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Des Amérindiens colonisés puis abandonnés

A.S.-M. Mercredi 01 octobre 2014

Sorti ce mois-ci, Les Abandonnés de la République, vie et mort des Amérindiens de Guyane française est le fruit d'une longue enquête journalistique mais aussi d'une démarche militante.

L'expression « les abandonnés de la République » vient d'une intervention de Chantal Berthelot à l'Assemblée nationale en 2011. La députée interpellait l'État sur la dégradation des conditions de vie des populations amérindiennes. 2011, c'est l'année durant laquelle les auteurs ont réalisé la majorité des entretiens qui nourrissent cet ouvrage. Au total, quarante-trois personnes ont été interviewées dont trente-quatre Amérindiens.
DES FLÉAUX ET DES OEILLÈRES
Se concentrant plus particulièrement sur les Wayanas du Haut-Maroni, les auteurs détaillent trois grands fléaux : l'acculturation, l'imprégnation au mercure et le suicide, ce dernier étant une conséquence directe des deux premiers. Ces sujets sont évoqués avec pudeur par les nombreux témoins interrogés, mais aussi avec un mélange de résignation et de colère. Une colère notamment provoquée par l'inertie des pouvoirs publics. Car face à ces fléaux, les auteurs pointent à la fois la responsabilité de l'État mais aussi son incapacité à apporter des réponses efficaces. Mais comment apporter des solutions lorsqu'on regarde ces phénomènes avec des oeillères.
« Le mercure ? Il existe à l'état naturel dans les sols. » « Les suicides ? Ils sont provoqués par la consommation d'alcool. » Voilà deux exemples de réponses apportées par l'État durant des années. Les choses ont quelque peu évolué mais, à en croire les témoignages recueillis, les solutions apportées ne sont toujours pas à la hauteur du drame qui se joue. D'autant que, dans le même temps, l'État et les collectivités locales semblent incapables de soutenir les initiatives dont ils ne sont pas à l'origine.
QUELLES SOLUTIONS ?
À la lecture de cet ouvrage, une question s'impose : « Et si la solution venait des populations autochtones elles-mêmes ? » Un pas a été fait avec la création du Conseil consultatif des populations autochtones. Mais un tout petit pas, car aucun moyen financier ni aucun pouvoir réel ne lui ont été accordés. Et comme un sinistre pied de nez aux premiers concernés, l'État l'a mis en place sans même penser à y inclure certains leaders naturels des communautés comme le Gran Man Amaïpoti, pourtant autorité suprême des Wayanas.
Les Abandonnés de la République : vie et mort des Amérindiens de Guyane française. Y. Géry, A. Mathieu et Ch. Gruner. Editions Albin Michel.
Extrait à lire en page 305
Contraints de se sédentariser, les Amérindiens sont déculturés, sans perspectives, « entre deux mondes » . Ils voient leur mode de vie ancestral laminé par l'irruption du mode de vie occidental. Ils sont également profondément déstabilisés par l'orpaillage clandestin sur leurs terres et ses conséquences désastreuses sur l'environnement et la santé des personnes. Le taux de suicide et de tentatives de suicide est alarmant. Deux menaces pèsent sur la survie des Amérindiens à court terme : l'intoxication au mercure, directement lié à l'orpaillage, et l'épidémie de suicides aux facteurs pluridimensionnels. C'est donc non seulement la culture des Amérindiens en général qui est mise en péril, mais surtout la survie des communautés amérindiennes de l'intérieur de la Guyane qui est directement menacée.
3 QUESTION À ... Alexis Tiouka spécialiste des questions autochtones : « Un vrai désespoir au sein de la population »
Vous avez été interviewé par les auteurs du livre, qu'avez-vous pensé du résultat ?
La réalité est bien rendue. Le seul reproche que je ferais est que ce livre est écrit pour les non-autochtones sur la situation des autochtones. Mais c'est un livre utile pour sensibiliser la population nationale et je pense qu'il pourrait faire réagir l'État.
Depuis vos rencontres avec les auteurs, en 2011, la situation a-t-elle évolué sur place ?
Non, pas du tout. La preuve : il y a encore eu un suicide à Camopi récemment, celui d'un jeune garçon de treize ans. C'est le signe d'un vrai désespoir au sein de la population. Tant qu'il n'y aura pas de dispositif pérenne mis en place, cela continuera. En ce moment, beaucoup de jeunes de Camopi ont abandonné le lycée à Cayenne à cause de problèmes de familles d'accueil. Il y a des exemples de jeunes de Camopi qui réussissent. Ce qu'il faut, c'est une structure d'accueil sur le littoral. Le sous-préfet devrait se battre là-dessus. L'ancien sous-préfet avait mis en place un dispositif qui n'a pas duré.
Quelles solutions peut-on envisager de la part de l'État ?
Il peut y avoir des solutions dans la mesure où on a affaire à un fonctionnaire d'État qui s'intéresse vraiment à la situation. C'était le cas du sous-préfet Vidon (ancien sous-préfet aux communes de l'intérieur, ndlr). Mais le renouvellement des hauts fonctionnaires tous les trois ans ne peut pas permettre d'arranger les choses. Les fonctionnaires partent, nous, on reste.
Propos recueillis par A.S.-M.

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