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Montagne d’or

Après les propos d’Emmanuel Macron...

Vendredi 10 mai 2019
Après les propos d’Emmanuel Macron...
Le bureau de Colombus Gold, au pied de la Montagne d'or - Kupi L·szlÃ

Montagne d’or, le plus important projet de mine d’or à ciel ouvert français, à l’étude en Guyane, verra-t-il le jour ? Prévue en 2022, l’exploitation d’une mine de 2,5 km de long, au sud de Saint-Laurent du Maroni, en pleine forêt tropicale, avec un procédé de récupération de l’or par cyanuration en circuit fermé, semble compromise, après les propos du président de la République fortement teinté d’écologie, lundi.

«De manière très claire aujourd’hui, l’état de l’art du projet ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité. » Ce sont les propos tenus par le président de la République, Emmanuel Macron, lundi, au sortir d’une rencontre avec les scientifiques du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques,ou Ipbes) qui venaient de publier un rapport détaillant l’accélération de la disparition des espèces. 

Le chef de l’État a ajouté : « Il y aura une évaluation complète pour le prochain conseil de défense [écologique] sur ce sujet et une décision formelle et définitive sera prise, en concertation avec le territoire. »

Ces propos ont immédiatement provoqué des réactions dans le monde politique. En février, lors d’un débat à l’Assemblée nationale, le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, avait déjà estimé que ce projet présentait des risques industriels majeurs : la pollution des sols en métaux lourds et le risque de rupture de digue d’un bassin de résidus.

Samir MATHIEU & Angélique GROS

Le camp Citron, camp de vie de Montagne d'or - archives
Le camp Citron (camp de vie) - photo d'archives
« Il faut passer par la voie du référendum »

L’actualité, c’est bien évidemment Montagne d’Or. Le président de la République, Emmanuel Macron, a émis de vives réserves. Le projet est-il enterré, aujourd’hui ?

Honnêtement, je ne le pense pas. Tactiquement, je serais amené à penser qu’il est enterré mais ce n’est pas Montagne d’Or qui doit être le point crucial de notre attention. C’est la filière minière en Guyane. Nous avons la filière de la pêche, la filière agricole, la filière du bois, celles de la biodiversité, du tourisme... mais nous devons penser à la filière minière. Et donc Montagne d’Or n’est qu’un projet parmi tant de projets. Je ne pense pas que le président de la République ait évolué dans sa démarche. Il a simplement dit ce qu’Annick Girardin avait dit auparavant : « une mine vertueuse », ce que François de Rugy avait annoncé : « une mine aux normes environnementales »... Bref, on fera pas de la sémantique, mais c’est sûr qu’il y a une alerte. C’est sûr que si l’on veut que ce projet puisse passer, pour ma part, je veux qu’il y ait un apaisement et qu’il y ait un vrai débat démocratique entre tous les partenaires, les pour, les contre, et qu’on y pèse chacun des éléments. Moi, je souhaite que les Guyanais eux-mêmes, disent ce qu’ils veulent. Aujourd’hui, le débat sur Montagne d’Or doit être l’objet d’une vrai concertation.

Est-ce que ça doit passer par un référendum ?

J’ai été parmi les premiers, si ce n’est le premier, à avoir déclaré qu’il fallait un référendum. Mais au-delà du référendum, il faut que l’on puisse se dire le pourquoi, le comment, la plus-value... Aujourd’hui, vous avez une industrie spatiale en Guyane, nous sommes le seul territoire à l’avoir. Mais non seulement elle diminue en volume d’intensité (elle diminue en termes d’investissements) mais en plus, on doit annoncer bientôt la suppression de 500 à 600 postes... Les concurrences américaine, russe et chinoise font que les satellites vont être redéployés. Donc il faut que les Guyanais, ceux qui aiment et s’investissent dans ce pays, puissent dire si oui ou non cela doit se faire. Mais on ne peut pas, sur un projet, arrêter la filière minière. Il y a les PME (et je suis d’accord pour qu’on ouvre ce dossier très rapidement, qu’on puisse permettre aux Guyanais de retourner vers l’exploitation minière) mais surtout il y a la question non discutable des garimpeiros qui polluent nos rivières, nos fleuves en ce moment.

Aujourd’hui, êtes-vous toujours favorable et soutenez-vous toujours le projet Montagne d’Or ?

Non, je ne suis pas d’accord avec vous. Je n’ai jamais demandé au conseil territorial de se prononcer sur Montagne d’Or. Je respecte les opinions et je respecte la démocratie. Je me suis avancé personnellement en tant que Rodolphe Alexandre, citoyen, pour dire que je croyais en ce projet. Mais j’ai posé quatre préalables et ce n’est pas sans avoir rencontré les principaux responsables de Montagne d’Or. La première condition, c’est le retour fiscal, dont l’entrée au capital de Montagne d’Or par la Collectivité territoriale. Pour éviter une spoliation, nous devons être dans le capital et avoir un retour sur le capital. La deuxième condition, c’est sur le mode d’aménagement du territoire. Je rappelle qu’à partir de Montagne d’Or, on est à 30 kilomètres de Grand-Santi, donc la route du fleuve, dont on rêve tant, peut peut-être commencer par là. Troisièmement, Montagne d’Or devrait sur l’Ouest, donner une plus grande indépendance énergétique. Je me suis appuyé sur de vrais dossiers. Enfin, le volet fiscal est pour moi, non discutable. Nous avons expliqué cela à tous représentants, il faut le revoir entièrement. Donc, sur le principe, comme pour d’autres projets qui existent, je suis favorable. Mais je pose des préalables. On ne va pas tête baissée, on ne va pas à genoux et, un mot qui m’agace, on ne brade pas le territoire.

Propos recueillis par Samir MATHIEU

Rodolphe Alexandre hier dans les locaux de la CTG - Samir Mathieu
Harry Hodebourg, Cap 21

« C’est bien mais je reste méfiant. J’attends la décision définitive pour être vraiment soulagé. Et puis, il n’y a pas que Montagne d’Or. Ce sont tous les projets qui doivent être scrutés de près. Pour ce qui concerne Montagne d’Or, c’est l’aboutissement de quatre ans de lutte et on ne peut pas dire que c’était gagné d’avance. »

Harry Hodebourg - DR
Gabriel Serville, député

« J’appelle le gouvernement à la sagesse en l’invitant à prendre une décision définitive actant de l’incompatibilité du projet avec un projet global de développement durable de la Guyane. […] Par ailleurs, je rappelle qu’une proposition de résolution dont je suis l’auteur et visant à interdire l’utilisation du cyanure dans l’industrie minière, signée par 85 députés, sera prochainement débattue à l’Assemblée nationale ».

Gabriel Serville, député de la Guyane - Mylène Francius
Sophie Charles, maire de Saint-Laurent

« Le projet Montagne d’or n’est acceptable que s’il répond aux exigences environnementales et s’il apporte suffisamment de retombées pour le territoire […] La protection de l’environnement, essentielle à mes yeux, ne pourra exister sans développement : le retard dont souffre aujourd’hui le territoire est le terreau de toutes sortes d’activités illégales aux lourdes conséquences sociales et environnementales. La misère et le désespoir sont les pires dangers pour la biodiversité. »

Sophie Charles, maire de Saint-Laurent du Maroni - reugeg
Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État

«Je crois que ce type de projets sont des projets du passé et que ce type de projets n’aura pas lieu. Ça n’a aucun sens d’aller exploiter à ciel ouvert au milieu de la forêt amazonienne pour créer quelques dizaines d’emplois […] On peut trouver des pistes de développement économique qui valorisent la nature. Le président a dit que les conditions n’étaient pas réunies pour que ce projet se fassent et moi je ne vois pas ce projet se faire. »

Emmanuel Wargon - MTES/Twitter

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