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Des tortues en danger et des pêcheurs sous pression

Jeudi 8 Août 2019 - 03h15
Des tortues en danger et des pêcheurs sous pression
Un récent rapport du WWF estime qu'environ 4000 tortues sont capturées accidentellement annuellement par la pêche au Suriname - AEM

Après la découverte d’une tortue caouanne et d’une de l'espèce olivâtre, mortes dans un filet, FA Guyane fait le point sur les dispositifs visant à éviter les captures accidentelles et la raréfection des tortues.

On ignore la provenance du filet dans lequel deux tortues, dont l’une rare, ont été trouvées mortes la semaine dernière mais pour Georges-Michel Karam, président du comité régional des pêches maritimes (CRPMEM), le filet en question n’est pas utilisé par les pêcheurs guyanais. « Vu la grandeur des mailles c’est pour pêcher du très gros poisson. Je me servais de ce genre de filet il y a 20 ou 30 ans pour pêcher des acoupas rouges entre 18 et 20 kilos mais maintenant il n’y en a plus. » La lutte contre la capture accidentelle par la pêche et donc la réduction des risques, est une des priorités pointées par le plan d’action sur les tortues marines en Guyane mis en place depuis 2014. « C’est de cette menace que les tortues paient le plus lourd prix en terme de mortalité et ce partout dans le monde », explique le Réseau tortue marine Guyane (RTMG) qui met en œuvre ce plan. Un récent rapport du WWF estime qu’environ 4 000 tortues sont capturées accidentellement annuellement par la pêche au Suriname. « On a mené une étude similaire en 2005 et on estimait qu’un millier de tortues étaient capturées chaque année dans les eaux guyanaises », précise Laurent Kelle, directeur du WWF. Depuis 2010, tous les crevettiers, dont le nombre s’est réduit à cinq aujourd’hui contre 101 dans les années 1990, utilisent un dispositif d’exclusion des tortues, le Ted qui permet d’éviter 90 % des captures.

Aucune vision globale sur la pêche illégale

Après les chalutiers crevettiers, c’est sur la pêche au filet côtier que des expérimentations, estimées à 750 000 euros, doivent être menées. Un dossier a été déposé au Feamp en juin par le WWF, en partenariat avec le CRPMEM (lire par ailleurs). Une réponse est attendue pour décembre. Un des points du plan d’action est aussi la lutte contre la surpêche et donc contre la pêche illégale. Pourtant, selon Georges-Michel Karam, « malgré les efforts des services de l’état, le volume de ressources pêchées illégalement a augmenté de 30 % en Guyane l’année dernière ». Le dernier bilan de la pêche illégale en Guyane remonte à 2012, et pointait que deux tiers de la ressource était pêchée illégalement. Laurent Kelle explique, « il nous faut d’urgence des rapport annuels. J’en ai encore parlé en juin avec la direction de la mer notamment. L’information existe mais pour l’instant on n’a pas l’impression que la publication de ce bilan soit une priorité alors que sans vision précise, on ne peut pas avoir d’éléments pour une gestion durable de la ressource […] Nous en a dressé un parallèle clair entre la présence de la pêche illégale, qu’on dénonce depuis plus de 30 ans, qui n’a jamais été pris à bras le corps de manière transfrontalière, et le fait que la tortue soit devenue rare ». Todd Rommel, pêcheur, souligne, « Si la ressource est surexploitée, ce n’est pas nous les Guyanais avec nos 130 bateaux côtiers et nos 5 chalutiers qui en sommes responsables surtout que quand on arrive à sortir 150 jours par an en mer, c’est déjà bien ! » Le nombre de bateaux de pêche est estimé à plus de 5 000 sur le plateau des Guyane.

Angélique GROS

Au 4 août, Kwata a comptabilisé, 4 tortues adultes ont été mutilées par des chiens, 20 nids détruits et deux braconnés sur l'île de Cayenne. À Awala-Yalimapo, entre janvier et avril 75 nids ont été braconné alors que 730 nids ont été comptabilisés depuis le début de la saison. - Kwata
On estime que sur les plages Yalimapo comme Galibi, au Suriname, 40 % des nids de tortues luth, sont détruits par l’érosion. - RTMG
« Aujourd’hui il y a 10 fois moins d’animaux »

En quoi consiste le projet mené en partenariat avec le WWF ?

Nous allons faire des expérimentations sur deux tapouilles qui pêchent avec des filets de 2500 mètres. En 2020, on va comparer le nombres de captures accidentelles, entre autres, entre l’utilisation d’un filet classique et d’un filet au profil vertical réduit. Puis en 2021, on va comparer les effets d’un filet normal à un filet qui n’aura pas de raling, c’est à dire de cordes. Il faut savoir que 30 % des tortues luth sont prises dans les cordes. Même si nous n’avons que 6 tapouilles qui pêchent avec 2500 mètres de filets en Guyane, ces expérimentations pourront notamment servir sur les bateaux brésiliens. […] D’autres tests vont être menés en parallèle, comme la peinture des flotteurs en rouge, une couleur que les tortues ne voit pas…

Selon Georges-Michel Karam, si on réduit la hauteur des filets, les pêcheurs sont assurés d’avoir une perte d’exploitation…

Il y a 4 mois dans l’année où les tortues sont présentes et tant que ces dispositifs ne sont pas évalués on ne peut pas prédire les résultats. Il faut aussi réaliser que la commission européenne a les filets maillants dans le collimateur. Depuis 2005, plusieurs dossiers ont été montés pour interdire l’utilisation de ces filets. Le seul moyen d’empêcher ça de se faire, car ce serait la fin de la pêche côtière guyanaise telle qu’on l’a connaît aujourd’hui, c’est de réduire ces captures accidentelles.

Quelles expérimentation ont été menées précédemment ?

Il y a eu la conception du Ted en 2009, qui vise à éliminer les captures accidentelles des chalutiers crevettiers, et qui est maintenant en évaluation au Suriname et en test aux États-Unis. Depuis 2009, on a fait des observations à bord des bateaux de la pêche côtière et depuis on essaie d’avoir des projets où on peut tester des modèles innovants. C’est dommage qu’on ait du attendre 10 ans, alors qu’aujourd’hui il y a 10 fois moins d’animaux.

Michel Nalovic, ingénieur halieute au CRPMEM - DR
La tortue luth, une espèce en voie d’extinction

Au delà des menaces liées à la surpêche et aux captures accidentelles, il y a aussi la problématique d’érosion de la côte. « La grande phase d’érosion des plages sur le plateau des Guyanes engendre une perte d’habitat de ponte et on ne peut pas y faire grand chose », explique le RTMG. Dans les années 1980 et 1990, Yalimapo était le premier site de nidification mondial des tortues luth.

Dix tortues avec un GPS

On estimait à environ 40 000 à 50 000 pontes chaque année contre 213 pontes en 2018. Les tortues luths ne venaient en revanche pas pondre sur l’île de Cayenne, mais la perte n’est pas pour autant compensée. En 2018 il y a eu 1 340 pontes sur l’île de Cayenne contre 9 500 en 2009. « Sur Yalimapo, on a en moyenne 40 % des nids qui sont détruits par l’érosion, 10 % des nids qui sont braconnés auxquels on ajoute ceux détruits par les chiens, environ 6 %. En sachant qu’en moyenne il n’y a qu’un bébé tortue sur 1 000 qui survivra à l’âge adulte […] On a regardé à l’échelle du bassin Atlantique nord comment se portait la tortue luth en comparant les données recueillies depuis 1990 par tous les pays de la grande Caraïbe. Les conclusions sont que partout la tortue luth est en train de disparaître. » Greenpeace France, a participé début juin à une mission du CNRS-IPHC, visant à équiper dix tortues luth de balises GPS pour mieux les comprendre et donc les protéger. Depuis, l’une d’elle a été retrouvée morte sur une plage du Suriname, après avoir été capturée dans des filets maillants, à 30 km au large de son site de ponte. L’ONG défend le projet d’un traité mondial visant à la création d’un vaste réseau de réserves marines en haute mer, et a lancé une pétition en ligne. Elle sera de retour en Guyane à la fin du mois. A. G.

Et les autres espèces de tortue

La tortue olivâtre, qui vient uniquement pondre sur l’île de Cayenne a établit son record l’année dernière en Guyane avec 5 900 pontes contre 2 300 pontes en 2007. Difficile de savoir comment se porte la tortue verte, qui pond uniquement à Yalimapo. « On a des graphiques en dent de scie, chaque année ça monte, ça descend en restant toujours dans une fourchette comprise entre 1 000 et 2 000 environ », indique le RTMG.

Où voir l'émergence et la ponte des tortues ?

Sur les plages de Cayenne et Rémire-Montjoly, il est possible d’assister aux pontes des tortues luth et olivâtre jusqu’à la fin du mois. Il est aussi possible d’assister aux émergences de ces deux espèces jusqu’à octobre. Préférer l’aube pour assister à ce moment. À Awala-Yalimapo, les émergences de tortue luth se poursuivent jusqu’à septembre. L’association Kwata organise des observation des tortues marines guidée. Réserver sur asso@kwata.net.

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