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Saint-Laurent du Maroni

Trois lycéens guyanais admis à Sciences Po

Samuel Zralos & Eugène Epailly Mardi 11 Août 2020 - 10h07
Trois lycéens guyanais admis à Sciences Po
Florence Kibido (droite), avec son petit frère Kewal, devant le lycée Lumina Sophie

Deux Saint-Laurentaises et un Cayennais s'apprêtent à découvrir le campus de Sciences Po Poitiers, où ils vont passer les cinq prochaines années.

 A 17 ans, Florence Kibido s'apprête à partir pour Poitiers, pour cinq ans d'études à Sciences Po. Lycéenne de Lumina Sophie, à Saint-Laurent du Maroni, la jeune femme sait qu'elle « va être dépaysée », mais pense « vite [s']adapter », notamment parce qu'elle ne sera pas seule : sa camarade de lycée Rose-Emanuella Hector est aussi prise à Poitiers.

Une formation sélectionnée parce qu'elle « est tournée vers l'Amérique du sud », car ce qui intéresse Florence Kibido, c'est « de revenir » après ses études pour « aider la Guyane ». Venue a l'atelier Sciences Po presque par hasard, elle qui n'était initialement « pas intéressée du tout », a fini par se motiver pour l'aventure, y trouvant le moyen de faire avancer ses projets.
« Mettre en avant les quartiers spontanés »
Si son futur travail n'est pas encore parfaitement clair, la jeune bachelière - qui a obtenu son bac littéraire avec mention très bien - sait en effet déjà qu'elle veut faire de l'urbanisme. Domaine qui lui permettra de « mettre en avant les quartiers spontanés », terme qu'elle préfère à « informel » parce que « plus positif » et, « pourquoi pas aider Saint-Laurent à se développer ».

Florence qui vit chez sa tante, quartier Chikeparty, le sait bien : dans les quartiers, « il n'y a pas que des mauvaises choses, comme la délinquance. Il y a aussi de la solidarité, de l'entraide ». Alors, ce qui l'intéresse avant tout, c'est bien de « revenir » avec un master en poche pour « aider la Guyane ». Pour y continuer de défendre sa culture saramaka « qui se perd petit à petit ». Car pour la jeune femme, pas de doute : « on a plus d'impact si on est sur place ».

D'ici là, Florence profite de son dernier mois de vacances, au côté de Kewal, l'un de ses petits frères. Venu d'Orléans pour les vacances, cet élève de 4e se dit « motivé à aller plus loin », devant la réussite de sa grande soeur, qui souriante autant que concernée, affime ne pas vouloir se mettre la pression. Et avoir un plan simple pour l'avenir : « Aider les gens, être utile et aimer ce que je fais ».
 
 
Scolarité d'une fille d'Haïti dans les pris-pris de Guyane aux Marais Poitevins !
 
 « Tu veux donc tu peux » s'est dit cette jeune fille issue des Mornes des Plaines de Léogane en Haïti, au moment de quitter sa terre natale. La grande aventure humaine s’accélère pour Rose-Emanuella Hector quand son oncle, qui vit en Guyane, propose à ses parents de la mener dans l'aventure humaine informelle et volontaire sur nos terres d’Amazonie.
La Guyane terre promise 
« Lorsque mon oncle apprend à mes parents qu’il fait rentrer son fils en Guyane dans le cadre du rapprochement familial, il suggère à mes parents, alors que je n'ai que 14 ans de me laisser quitter Haïti. Les places seront chères à la faculté plus tard. En 2016, mes parents cassent leur tirelire et achète mon billet d'avion », déclare la jeune bachelière.
 
Court transit par Paramaribo et une arrivée par le Maroni où des membres de la famille l'accueille. La scolarité étant obligatoire en France jusqu'à l'âge de 16 ans, elle s'inscrit au Centre d'Information et d'Orientation de Saint- Laurent du Maroni. Ce ne sera pas la seconde qu'elle souhaite obtenir qui lui tend les bras!

« On m’assure que je serai admise en seconde, mais en réalité, c’est la troisième qui m'est offerte, en octobre ».


 
Une scolarité assidue
 C'est au collège Paul Jean-Louis qu’elle prend ses marques avec 15,50 de moyenne au premier trimestre et la troisième place et file vers son Brevet des Collèges avec Mention Très Bien. C'est au lycée Lumina Sophie de Saint-Laurent qu'elle enfile la seconde générale et technologie, la première, puis la terminale Economie et Sociale où elle  obtient le BAC avec la Mention Bien et une place à Sciences Politique Poitier.
 
Un bouquet final
C'est en grande qu'elle pompe que s'est rendue à Cayenne pour la première fois de sa vie. L'association DAL Musik Empire et tous ses membres l'ont obligée à être sur son "trente un" dans un hôtel de Cayenne. Au cours d'une réception à la hauteur d'une réussite bien amorcée, elle se vit offrir nombre de présents de généreux donateurs tant anonymes que connus. 

Comme à l'accoutumée, nous en avons profité pour lui poser quelques questions hors des sentiers battus.
Comment s’intégrer en Guyane sans papier?
" Difficile de s’intégrer sans papier et j’avais hâte d’avoir mes 18 ans et de déposer ma demande de régularisation. Quand on va à l’école, on est obsédé par ce type de question. Je  ne suis jamais sortie dans les rues de Saint-Laurent. Je ne connais pas Cayenne et c’est la première fois que je découvre la ville."
 
Les objectifs au fil des ans  et le secret de ta réussite dans le secondaire ?
 
"En Haïti je désirais être avocate. Car, j’ai toujours une réponse pour argumenter. Au fil des ans, dans la petite épicerie de maman, lorsque je vendais des marchandises, les clients me disaient de faire de  la comptabilité. Je ne me voyais pas rester dans un bureau. En lisant les revues de l’ONISEP, j’ai découvert d’autres pistes. Un avocat rencontré m’a déclaré qu’il me serait difficile d’être avocate en France sans papier."
 
Le BAC , avais-tu anticipé  les résultats ?
" En seconde, une déléguée de Sciences Politique nous avait rendu visite à plusieurs reprises. Elle était issue de Saint-Laurent et venait du quartier des Vampires. J’ai participé à des ateliers durant plusieurs semaines et le dernier devoir a été qualifié de type de terminale. C'était sur la Chine. Un oral à Saint-Laurent devant un jury et je suis devenue admissible pour Sciences Po- Paris. J'ai  choisis Poitiers, comme je l’avais demandé sur mes vœux."
 
Le 29 août Rose-Emanuella quittera les pris-pris de Guyane pour les Marais Poitevin. Elle y préparera le Bachelor durant deux ans, puis, partira une année à l'étranger. Elle compte choisir le Master des affaires Internationales et travailler dans une grande ONG.

Alors que nous nous étonnions sur l'oubli manifeste de ses formateurs locaux, elle rectifie l'amnésie passagère en leur adressant ce dernier message:
" Je voudrais remercier mes professeurs et le personnel enseignant. Spécialement Messieurs Donzac, Mémin, Guyot et Madame Canale qui nous ont préparé au concours de Sciences Politique pendant deux ans et toujours disposés à nous accompagner au-delà du BAC."
 
 

Pour en savoir plus :

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3 commentaires

Vos commentaires

Miroslav 12.08.2020

Félicitations à Florence et Rose-Emanuella. L'avenir de la Guyane passe par l'Education de sa jeunesse alors il faut que nos enfants reprennent l'école dès septembre !

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seu otário 11.08.2020

des futurs "Sundar Pichai" ou des futurs "Elon Musk"

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seu otário 11.08.2020

Des futurs prix Nobel et pourquoi pas un futur Sundar Pinchai pour le Cayennais.

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