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GUYANE

L'onde de choc après l'usage d'un chien par la police contre des manifestants et carnavaliers samedi et dimanche à Cayenne

Samir MATHIEU Lundi 11 Janvier 2021 - 13h52
L'onde de choc après l'usage d'un chien par la police contre des manifestants et carnavaliers samedi et dimanche à Cayenne
Le chien n'avait pas de muselière au moment de l'attaque qui a blessé les manifestants. Une information confirmée par le commissariat. - capture écran Facebook Live

C'est un tollé général. L'usage d'un chien par les policiers contre des manifestants ce week-end en Guyane, créé un émoi général et une condamnation unanime de la classe politique, qui dénonce la violence et l'écho au passé de tels actes. Même Christiane Taubira est sortie de sa réserve. Le commissaire Gil Friedman a justifié l'action de la police jusqu'à ce que le préfet lui interdise de communiquer ce midi. L'usage des chiens est désormais suspendu. Des élus en appellent au ministre de l'intérieur. Le préfet n'a toujours pas réagit ce soir.

Une onde de choc traverse la société guyanaise depuis ce week-end et les violences qui ont eu lieu en marge de deux manifestations. La première a eu lieu samedi soir, devant la préfecture. Une cinquantaine de personnes s'est réunie pour protester contre les mesures de couvre-feu imposées par la préfecture et les restrictions sanitaires liées à la crise du coronavirus.

Premières tensions samedi soir aux Chaînes brisées, déjà avec un chien de la police
Au bout d'une quarantaine de minutes, vers 19h40 et alors que la pluie s'est mise à tomber, les policiers sont intervenus par la voix du DTPN (Directeur territorial de la police nationale), qui avec son mégaphone, a demandé aux manifestants de rentrer chez eux. Le fait d'avoir précisé que les plaques d'immatriculations présentes sur la place avaient été relevées par les policiers et que des amendes allaient être envoyées aux propriétaires des véhicules, a quelques peu chauffré les esprits, même si les portes-voix du regroupement ont rappelé leur démarche "pacifiste". Si la majorité des personnes a quitté les lieux, certains manifestants sont restés dans la rue. Les policiers les ont alors pressé de rentrer chez eux. Le face à face entre les manifestants et les policiers s'est alors poursuivi, depuis la place de la préfecture, jusqu'aux Chaînes brisées. À ce moment là, la tension est devenue plus palpable, et les policiers étaient présents avec le chien pour faire partir les manifestants. Il n'y a pas eu de blessé.
Le défilé carnavalesque de dimanche
Le second épisode qui a frappé les esprits ce week-end a fait suite au défilé carnavalesque interdit qui a eu lieu dimanche dans les rues de Cayenne. 200 personnes ont marché au rythme des tambours et déguisés, dans l'ambiance de carnaval, malgré les interdictions liées aux règles sanitaires. Au total, près de 1 000 personnes ont assisté à ce rendez-vous. La circulation a été fortement perturbée dimanche après-midi dans Cayenne. La police est intervenue pour faire respecter les règles liés à la crise sanitaire et qui interdisent tout rassemblement de plus de 6 personnes.

Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène envers les personnes qui défilaient, malgré l'interdiction, pour le carnaval. - capture écran Facebook Live

Les policiers ont gazé en plein visage à moins de 5 mètres de distance
Après la sommation du commissaire Gil Friedman, qui avec son mégaphone est allé au devant des manifestants, la charge a été lancée par les policiers qui répondaient aux ordres de maintien de l'ordre. Ils ont lancé du gaz lacrymogène au visage des carnavaliers. Sur plusieurs vidéos, on peut voir des policiers qui projètent à moins de 5 mètres, du gaz lacrymogène aux visages des carnavaliers, qui malgré les avertissements continuaient d'avancer. Mais ce qui a provoqué une véritable onde de choc dans l'opinion publique, c'est l'utilisation d'un chien contre les manifestants.

L'incident le plus grave a eu lieu, lorsque le chien de la police, dont la muselière a été enlevée, a attaqué un carnavalier et l'a mordu, jusqu'au sang, au niveau de l'avant-bras. Le carnavalier, Albert Tarcy, a été évacué aux urgences du centre hospitalier de Cayenne, pour y être soigné. Un autre carnavalier, Marc Mogès, aurait été légèrement blessé, mais n'a pas été transporté à l'hôpital et n'aurait pas été mordu jusqu'au sang. Sur des vidéos qui sont apparues ce lundi après-midi sur les réseaux sociaux, l'on voit clairement un maître chien, lancer l'animal sur deux carnavaliers dans une autre rue, que celle où a eu lieu les principales tensions.

Le commissaire Gil Friedman, directeur territorial de la police nationale, mégaphone à la main, est venu au contact des carnavaliers. - capture écran Facebook Live

Le commissaire parle "d'une poignée d'irreductibles qui bravent les interdits"
Du côté des forces de l'ordre, le commissaire a assumé ce choix rappelant dimanche soir lors d'un Facebook live sur Radio Péyi que la mobilisation de forces de l'ordre pour le maintien de l'ordre et le respect des règles sanitaires, se faisaient au détriment de la police-secours. Gil Friedman a expliqué que pendant que la police est déployée contre certains habitants qui ne respectent pas les règles sanitaires, il n'y a pas d'équipage disponible pour les habitants qui respectent les règles et qui ont besoin d'urgences a justifié dimanche soir le commissaire Gil Friedman  parlant "d'une poignée d'irreductibles qui veulent braver les interdits". La police a expliqué être intervenue "après plusieurs appels" qui auraient été passés à Police-secours à propos des embouteillages provoqués par le défilé carnavalesque, et que "plusieurs individus étaient alcoolisés".
Le commissaire annonce la suspension immédiate de l'usage des chiens
Le DTPN Gil Friedman, a ensuite fait savoir que "l'usage du chien est suspendu à compter de ce jour pour l'ensemble des opérations en périphérie de maintien de l'ordre en Guyane". On parle d'un choix pour apaiser la situation du côté de la police nationale. Une décision qui a été validée par le préfet de Guyane, Thierry Queffelec. La police nationale explique en outre que l'utilisation du chien, s'est faite "en périphérie du maintien de l'ordre", car elle n'est pas autorisée en pur maintien de l'ordre. Du côté de la police, on explique "qu'il n'y a pas eu de faute".

Le chien n'avait pas de muselière au moment de l'attaque qui a blessé les manifestants. Une information confirmée par le commissariat. - capture écran Facebook Live

Une plainte déposée ce lundi auprès du procureur
Une plainte a été déposée ce lundi directement auprès du procureur de la République de Cayenne, Samuel Finielz, par l'avocat maître Jérôme Gay, qui représente Albert Tarcy, le carnavalier mordu par le chien lancé par la police. La plainte a été déposée pour "violences volontaires avec arme et par agent dépositaire de la force publique"


Des réactions par centaines sur les réseaux sociaux
Les réactions ont été très nombreuses. En premier lieu sur les réseaux sociaux. Les commentaires se comptent par centaines, que ce soit sur WhatsApp, Facebook ou Twitter.

Plusieurs centaines de personnes ont participé au défilé carnavalesque hier dans les rues de Cayenne. Une manifestation interdite en raison des règles sanitaires liées à la crise du Covid19. - capture écran Facebook Live

Olivier Goudet a relayé le passage aux urgences du Guyanais attaqué par le chien
Olivier Goudet et Trop Violans ont accompagné le blessé aux urgences et ont réalisé un Facebook live en direct qui a provoqué de très nombreuses réactions d'indignations également. Olivier Goudet a fait le parallèle avec ce qui s'était passé en Afrique du Sud et à l'esclavage ici en Guyane et aux Antilles. L'association va revenir sur ce dossier dans la semaine et va demander le départ du commissaire Gil Friedman.
Gabriel Serville interpelle le préfet et condamne "le choix de lancer des chiens"
Le député Gabriel Serville est lui aussi monté au créneau. Il s'est rendu sur place samedi soir pour constater ce qui était en train de se passer. Il a ensuite écrit une lettre ouverte, singlante au nouveau préfet de Guyane, Thierry Queffelec. 
Dans ce courrier le député s'adresse directement au préfet. Gabriel Serville parle du "sentiment de lassitude qui a pu envahir certains d'entre nous, qui, à juste titre, se plaignent des restrictions de liberté dont ils font l'objet".  Et le député de dénoncer ce qui s'est passé : "C'est pourquoi je ne puis que condamner le choix de lancer des chiens après des individus qui manifestaient, sans porter atteinte à la sûreté de l'Etat, notamment aux abords de la place des chaînes brisées qui commémore la lutte menée par des esclaves pour recouvrer leur liberté et dont l'histoire nous rappelle que certains ont été massacrés, voire tués par des dogues de cuba utilisés sur les plantations comme chiens destinés à pourchasser les esclaves fugitifs. Cette symbolique extrêmement puissante n'aura pas échappée à la population qui a traduit ce choix disproportionné comme une véritable offense à l'encontre de notre mémoire collective. De même l'utilisation de gaz lacrymogène pour disperser quelques personnes qui ont organisé un défilé carnavalesque dans le but également d'exprimer leur désapprobation de toutes les restrictions subies ne constitue pas une réponse équilibrée et juste, eu égard au contexte social.
Cela est d'autant plus regrettable que suivant des registres relevant de certaines de ses compétences régaliennes, l'Etat en Guyane, ne démontre pas la même volonté et une égale célérité pour mettre de l'ordre là où règnent des dérèglements qui pénalisent durablement la croissance de notre région.
En conséquence, ne souhaite ardemment, que par une communication efficace, nous parvenions à définir les bonnes orientations et les meilleures méthodes qui ne laisseraient nullement planer le sentiment que nous serions toujours en colonie".
Christiane Taubira dénonce la gravité des faits en écho à l'esclavage
L'ancienne députée de Guyane, ancienne ministre de la justice de 2012 à 2016, Christiane Taubira, est sortie de sa réserve, et a condamné vivement ce qui s'est passé : 
"C'est tellement grave qu'il valait mieux vérifier par trois fois
Quoi que l'on pense des organisateurs, et des participants, et des motifs de la manifestation, envoyer des chiens contre des personnes, en Guyane, est inconvable. Et inadmissible.
Si c'est par maladresse, cela révèle une méconnaissance crasse de l'histoire qui sévissait encore il y a moins de deux siècles. Et une grande inaptitude aux responsabilités.
Si c'est délibéré, l'usage n'en étant ni habituel, ni général, ni banal contre des manifestants, c'est une provocation scandaleuse. 
Que l'on aurait cru exclusive à des forces extrêmistes, racistes et pro-esclavagistes."

Marie-Laure Phinéra-Horth évoque des "Guyanais blessés dans leur chair"
La sénatrice Marie-Laure Phinéra-Horth a exprimé "sa solidarité la plus totale aux Guyanais qui ont été blessés dans leur chair lors d'un face à face tendu ce dimanche dans les rues de Cayenne". L'ancienne maire de Cayenne explique qu'il lui est "insupportable de voir mes compatriotes se faire attaquer par un chien sans muselière et gaze alors qu'ils manifestaient sans violence". Marie-Laure Phinéra-Horth évoque "des images qui ont heurté beaucoup d'entre nous, ravivant des souvenirs d'une période qu'on espérait révolue". Sur l'interdiction du carnaval, la sénatrice explique : "Je ne peux contester qu'un arrêté préfectoral rendait illégal tout rassemblement à l'occasion de cette édition de carnaval.". Elle parle d'une "décision prise en raison de la crise sanitaire qui nous frappe durement. Les Guyanais jusqu'à présent, ont respecté les consignes dictées par l'État". Marie-Laure Phinéra-Horth regrette donc "profondément que les autorités aient pris la décision de lâcher un chien contre la population guyanaise alors que chaque dimanche, aux yeux de tous, d'autres rassemblements tout aussi interdits, sont organisés dans des quartiers de Cayenne.". La sénatrice "ne peux comprendre cette décision qui met en évidence un traitement différencié selon les rassemblements". Enfin, Marie-Laure Phinéra-Horth lance un "appel au calme" : "ce n'est qu'au prix de ces efforts que nous parviendrons à instaurer un climat favorable et prospère à tous"
Le MDES dénonce l'usage "brutal et abusif de chiens par les policiers"
Le MDES a également réagit : "Le MDES dénonce avec fermeté les interventions musclées des forces de police lors de rassemblements de protestation contre les mesures inadaptées et incohérentes de la préfecture, ainsi que contre des défilés carnavalesques spontanés. La crise sanitaire met à mal toutes les Nations, et la Guyane n’y échappe pas. Cependant les décisions échappent totalement à notre pays et sont en fonction des stratégies décidées à Paris. L’usage brutal, abusif, voire intentionnel de chiens par les policiers sous la responsabilité du nouveau préfet doit être unanimement condamné et arrêté. Le MDES en appelle à toutes les forces vives du pays pour qu’elles protestent elles aussi et que soit immédiatement mis fin à cette dérive autoritaire et
cynique qui nous rappelle le pire passé de notre histoire. Le MDES demande à nouveau à la population de comprendre qu’il n’est plus
possible d’abandonner notre légitime pouvoir de décision aux mains exclusives de l’état. Nous devons aussi assumer les conséquences de nos choix politiques."
Gauthier Horth demande des sanctions sévères contre le commissaire et le maître-chien
Le conseiller territorial d'opposition Gauthier Horth demande "des sanctions sévères contre le directeur territorial de la police nationale, Gil Friedman et contre le maitre-chien qui a enlevé la muselière au chien juste avant l'attaque"


Le parti de Marie-Laure Phinéra-Horth, NFG (Nouvelle Force de Guyane) est monté aussi au créneau par la voie de Chester Léonce,qui rappelle "le carnaval fait partie du socle du patrimoine culturel guyanais et qu’en cette période de crise sanitaire, nous comprenons la frustration de la population de ne pas pouvoir s’y à donné.". NFG lance par ailleurs un appel au calme.
Rodolphe Alexandre parle d'une réaction "disproportionnée"
Rodolphe Alexandre a réagit ce lundi matin en marge du comité scientifique territorial. Le président de la CTG est plus modéré dans ses propos. Il rappelle que la crise sanitaire impose des restrictions mais qu'il s'agit d'une réponse "disproportionnée". Rodolphe Alexandre fait lui aussi le lien avec le passé :"c'est quelque chose de très sérieux" a t'il indiqué affirmant avoir pris contact avec les autorités. Le président de la CTG rappelle enfin que les carnavaliers "n'étaient pas belliqueux".

Le député Lénaïck Adam et le sénateur Georges Patient ont rédigé un communiqué commun dans lequel ils "appellent au calme". Ils "condamnent avec la plus grande fermeté ces méthodes qu'ils considèrent d'un autre temps, renvoyant aux pans les plus obscurs de l'histoire de la Guyane". Mais ils "en appellent néanmoins à la responsabilité de tous dans la lutte contre la propagation du virus".

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1 commentaire

Vos commentaires

Awala 12.01.2021

Beaucoup de bruit pour un vulgaire fait divers
Comment faire entendre raison à des irresponsables?
Il s’agit de la santé de la population qui est mise en danger par des immatures.
Un chien?et alors les vigiles en ont bien, non?

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