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DANS LA TÊTE DE... (5/6)

« J'étais seul, j'allais être incarcéré, je me suis débarrassé de tout »

Pierre-Yves CARLIER Vendredi 26 juillet 2013
« J'étais seul, j'allais être incarcéré, je me suis débarrassé de tout »
Dessin inspiré de l'histoire de Claude*, condamné à cinq ans de réclusion criminelle dont quatre avec sursis pour meurtre (Dan Leyla)

Claude (1) , victime d'innombrables cambriolages chez lui à Saint-Laurent, a coursé un de ses voleurs supposés et a tiré. Il a écopé de cinq ans de prison dont quatre avec sursis et est ressorti libre de son procès, en avril 2009.

« J'ai compris que j'étais seul... que j'étais foutu... que j'allais être incarcéré... qu'il y aurait des représailles... Alors je me suis débarrassé de tout... Le fusil... Le scooter... »
En ce mois d'avril 2009, un agriculteur de Saint-Laurent du Maroni se présente à la barre de la cour d'assises. De ces hommes qu'on qualifie volontiers d'« entiers » . Qui parlent sans détour. Qui livrent le fond de leur pensée. Pendant de longues heures (le procès, plusieurs fois interrompu, se terminera à 22 h 30), Claude (2) racontera par le menu comment il en est venu, un jour de 2006, a tiré sur celui qu'il supposait être un voleur.
L'agriculteur a une passion : le tambour. Il en fabrique, il en répare, il compose, il enseigne. Dix ans qu'il consacre ses loisirs à cet instrument. Il a aussi un cauchemar : les cambriolages. « À la fin, j'étais tout le temps menacé par les vols. Je ne pouvais plus quitter ma maison. Je n'avais plus de loisirs. » Il soupçonne ses voisins d'être complices des voleurs, de les alerter de ses allées et venues. « J'ai l'impression que c'est une espèce de pillage organisé » , dira-t-il à la cour d'assises.
Ce jour de 2006, il surprend chez lui des gens qu'il pense être des cambrioleurs. L'un d'eux fuit en booster. Il le prend en chasse avec sa voiture, avec un fusil à côté de lui. Direction la piste de Paul-Isnard.
« Après avoir vu son expression de terreur, j'étais presque sûr que c'était un protagoniste. Quand je l'ai vu jeter son booster pour fuir dans la forêt, j'en étais complètement sûr [...] Il avait une tenue de camouflage, ce qui est pratique pour s'enfuir (après un cambriolage). C'était un rasta. Or, lors des précédents cambriolages, des témoins avaient vu des rastas [...] Lorsque j'ai vu l'effet de surprise, je me suis dit : « C'est sûrement un des voleurs. » Quand il a pris la fuite dans la forêt, c'était sûr pour moi à 100%. »
L'agriculteur épaule. « J'ai voulu lui faire peur. » Le juge : « Il courait. Il ne voyait pas que vous aviez l'arme. » L'accusé affirme que sa cible pouvait voir l'arme et qu'elle aurait eu un tesson de bouteille dans la main, deux points qui ne seront jamais éclaircis.
La victime s'effondre. Le lendemain, l'agriculteur dénonce le cambriolage dont il a été victime aux gendarmes. Il ne dit pas qu'il a tué quelqu'un. Il s'installe au Suriname. Pris de remords, il se présente aux gendarmes et avoue. Incarcéré quelques mois, il est libéré en décembre 2007. Condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis, il repart libre à la fin de son procès.
*S'agissant d'un condamné qui a purgé sa peine, le prénom a été modifié.
(1) S'agissant d'un condamné qui a purgé sa peine, le prénom a été modifié.
(2) S'agissant d'un condamné qui a purgé sa peine, le prénom a été modifié.

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