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DANS LA TÊTE DE... (2/6) : « Je vais te tuer »

Pierre-Yves CARLIER Mardi 23 juillet 2013
DANS LA TÊTE DE... (2/6) : « Je vais te tuer »
Dessin inspiré de l'histoire d'Herman (Dan Leyla)

Herman a été condamné à neuf ans de réclusion criminelle pour le meurtre d'une pompiste, route de la Madeleine à Cayenne, alors qu'il avait 15 ans.

Il fait partie de cette poignée d'ados, en Guyane, dont la situation alarme la Justice et les services sociaux. De ces encore enfants dont un enquêteur peut dire : « Il finira par se faire tuer... ou par tuer quelqu'un. » Herman a tué. Le 5 janvier 2009. Il n'avait que 15 ans et demi, quand il a abattu Jocylène Ferreira Pirès, pompiste de l'ancienne station Texaco de la route de la Madeleine, à Cayenne.
Ce soir-là, il n'est sans doute rien passé par la tête du jeune Herman, pendant les quelques secondes fatales à la pompiste. À part de la frustration. Il pensait que son fusil à canon scié suffirait pour se faire remettre la banane dans laquelle elle gardait l'argent des automobilistes. Mais elle lui a tourné le dos. « Elle n'a sûrement jamais vu qu'il avait une arme » , estimait le substitut du procureur qui suivait l'affaire à l'époque. « Ce soir-là, il a tué Jocylène parce qu'il n'a pas supporté qu'elle ne lui donne pas la banane » , selon Me Sylvie Piat-Garnier.
Tuer plutôt que faire peur ? Une majorité des protagonistes de l'affaire ont toujours pensé que cela ne lui poserait pas de problème : « Il n'accorde aucun intérêt à la vie d'autrui. On le dit déstructuré, violent, mais il n'a jamais retourné la violence contre lui-même » , poursuit Me Piat-Garnier. Seul Me Bouchet, son avocat à l'époque, était convaincu qu'il « avait cette arme pour faire peur » .
Tuer. L'une de ses enseignantes du collège III de Matoury l'a entendu répéter ce mot. C'était à la rentrée 2005. Herman entrait en sixième adaptée. Il avait 12 ans. Il coince l'enseignante dans un coin de l'établissement et la frappe. « Il me disait : « Je vais te tuer. » »
Tuer. Le musicien Gilles Gibus, par exemple, qui a croisé sa route à la Biennale du marronnage 2008. L'ado agresse sa fille, le musicien s'interpose et reçoit un coup de ciseaux qui lui crève un tympan.
Destin tragique d'un gamin qui n'a jamais eu de repères. Famille d'accueil à 2 ans. Coups d'un père condamné pour le viol de sa soeur. Échec des services sociojudiciaires. Ballotté de structure en structure, il gagne ses galons de petite terreur en multipliant les fugues et les incidents.
Herman sait qu'il fascine les gamins de son âge. Après avoir tabassé sa prof du collège de Matoury, « il faisait l'admiration des autres, se souvient un collègue de la victime. Il est devenu la mascotte parce qu'il avait tapé une prof. Les autres élèves voulaient l'élire délégué de classe. Nous avons dû nous y opposer. »
Il prend souvent le dessus sur ses copains. Son complice ce soir-là le suivra bêtement, en sachant que son arme était chargée. Pourtant, Herman fonctionne aussi comme un adolescent. Deux scènes l'illustreront, en garde à vue puis au procès. Il ment effrontément sur le déroulement du meurtre, en racontant une bagarre avec la pompiste et un coup de feu parti accidentellement. Il suffira que d'autres le contredisent - son complice, le médecin chargé de l'autopsie - pour qu'il reconnaisse avoir tiré dans le dos.

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