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Paludisme : la France épinglée par l'OMS

Thomas FETROT Vendredi 25 octobre 2013
Paludisme : la France épinglée par l'OMS
Le docteur Mathieu Nacher déclare que « le combat contre le paludisme risque d'échouer si la Guyane continue d'appliquer les lois nationales » (TF)

L'Organisation mondiale de la Santé reproche à la France son incapacité à lutter efficacement contre le paludisme en Guyane, où la législation empêche toute action de soin et de prévention sur les sites d'orpaillage clandestin.

La France est désormais affublée d'un bonnet d'âne. Celui que portent les mauvais élèves. Un couvre-chef peu glorieux qui lui a été attribué par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui reproche à la France son incapacité à lutter efficacement contre le paludisme en Guyane. Donc, indirectement, de favoriser l'augmentation des résistances du virus au médicament (l'artémisinine, une substance active médicamenteuse extraite d'une plante chinoise). Soit le traitement le plus efficace, à cette heure, contre le paludisme.
Dès 2011, l'OMS s'est publiquement inquiétée du renforcement des résistances au traitement. Un plan d'action a été publié afin de permettre à chaque pays directement touché par le paludisme d'agir efficacement. Un dispositif qui a permis de lutter contre la perte d'efficacité progressive de l'artémisinine. Sauf en Guyane. Principalement en raison des foyers infectieux situés en forêt. En l'occurrence, les sites illégaux d'orpaillage.
NI PRISE DE SANG, NI DIAGNOSTIC
« On est face à un vrai problème, affirme le docteur Mathieu Nacher, dermatologue et vénérologue au centre hospitalier Andrée-Rosemon, à Cayenne. En Amazonie, on a des indicateurs qui montrent que des résistances sont apparues. Mais on manque de données. On n'est pas loin du seuil où il faudrait faire des études complémentaires. » Ce qui s'avère impossible sur les sites clandestins. En Guyane, on recense environ 15 000 orpailleurs clandestins.
En effet, la loi dite Hurlet-Serusclat interdit toute recherche médicale sur les patients qui ne disposent pas d'une assurance santé. Ni prise de sang, ni diagnostic. « Pourtant, les recettes, on les connaît, on sait ce qu'il faut faire » , assure le médecin, qui évoque principalement la méthode appliquée au Suriname. Le « bon élève » de la classe.
DÉLÉGUER ? ILLÉGAL
Dès 2012, le gouvernement surinamais a mis en place un programme baptisé « Looking for gold, finding malaria » (Chercher de l'or, trouver le paludisme). « Des volontaires sont formés par des professionnels de santé pour intervenir sur les sites, explique le docteur Nacher. On leur apprend à diagnostiquer et à doser le traitement. C'est ce qu'il faudrait faire en Guyane. Si le système de santé ne dispose pas des moyens pour intervenir, il faut déléguer. Mais en France, ce n'est pas légal. » Car, lorsqu'un non-professionnel administre un traitement médical, il s'agit tout simplement d'un exercice illégal de la médecine.
UNE QUESTION DE SANTÉ PUBLIQUE
« On sait que des choses mijotent en forêt, mais on est pieds et poings liés par ces obstacles légaux, peste le médecin. Pourtant on sait que le problème va évoluer. » Pour le praticien, il n'existe pas de contradiction entre le fait de lutter contre l'orpaillage illégal et intervenir sur les sites pour empêcher le développement du paludisme. « Dire qu'en soignant les orpailleurs on va leur permettre de détériorer davantage la forêt, c'est avoir une vision à court terme, insiste-t-il. Car il faut traiter, pour une question de santé publique. Si un feu se déclare dans un bidonville où n'habitent que des clandestins, on envoie quand même les pompiers. Sinon, le feu risque de s'étendre à toute la ville... »
UNE BAISSE DES CAS RECENSÉS
Le docteur Nacher précise que la faute n'est pas à mettre au passif des autorités locales, « puisque le paludisme a diminué » . Harpie, moustiquaires, traitement ? Quoi qu'il en soit, en 2012, 900 cas ont été recensés en Guyane. Contre plusieurs milliers en 2002. « Mais actuellement, un tiers de la population touchée reste en dehors de l'action publique, souligne le spécialiste. Or, l'objectif de l'OMS est l'élimination du paludisme. » Un objectif impossible à atteindre si un seul des pays touchés rechigne à agir efficacement.
Un scénario répétitif depuis les années 1950
Avec l'arrivée des traitements, les résistances ont fait leur apparition. « Toujours selon le même scénario » , selon le docteur Nacher. Elles apparaissent d'abord en Asie du sud-est avant de s'étendre à l'Afrique et, enfin, de s'immiscer en Amazonie. Ce fut le cas dans les années 1950 avec la chloroquine, puis avec le fansidar. Les années 1990 et 2000 ont permis de faire d'énormes progrès, principalement avec l'artémisinine. Mais à la fin des années 2000, une diminution de l'efficacité des médicaments a été relevée à la frontière cambodgienne. Ce qui a fait naître la crainte, au sein de l'OMS, d'une extension des résistances.
ET AUSSI...
- Taubira déjà en 2002
En 2002, l'actuelle ministre de la Justice interpellait le ministre de la Santé à l'Assemblée nationale sur la question du paludisme. Elle soulignait alors la recrudescence des cas recensés en Guyane et réclamait la mise en place de mesures efficaces pour lutter contre le développement de la maladie.
Onze ans plus tard, la situation n'a pas changé.

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2 commentaires

Vos commentaires

benj77 25.10.2013
Si vous avez été ds ma situation....

Ne précisez surtout pas où et quand un infirmier ou un agent de santé (en général plus compétent qu'un médecin intérimaire de passage qui de sa vie n'a jamais lu une goutte épaisse) vous a soigné! Parce que l'administration qui le sait très bien (envoie-t-elle en permanence des médecins à Zidok, Twenké, Kayodé, Antekum Pata, etc.? Même de plus gros bourgs, qui regroupent des centaines d'habitants, sont parfois sans médecin des jours durant) risquerait d'avoir le cynisme de sanctionner ces personnels en général très dévoués!

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benj77 25.10.2013
Hypocrisie totale

car dans bien des cas, les traitements sont dispensés par des infirmiers en dehors de la présence de médecins, dans les postes isolés (j'en ai reçus) et heureusement car sinon je ne dis pas le nb de cas gravissimes qu'on rcenserait, qui iraient jusqu'au décès.
Autre chose: c'est quand même piquant (comme un anophèle) de lire "la France condamnée" alors qu'il y a deux décennies la "lutte antipaludique" (très efficace) a fait place dans le cadre de la décentralisation au SDD. L'OMS devrait écrire: "le département de Guyane condamné"!

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