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Trois jours en immersion à bord de La Résolue (2/2)

Angélique GROS Jeudi 28 Novembre 2019 - 03h25
Trois jours en immersion à bord de La Résolue (2/2)
Sous l'œil de Marc, le maître d'arme, les marins réalisent un exercice de tir à la Mag 58, une mitrailleuse qui peut tirer jusqu'à 1 500 mètres environ. - Angelique GROS

Embarqué à bord de la Résolue, le patrouilleur de la marine nationale, FA Guyane a suivi aux côtés du commandant Maxence Lesire et de son équipage, leur mission de protection du centre spatial guyanais. Le premier volet de ce dossier est paru dans notre édition de mardi.

« Sécurité, sécurité, sécurité. Ici, le patrouilleur La Résolue. Suite au lancement du 22 novembre la navigation, le mouillage et la pêche sont interdits aux îles du Salut et dans la zone… » Depuis jeudi, 18 heures, l’équipage du patrouilleur se relaie pour diffuser ce message toutes les 30 minutes sur la VHF (radio). L’avis maritime est envoyé depuis la passerelle toujours plongée dans la nuit ce vendredi, à 5 heures. « Nous avons descendu la frontière franco-surinamaise cette nuit mais n’avons croisé aucun bateau en situation de pêche. Nous nous dirigeons vers la zone de patrouille dans le cadre de la mission de protection du CSG Titan », résume Jules, le commandant-adjoint, chef de l’équipe de quart qui a pris son service à 4 heures. L’équipage doit s’assurer qu’aucun bateau ne navigue dans le carré de mer que la fusée traversera au moment du lancement. S’ils échouent, cela équivaut à un voyant rouge et probable report du lancement… Malgré les messages d’avertissement, un caboteur brésilien en provenance du Suriname est sur la zone. Il est de nouveau avisé de l’interdiction de navigation.

Exercice de lutte contre les incendies

La nuit a été agitée en mer et alors que le soleil se lève, la cuisine commence à préparer le petit déjeuner. Les marins qui ne font pas partie de l’équipe de quart travaillent dans leurs secteurs. Chacun à un rôle différent en fonction de son poste et de ses spécialités, nombreuses à bord afin de parer à toutes les situations. Marc, maître d’arme et plongeur, est aussi en charge du service courant de protection et défense et de la logistique. Il assure en parallèle la formation de l’équipage au tir. Alors que sur La Gracieuse l’équipage se composait d’une trentaine de marins, sur La Résolue on ne compte actuellement que vingt-trois marins, et vingt-quatre habituellement. La journée à bord du patrouilleur offre ainsi peu de répit. Quand un marin n’est pas occupé sur son poste vient soit l’heure d’une visite de contrôle, d’un entraînement ou de la prise du quart, sans compter les éventuelles avaries. À 8h30, l’appel est réalisé dans la coursive principale du bateau et les ordres de la mission du jour rappelés. Les mécaniciens sont parvenus à réparer une panne liée aux chambres froides mais par mesure de précaution, l’annexe Jaguar est mise à l’eau pour aller récupérer un frigoriste au port de Pariacabo, à Kourou. Il doit réaliser un diagnostic des installations. Après des exercices de tir et de déploiement sur navire la veille, ce matin, le choix du lieutenant du vaisseau se porte sur un exercice de lutte contre les incendies. Dans ce scénario, un feu se déclare dans le réfectoire. L’équipage réussi à mettre en place le dispositif coupe-feu dans le délai imparti, moins de deux minutes. En moins de 5 minutes, un binôme d’attaque est sur place pour maîtriser le feu. « Ces exercices ont lieu très régulièrement car les plus grands dangers sur un bateau ce sont les incendies et les voies d’eau », explique le commandant.

Le général Van Looten attendu à bord

Vers 15h30, un bateau de pêche est détecté au niveau du chenal de Kourou. La vedette de surveillance maritime de la gendarmerie qui patrouille près des côtes se charge de l’imprudent. Le général Didier Van Looten est attendu une heure plus tard, en vue du tir. Une garde d’honneur et le commandant Lesire l’accueillent à son arrivée sur La Résolue. Mais, vers 18 heures, la nouvelle tombe. Le lancement est annulé en raison d’un problème d’alimentation en énergie du pas de tir. La mission de La Résolue ne s’achève pas pour autant. « La fusée est vulnérable car elle est sur son pas de tir. L’ensemble du dispositif y compris celui de la Marine, est donc maintenu par ordre du PC Uranus », souligne le commandant. Après avoir parcouru près de 130 nautiques ce vendredi pour blanchir la zone, le lendemain, La Résolue va devoir recommencer sa patrouille. L’information nautique va elle aussi être rediffusée avec les nouveaux horaires. Avec un tir finalement effectué mardi, les militaires ont dû faire le deuil de leur escale à Paramaribo. Ils étaient invités ce week-end pour représenter la France à l’occasion de la Fête nationale du Suriname. La mission Titan reste, dans tous les cas, prioritaire.

Angélique GROS

Le premier volet de ce dossier est paru dans notre édition de mardi

Tous les marins sont formés à utiliser et à entretenir toutes les armes présentes sur La Résolue sous l'œil de Marc, le maître d'arme. Ici, les militaires réalisent un exercice de tir à la Mag 58, une mitrailleuse qui peut tirer jusqu'à 1 500 mètres environ. - Angelique GROS
Exercice de déploiement sur navire de l'équipe de visite sur La Résolue. "Même si les bateaux qui pêchent illégalement dans les eaux guyanaises dépassent rarement les 20 mètres, nous devons être prêts en toutes circonstances", souligne le commandant Lesire. - Angelique GROS
Michel, chef mécanicien, est de quart. Il vérifie les paramètres du système de bord. - Angelique GROS
En cas d'avarie du système électrique, la barre peut-être passé en mode manuel. - Angelique GROS
Dans le cadre d'un exercice de lutte contre les incendies, un binôme d'attaque tente de maîtriser un feu qui s'est déclaré à l'intérieur du réfectoire, dans la coursive principale de La Résolue. - Angelique GROS
La mise à l'eau de l'annexe Jaguar est effectuée par un bras mécanique pendant que le patrouilleur fait route. - Angelique GROS
Ivan, navigateur du bord, vérifie d'éventuelles menaces à l'horizon. - Angelique GROS
Le général Didier Van Looten, commandant supérieur des forces armées en Guyane arrive à bord de La Résolue - Angelique GROS
Le général Didier Van Looten, commandant supérieur des forces armées en Guyane, salue l'équipage de La Résolue - Angelique GROS
Le soleil se couche sur La Résolue en mission de protection du Centre spatial par rapport au tir de jeudi soir finalement reporté à mardi. - Angelique GROS
Le soleil se lève sur la Résolue qui en trois jours de patrouille la semaine dernière a parcouru près de 470 nautiques. Elle a contrôlé l'ensemble du secteur ouest avant de revenir, vendredi matin, aux îles du Salut pour assurer sa mission de protection du Centre spatial / photos AG - Angelique GROS
« Nous sommes les seuls en Guyane à avoir des moyens hauturiers »

Comment les missions de surveillance et
de protection du Centre spatial vont-elles évoluer avec Ariane-6 ?

Sur la partie marine et aérienne ça ne va rien changer car il y a toujours la même bulle de protection à mettre autour du CSG. Sur la partie terrestre, on va par contre devoir redéployer les troupes au sol car le pas de tir d’Ariane-6 est un peu plus loin que celui d’Ariane-5. La différence c’est aussi que la cadence des lancements risque de s’accentuer avec le nouveau lanceur, pontiellement tous les 15 jours. Ça va cependant dépendre du carnet de commandes. […] Avant chaque lancement, on fait établir une situation de renseignement général et on adapte notre dispositif en fonction de l’état de menace perçu. Même si nous n’avons pas d’indice pertinent sur des menaces de type terroriste ou commando, le dispositif y est paré. On a généralement surtout des imprudents : des pêcheurs qui ne respectent pas les avis de navigation ou des chasseurs qui se retrouvent dans des endroits improbables alors qu’en plus ils sont interdits. Leur présence dans les zones à risque nous conduirait à annuler un tir donc il y a tout une chaîne jusqu’au PC Uranus où nous remontons les informations terrain. […] Depuis que je suis en poste, deux ans et demi, on n’a jamais eu un rouge sécurité.

Existe-t-il de nouvelles menaces à gérer en mer, comme le narcotrafic ?

Nous sommes les seuls en Guyane à avoir des moyens hauturiers permettant d’intervenir sur un bateau qui transporterait de la drogue et nous avons eu une alerte il y a un an. Ça nous avait permis de mettre en œuvre toute la chaîne de décision pour une intervention de La Résolue. Une équipe de visite de contrôle a été envoyée mais rien n’a été trouvé. Soit c’était un tuyau percé, soit le bâtiment avait fait un transbordement avant qu’on aille le chercher. Quand on fait ce genre de contrôle sur des bateaux battant pavillons étrangers on est obligé de demander l’autorisation du pays concerné pour savoir jusqu’où on peut aller en terme d’investigation. Là, on avait obtenu un droit de contrôle à bord sans destruction. Donc, typiquement, l’équipe de visite ne pouvait pas prendre une hache et regarder s’il y avait des choses cachées dans le bâtiment…

Il y a une montée de l’opposition aux contrôles des pêcheurs à l’est…

Les Brésiliens sont effectivement plus violents que les Surinamais, Guyaniens, Ténézueliens et plus récemment les Trinidadiens. Il y a quinze jours, j’ai reçu le général brésilien Paulo Sergio, commandant militaire du Nord. Il est venu une semaine en relation diplomatique militaire. Je lui ai montré tout ce qu’on faisait y compris la Marine et je lui ai fait un brief pour lui expliquer cette réalité concernant les pêcheurs illégaux brésiliens. Il m’a expliqué qu’ils ne l’étaient pas au Brésil et le général ne me croyait qu’à moitié. Quand on lui a montré les vidéos prises sur la dernière opération Mako, il a été surpris. Ce qu’il faut savoir, c’est que bien souvent les illégaux qui viennent dans nos eaux françaises sont aussi illégaux chez eux. Juste après cette opération on a eu une très belle coopération avec une patrouille commune. La Résolue a pourchassé une tapouille brésilienne qui a fait l’objet d’une visite du patrouilleur brésilien lorsqu’elle est passée de l’autre côté de la frontière. Ils étaient effectivement aussi en illégalité au Brésil. Il y a donc une action judiciaire en cours contre le patron de cette tapouille au Brésil.

Le commandant de La Résolue, Maxence Lesire (à gauche) fait le point avec le général Didier Van Looten, commandant supérieur des forces armées en Guyane - Angelique GROS
Le saviez-vous ?

À bord de La Résolue comme à bord de chaque bateau de la Marine nationale, des militaires sont spécialisés dans la plongée. Leur mission va de l’inspection des coques de bateaux dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic aux missions d’entretien courantes, de sécurité et de sûreté à bord des bâtiments.

Un drone embarqué en expérimentation

Depuis juillet, sur ordre du chef d’état-major de la Marine et dans le cadre du plan Mercator, un plan de réforme et d’innovation de la marine, La Résolue expérimente l’utilisation d’un mini-drone. « Contrairement à ceux qui sont utilisés au Sahel, par exemple, c’est un drone de gamme civile mais ça nous permet d’explorer les possibles utilisations », explique le commandant Maxence Lesire.

À bord de La Résolue, le drone est piloté par l’un des marins qui a été formé au pilotage et à la règlementation avant son arrivée sur le bateau.

« Pour un patrouilleur, c’est particulièrement intéressant car ça permet d’avoir une capacité 3D, un œil déporté et d’enregistrer tout ce qu’on fait. Après, le but ce n’est pas de remplacer les hélicoptères… », conclut le commandant.

Un « sorcier » à bord

Unique personnel soignant à bord de La Résolue, Julien, 1er grade, est infirmier en soins généraux. Surnommé « sorcier », il gère aussi les urgences en cas de blessés à bord ou sur un autre bateau en mer. Il peut aussi être amené pour les cas plus compliqués à gérer des missions de médecine d’expertise en lien avec des médecins du centre médical inter-armée de Cayenne. « Le plus souvent ce sont des petits traumatismes suite aux sports, à l’état de la mer aussi des problèmes dermatologiques avec le climat guyanais ». La semaine dernière, Caroline, chirurgien dentiste en chef, a embarqué sur la bateau pour le former à sa spécialité. « Parfois ils peuvent partir quinze jours en mer et on n’est pas à l’abri d’une urgence dentaire, qu’elle soit traumatique ou infectieuse. Avec Julien on a mis en place un protocole qui lui permet de reconnaître et nous décrire les problèmes et la dent concernée… Le diagnostic est ainsi plus facile à faire et la prescription correspond mieux à la pathologie décrite », résume la docteure. L’infirmerie gérée par Julien à bord dispose d’un large spectre de médicaments mais l’antibiothérapie reste uniquement possible sur prescription médicale. Quand aux soins techniques ils ne peuvent être faits uniquement sur terre !

Julien, 1er grade, est infirmier en soins généraux est formé pour reconnaître les pathologies dentaires par Caroline, chirurgien dentiste en chef, embarquée la semaine dernière sur La Résolue - Angelique GROS
« On a mis un mois pour faire la traversée de l’Atlantique »

Comment vous êtes-vous retrouvé sur La Résolue

Je suis rentré dans la marine en 2013 via l’école de sous-officier de Mestrance, à Brest. Je me suis spécialisé en informaticien et j’ai ensuite été affecté sur un Aviso (entre la frégate et le patrouilleur, ndlr), à Toulon. En 2017, j’ai eu la chance d’être sélectionné pour le programme Patrouilleur léger guyanais (PLG) qui est devenu maintenant Patrouilleur Antilles-Guyane. Je faisais partie du programme armement de La Résolue sur le chantier de Boulogne-sur-Mer en 2017. […] On a mis un mois pour faire la traversée

de l’Atlantique pour arriver en Guyane. Nous sommes passés par Punta del cana, la Martinique pour enfin arriver en Guyane. C’était une vraie aventure ! On peut aller très loin avec ce type de bateau, la seule contrainte c’est le gasoil.

En quoi ce bateau a-t-il été pensé spécialement pour la Guyane ?

Il est adapté à la chaleur tropicale et peut naviguer aussi bien en haute mer que dans des zones à faible tirant d’eau d’environ 3 mètres.

Quel est votre souvenir le plus marquant à bord  ?

Notre première prise de tapouille à l’ouest en fin 2017 car on avait réussi à dérouter trois bateaux et plus d’une vingtaine de personnes ont pu être interpellées. […] J’ai passé trois années exceptionnelle en Guyane, on a la chance d’effectuer des missions assez atypiques ici.

Propos recueillis par A. G.

Cyril, spécialiste des systèmes d’information et de communication, a participé au chantier de La Résolue, à Boulogne-sur-mer - Angelique GROS

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