La Guyane, elle, a connu ce même phénomène à la fin de la guerre civile au Suriname, en 1992. Or avec le temps, ces armes de guerre sont devenues obsolètes. Avec l'expansion de l'orpaillage clandestin, le Brésil s'est mis à concurrencer le Suriname.
Aujourd'hui, le Taurus, arme de fabrication brésilienne, est l'un des best-sellers en Guyane. « J'en avais trois » , explique un homme qui les avait achetées à 400 euros pièce. Lors d'un cambriolage, ses armes non-déclarées ont été subtilisées. C'est ainsi que beaucoup d'armes se retrouvent en circulation, souvent entre de mauvaises mains. Volées chez des particuliers, elles le sont également dans les armureries. On se souvient notamment de la tentative de braquage d'un armurier de Kourou, en octobre de l'an passé. Ou encore, de l'armurerie de Saint-Georges, dévalisée en avril 2012.
(photos d'archives)
Mais ce phénomène, reconnaît un connaisseur, reste marginal. Pour lui, le Suriname, le Brésil et accessoirement le Guyana fournissent près de 90% des armes à feu clandestines en circulation dans le département. Un paradoxe quand on sait que la législation, au Brésil comme au Suriname, est très sévère en matière de port d'arme. À cette réalité dominante, s'ajoutent quelques particularités ici et là. Boris (1), sur le sol guyanais depuis une dizaine d'années, a profité d'un fret maritime de son entreprise pour y glisser plusieurs objets non déclarés. Le conteneur d'une grande société a ainsi échappé à la vigilance des douanes, renfermant entre autres, un calibre 12 et une arme de poing. Des armes achetées au marché noir dans la Caraïbe. Pour lui, ces armes ne seront jamais revendues, ni destinées au crime, ni censées lui procurer un sentiment de sécurité. Il se justifie : « C'est juste du plaisir, du jeu d'adresse. Certains aiment jouer aux fléchettes. Moi, j'ai toujours aimé tirer sur des cibles » .
K.A. & R.F.
REPÈRES
Sondage.
Une opération « Déposez les armes » est-elle possible en Guyane ? Selon un sondage proposé sur le site de France-Guyane le mois dernier, 51% des internautes guyanais pensent qu'une telle opération dans notre département ferait baisser le nombre d'armes illégales en circulation. Les 49% jugeant que les gens ne joueraient de toute façon pas le jeu.
Nouvelle législation.
La nouvelle législation sur les armes répartit les armes dans quatre nouvelles catégories, fondées sur leur dangerosité, sur la base de trois critères : la répétabilité du tir (à répétition automatique, semi-automatique ou manuel), la capacité de tir sans rechargement et la capacité de dissimulation de l'arme (arme d'épaule/arme de poing).
Catégories.
A : Armes de guerre
B : Armes de poing, fusils à pompe et armes à canon scié
C : Armes d'épaule semi-automatiques
D 1 : Armes de chasse à un coup
D 2 : Armes blanches.
Estimer le nombre d'armes saisies : une mission quasi-impossible
Estimer le nombre d'armes à feu qui sont saisies dans le cadre des affaires judiciaires est une mission quasi-impossible, fait remarquer le procureur Ivan Auriel. Le service qui gère le stock des scellés ne dispose pas de statistiques annuelles. Les armes à feu et les armes blanches saisies ne peuvent être détruites que six mois et dix jours après le jugement de l'affaire, lorsque la confiscation n'a pas été ordonnée par les juges. Un délai qui peut être prolongé si l'affaire fait l'objet d'un appel.
Pour les armes confisquées lors du jugement, le délai est réduit à dix jours, après certification qu'il n'y a pas appel. Deux à trois destructions annuelles sont ainsi réalisées par la Sécurité civile. « Lorsque je suis de permanence, il m'arrive d'ordonner dix fois par jour la destruction d'armes » , explique une substitut du procureur. Et de souligner que les armes qui sont mises sous scellés sont celles des dossiers d'instruction.
D. St-J.

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1 commentaire

Vos commentaires

aucun 30.09.2013
pour une opération "légalisation" plutôt que "dépôt"

membre d'un club de tir et propriétaire légal de plusieurs armes, y compris "catégorie B", je trouve que l'idée d'une opération de "légalisation de vos armes" serait bien plus bénéfique qu'une opération "dépôt de vos armes". en effet, cette idée de pouvoir se débarrasser en toute tranquillité de ses "vielles" armes (probablement pour aller en trouver des meilleures juste après) avec garantie de "zéro poursuite" est une honte, d'une part, et elle ne responsabilise absolument pas les détenteurs d'armes, d'autre part. alors qu'une opération "légalisation", où les détenteurs seraient informés de leurs devoirs et obligations et renseigneraient les documents utiles seraient, à mon avis, bien plus bénéfiques. on n'auraient pas "moins d'armes" mais on aurait "moins d'irresponsables". c'est pas mal non ? quoi je rêve ?

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