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Deux lycéennes de Saint-Laurent-du-Maroni admises à Sciences Po

Marie ODRY Mardi 28 Juin 2022 - 20h14
Deux lycéennes de Saint-Laurent-du-Maroni admises à Sciences Po
En photo, les deux jeunes femmes admises à Sciences Po, Victoria Anisetti et Daphecar Dorsainvil. - V-A / D-D

Dès fin août, Victoria Anisetti et Daphecar Dorsainvil partent à Sciences Po au campus de Poitiers. Après deux ans de travail acharné et mis à mal par l’épidémie, elles ont réussi à faire leurs places. Les deux jeunes femmes intègrent le programme Europe Amérique Latine.

Cela faisait deux ans qu’aucun élève de Guyane n'avait intégré Science Po. Cette année, deux lycéennes ont réussi et partent dès fin août pour quelques années dans l'hexagone.

À 18 ans, Victoria Anisetti, jeune Saint-Laurentaise et d’origine Bushinengué, a suivi un cursus scolaire penché sur les sciences humaines et sociales. Passionnée par la géopolitique, une spécialité mise en place depuis la réforme du bac il y a deux ans, Victoria a été « conquise par le thème : analyser les dynamiques de puissances internationales » qui traite sur la capacité des États à agir sur le monde. En parallèle, elle a également choisi l'option DGEMC (Droit et Grands Enjeux du Monde Contemporain) et a suivi une formation d'initiation à la comptabilité et à la gestion.
Daphecar Dorsainvil, âgée de 20 ans, quant à elle est haïtienne. Cela fait seulement quatre ans que la jeune femme est arrivée sur le sol guyanais. Elle a quitté son pays pour des raisons de sécurité. Du côté scolaire, Daphecar, a entendu parler des ateliers Sciences Po en seconde, cette lycéenne, qui « adore relever des challenges » s'est lancée dans un parcours qu’elle n’est pas près d’oublier. L'haïtienne n'avait pas de papiers français à cette époque, sa mère n'a pas de titre de séjour et donc elle n' a accès à aucune bourse. Néanmoins, très soutenue par son entourage et ses professeurs, elle n’a rien lâché.
Deux ans de préparations
Inscrites aux ateliers Sciences Po, qui commence au début de l'année de première, les deux admises dans la grande école, ont suivi à la lettre les modalités pour intégrer cette prestigieuse école : « j’ai appris à me créer un point de vue personnel et critique, à problématiser des sujets et aussi à planifier et organiser mes tâches » nous raconte Victoria. « On a appris à aller voir nos sources, à regarder les actualités sur d’autres journaux comme Le Monde, Le Figaro, Courrier International; mais aussi nous avons fait des analyses et synthèses de documents. En terminal, nous avons appris à s’exprimer correctement à l’oral », ajoute Daphecar. Un rythme assez intense car les ateliers se déroulaient le mercredi après-midi, parfois les jours fériés, les week-ends et/ou les vacances. Sur ce rythme, dès la rentrée de terminale, Daphecar a pensé a abandonné mais s’est résiliée : « Je ne vais pas faire ce concours que pour moi, mais aussi pour ma famille, pour la Guyane, pour le lycée, et aussi pour mon pays ( Haiti) ».

Des projets professionnels différents
Victoria souhaite travailler dans les institutions françaises afin « d’aider la Guyane à se développer ». Admise dans le programme Europe Amérique Latine, pour approfondir ses connaissances du continent d’où elle est origine, elle nous confie : « En tant que jeune femme noire et guyanaise, il est important pour moi de bien connaitre l’environnement qui m’entoure ». Elle a pour projet, après ses études, de « devenir responsable de projet en faveur de la Guyane ».
Daphecar souhaite devenir directrice des ressources humaines. « Sciences Po va m’aider à atteindre mon objectif mais bien plus encore ». Après de nombreuses appréhensions pour son intégration dans cette école, car Dacephar n'avait pas les papiers pour quitter la Guyane, elle a estimé : « Même si je suis prise à Sciences Po et que je ne peux pas y aller, j’aurais vécu cette expérience qui finalement m’a vraiment touché ». Aujourd'hui, « grâce à l’aide des professeurs et du directeur » Dacephar a ses papiers qui lui permettent d’aller dans l'hexagone.
Une aventure possible grâce à la Convention d’Éducation Prioritaire
Depuis 2001, le programme des Conventions Éducation Prioritaire (CEP) a été créé dans le but de diversifier le recrutement social pour l’école Sciences Po. Né de la volonté du directeur Richard Descoing, et d'un ancien élève de Sciences Po, Cyril Delhay, l'ambition d’instaurer l’égalité des chances, permet aux élèves les plus talentueux d’intégrer l’Institut d'études politiques de Paris, plus facilement. Les deux bachelières ont passé le concours d’entrée dans le cadre de cette convention. « Avec ce programme, des élèves comme Victoria ou moi-même avons eu la chance d’ intégrer Sciences Po » nous révèle Dacephar.

« Huit élèves préparent depuis deux ans, l’atelier Science Po, sept ont validés leur dossier, quatre ont été admis pour l’oral et Victoria Anissetti et Daphecar Dorsainvil ont réussi » , d’après Benjamin Donzac, professeurs d'histoire - géographie et d’HGGSP ( Histoire-géographie, géopolitique & sciences politiques) à St Laurent du Maroni. L’homme coordonne les ateliers Sciences Po : « Je suis très fière de ces deux élèves aussi différentes l'une de l’autre, qui ont beaucoup travaillé et rien lâché! »

« Je suis fière de moi, de ma copine ( Victoria) et de mes professeurs qui m'ont vraiment soutenu dès le début », nous adresse Dacephar le ton émue.

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5 commentaires

Vos commentaires

Mahury 01.07.2022

Un très bel exemple, en effet. Ça fait tellement plaisir d'entendre parler de Saint-Laurent autrement que dans la rubrique délinquance.

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Harold 01.07.2022

Bravo et tous mes vœux de réussite !

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Georges de Cayenne 30.06.2022
Enfin de bonnes nouvelles !

Braquages, écoles vandalisées, trafic de drogue, meurtres sont devenus le quotidien des lecteurs de France-Guyane. Déprimant. Alors, lorsque'il y a de bonnes nouvelles cela nous console un peu.
Félicitations à ces deux jeunes filles qui prouvent que ce n'est pas parce qu'on est d'origine modeste voire pauvre qu'on est obligé de devenir mule ou braqueur. Puissent-elles servir d'exemple à tous les autres jeunes. Nous ne pouvons que leur souhaiter de réussir et surtout de revenir en Guyane car le pays aura bien besoin de leurs compétences. Bravo !

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BELLOD 30.06.2022
Grandeur ou décadence…

C’est évidement une goutte d’eau en comparaison de ce que notre nation a fait subir à Haïti au fil de l’histoire, mais c’est aussi tout son honneur et sa grandeur que de favoriser ce genre de petite réparation symbolique. Tu vois JayJay, c’est aussi ça la France. Un peu plus que ton rêve ou cauchemar, à la Trump ou Bolsonaro.

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jayjay5 29.06.2022
bravo

faut que les jeunes de saint-laurent "prennent exemple" sur elles au lieu d'imités les "mules"...

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