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Le kalimbe et le paludisme font-ils trop bon ménage ?

G. A. Mardi 29 Décembre 2009 - 09h31

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Une étude menée sur les enfants de Camopi montre que le port du kalimbe favoriserait les accès de paludisme. Un constat qui soulève bien des questions. Explications avec le professeur Bernard Carme, l’auteur de ces recherches.

« Malaria or kalimbe, how to choose » ? (Paludisme ou kalimbe, comment choisir ?) C’est sous ce titre « un peu trop accrocheur » (l’auteur le reconnaît lui-même), qu’une étude a démontré que les enfants de Camopi (lire par ailleurs) vêtus d’un simple kalimbe étaient plus exposés au paludisme. Les raisons de ce constat peuvent semblent évidentes…

On se doute effectivement que les moustiques porteurs de la maladie ont plus de chances de frapper les personnes les moins recouvertes ! Encore que, comme l’explique le professeur Carme, chef du service du Laboratoire hospitalo-universitaire de parasitologie et mycologie médicale, « le palu s’attrape plutôt la nuit, où à la tombée du jour ».

Mais cette étude soulève surtout des interrogations sociologiques et culturelles. « En général, indique le professeur Carme, lorsqu’on mène une enquête, c’est pour aboutir à des conclusions, qui peuvent éventuellement être mises en application ». Or, dans ce cas, on pourrait se demander si, oui ou non, il faut interdire le port du kalimbe ? Ou du moins, recommander une tenue plus protectrice vis-à-vis des piqûres d’insectes ? La question n’est pas si simple. « Il s’agit en fait de prendre en compte l’environnement, mais aussi les traditions. On ne peut pas décider comme ça d’interdire le kalimbe. Car la modification des comportements peut devenir dangereuse. Ce serait vraiment dommage de perdre des notions ancestrales comme le respect de l’environnement, la valorisation de la résistance à la douleur et le courage, l’habileté manuelle et la connaissance du milieu avec les pratiques de chasse et de pêche… C’est pour cela que nous sommes gênés lorsqu’on dresse de telles conclusions. Car il faut se méfier de l’acculturation et la perte des repaires sans alternatives valorisantes ».

Si cette étude a été réalisée à Camopi, on peut toutefois affirmer que « ce qui est vrai sur l’Oyapock l’est aussi chez les autres Amérindiens de Guyane ». En tout cas, concernant le port du kalimbe. Sur le Maroni, comme ailleurs, la tenue traditionnelle amérindienne est de moins en moins en vogue. « À part André Cognat, ça fait longtemps qu’on ne porte plus trop le kalimbe, confirme David, un Wayana originaire d’Antecume Pata. C’est dommage aussi qu’on perde nos traditions, mais en mettant un t-shirt, on se fait moins piquer par les moustiques. C’est normal. »

« À l’origine, on n’a pas étudié uniquement la question du kalimbe, mais une trentaine d’autres facteurs liés à l’exposition de la maladie », rappelle le professeur Carme. Il s’agit d’une étude épidémiologique dont le but est de se pencher sur les facteurs qui favorisent le développement d’un phénomène ou d’une maladie ». En l’occurrence, le palu. « On a donc procédé à une analyse multivariée qui prend en compte un grand nombre de facteurs environnementaux qui peuvent expliquer la différence de sensibilité des individus ». L’étude montre ainsi que les personnes vivant dans un environnement mieux entretenu sont moins exposées aux accès de paludisme. Contrairement à ceux installés au bord du fleuve, par exemple. « Mais là encore, prévient le professeur Carme, il faut prendre tous les paramètres en compte. Car l’on sait très bien que la rivière est un lieu de pêche, de transport, et d’hygiène aussi ! On ne peut pas demander aux gens de bousculer leur équilibre. » On apprend également que les Emérillons seraient plus sensibles au paludisme que les Wayampis. « L’origine ethnique peut effectivement jouer, accorde Bernard Carme. Mais si l’on repère des différences de susceptibilité génétique, on ne peut rien y faire ». D’autant plus que « derrière chaque facteur peuvent parfois se cacher d’autres facteurs », tempère l’auteur de l’étude.

Alors faut-il inviter les Amérindiens à abandonner le kalimbe ? Difficile d’y répondre. « Les médecins, les biologistes, et aussi tous les chercheurs des sciences humains et sociales doivent coopérer pour approfondir ces recherches. Mais avec une obligation de prudence et d’humilité, insiste le professeur Carme. L’objectif de ces études épidémiologiques est de trouver des solutions médicales. Mais peut-on évaluer objectivement les bénéfices à attendre du changement aussi bien sur le plan médical qu’économique ? Et comment peut-on en contrepartie estimer la valeur d’une habitude ancestrale ? » L’équation est des plus complexes. On peut se demander maintenant si le kalimbe n’aura pas disparu complètement avant qu’on ne résolve ces savants calculs.
 
 
Repère
Le palu à Camopi
L’étude publiée dans le « Malaria journal » a été réalisée en partenariat avec le centre de santé de Camopi. Tous les enfants nés depuis 2001 (avec l’accord des parents) ont été étudiés. D’après Bernard Carme, « entre 35 et 45 enfants naissent chaque année à Camopi », et « tous ou presque ont déjà contracté au moins une fois le paludisme à l’âge de cinq ans ».
Le professeur tient toutefois à préciser que même si la commune de l’Oyapock est « l’un des foyers les plus importants de Guyane », le paludisme « peut être traité, vite et bien ». « Il faut démystifier aussi cette maladie, dont les formes graves ou mortelles sont très très rares ». Sur l’Oyapock, la première cause de mortalité chez les enfants de bas âge reste… la noyade !
 
 


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1 commentaire

Vos commentaires

mounlagwiyann 30.12.2009

Il faudrait déjà corriger l'étude qui veut que 45 enfants naissent à Camopi. Les enfants naissent, souvent contre le gré de leur parents à Cayenne. Il y a très peu de naissances à Camopi, because, l'infirmière et le médecin n'ont pas de compétence en gynécologie il est donc plus facile d'envoyer les femmes accoucher ailleurs.

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Christiane 29.12.2009

Commentaire supprimé par la rédaction

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