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Economie

Spatial : 350 emplois menacés au CSG malgré le lancement de la constellation Kuiper

Gérôme Guitteau ; g.guitteau@agmedias.fr Jeudi 5 Mai 2022 - 14h48
Spatial : 350 emplois menacés au CSG malgré le lancement de la constellation Kuiper
Le pas de tir d'Ariane 6, alors en chantier

La venue du président du Cnes, Thierry Baptiste a été l'occasion pour les syndicats du centre spatial guyanais de monter au créneau, mercredi matin, afin de défendre le maintien de l'emploi et des compétences au sein de la structure alors qu'une étude prévoit la perte de 350 postes.

Une centaine d'employés s'est mobilisée sous le hall Vénus du Centre spatial guyanais (CSG) afin de montrer leur détermination au président du Centre national des études spatiales (Cnes) Thierry Baptiste venu dans le cadre d'une très courte visite de 24 heures ,entre mardi et mercredi.
« Nous avons été choqués d'apprendre que le président se déplaçait en Guyane sans envisager de rencontrer les salariés du CSG alors que la cocotte minute est déjà sur le feu confie Christophe Dupuy, délégué du CFE-CGC .
Nous avons trouvé un créneau et pendant une heure la direction nous a écoutés. On s'est mis d'accord pour qu'à chacune de ses visites, il nous rencontre. Notre syndicat ne voulait pas que cette discussion reste au sein du Cnes, nous avons donc inviter tous les délégués des entreprises travaillant sur le CSG, inquiets des rumeurs de plan social 
», raconte le délégué du syndicat des cadres.
350 emplois menacés
Une étude réalisée par Jean-Michel Gendre en 2021 prévoit la perte de 300 équivalents temps plein (ETP) entre 2022 et 2024 sur les 1700 salariés actuels du CSG.
Il faut ajouter à ce nombre, la perte de 50 ETP à cause de l'arrêt des lancements Soyouz dû à la guerre. Les 300 autres emplois sont menacés par le gain de compétitivité permis par le nouveau lanceur Ariane 6.

« Nous avons conscience que le nerf de la guerre réside dans les finances et dans ce gain de compétitivité par rapport à nos concurrents mais dans le contexte d'une économie guyanaise sinistrée nous pensons que les donneurs d'ordre doivent faire des efforts. Nous devons préserver notre outil et nos compétences. Les enjeux ne sont pas que commerciaux.
Il s'agit aussi d'enjeux stratégiques et de souveraineté spatiale pour l'Europe et la France. On risque d'aller vers un blocage de nos activités ce qui ne sera bon pour personne. Faisons l'effort maintenant afin d'éviter la casse sociale d'autant que grâce au contrat passé entre Arianespace et Amazon, notre activité sera très importante en 2025. Nous avons un creux de 2 ans à passer
 », estime le syndicaliste, par ailleurs, contrôleur de gestion au Cnes.
Effectivement, Ariane 6 devra envoyer 600 satellites en 3 ans pour le compte d'Amazon et de son projet d'internet par satellites qui formeront la constellation Kuiper.
Photo d'illustration Arianespace -

Effectivement, pour les deux ans qui viennent, l'avenir est incertain. Les moteurs du lanceur italien Vega sont construits...en Ukraine. Il ne resterait que quatre moteurs disponibles. Le programme Soyouz ne sera pas relancé « tant qu'on aura les mêmes interlocuteurs en face de nous » a déjà prévenu le gouvernement. Selon différentes sources il ne reste que 5 lanceurs Ariane 5 avant de passer à Ariane 6. Nous avons tenté de joindre le service communication du CSG par téléphone et mail, leur réponse ne nous ait toujours pas parvenu, au moment de boucler cet article.
Un dispositif de chômage partiel envisagé
Cette baisse d'activité momentanée pourrait avoir comme conséquence le départ des salariés compétents et de ne pas pouvoir les récupérer en 2025. Dans ce cadre, l'activité partielle longue durée (APLD) a été proposée sur 18 mois ou deux ans selon les cas. Il s'agit d'une rémunération à 70% du brut hors prime. « Une vraie perte financière pour les employés. Cette solution n'est pas viable », dénonce l'intersyndicale formée de l'UTG, FO, CFE/CGC, CFTC et CDTG..
D'après nos informations, la direction du Cnes a pris conscience de la situation sociale tendue mais Bercy aurait envoyé une fin de non recevoir à leurs demandes d'enveloppe financière supplémentaire. Une nouvelle gestion des emplois et des parcours professionnels (GEPP) devrait être commandée. Elle devrait être plus favorable espèrent les délégués syndicaux.
« Tout le monde pensait que Ariane 6 était déjà obsolète avant même d'exister. On pensait à 4 lancements institutionnels par an. On voit avec le projet d'Amazon que nous restons attractifs. En 2025, 14 lancements devrait être effectués depuis le CSG, du jamais vu. On a déjà 6 lancements via l'accord avec Amazon, 4 lancements institutionnels et 4 Vega. Il faut préserver notre outil, notre accès à l'espace mais l'Europe ne nous entend pas. Pour la Guyane, le spatial représente 15% de son produit intérieur brut, on ne peut pas négliger l'impact qu'aurez la perte sèche de ces emplois », prévient Christophe Dupuy.
« Nous avons conscience de la perte d'activité actuelle et de ces conséquences sur l'emploi mais nous leur disons que la façon dont cela se passe est inacceptable s'agace Jean-José Mathias, délégué syndical base de l'Union des travailleurs guyanais (UTG).
Il faut traiter les salariés correctement. La diminution des coûts ne peut se faire sur le seul dos des employés.
Depuis 2017, nous prévenons sur la nécessité d'anticiper cette baisse d'activité. On aurait pu éviter ces pertes d'emplois en formant les personnes pour passer d'un programme à l'autre. L'impact aurait été moins important. Nous avons des personnes de plus de 60 ans qui auraient pu être accompagnées vers la retraite
 » regrette, Jean-José Mathias, ingénieur au Cnes.
Des conséquences déjà visibles
Par ailleurs, l'intersyndicale a fait savoir sa volonté de maintenir le pouvoir d'achat des 1700 salariés de la base.
« Nous ne demandons pas une amélioration mais juste un alignement de nos salaires sur l'inflation afin de nous garantir notre pouvoir d'achat », précise l'UTG.

La transition entre Ariane 5 et Ariane 6 n'a pas que des conséquences techniques internes au Cnes et à Ariane group. Elle engage des chamboulements économiques et sociaux au-delà des portes du CSG avec notamment 4700 emplois indirects comptés par l'Insee en 2018. Il ne faut pas aller très loin pour remarquer les conséquences du recul de l'activité spatiale. Un tour sur le front de mer de Kourou, lieu qui a vu se multiplier les restaurants et bars ces dernières années, sonne creux dorénavant, en semaine, depuis la fin de la mission James Webb et le départ des Russes.
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