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OPRF : pas de salaire, pas de dialogue, pas d'avenir

Gérôme GUITTEAU ; g.guitteau@agmedias.fr Vendredi 17 Juin 2022 - 15h40
OPRF : pas de salaire, pas de dialogue, pas d'avenir
Rosa Gilbert, Johanne Latidine de l'UTG et Jacqueline Randal de la CFDT/CDTG tiennent une conférence de presse alors qu'elles engagent leur troisième semaine de grève. L’accès à l'OPRF est bloqué pendant les heures d'ouverture depuis trois semaines. - G. Guitteau

Non-payés et sans certitude sur leur avenir, les salariés de l'OPRF maintiennent leur grève, entamée il y a trois semaines et le blocage du site du Larivot.

« Nous sommes là pour démentir formellement les allégations mensongères du président de la CTG et de la présidente de l'OPRF. Nous réaffirmons que leurs interventions ne reflètent en rien la réalité des salariés de l'OPRF. »
C'est ainsi que Rosa Gilbert, la responsable de paye de l'Opérateur public de formation régional (OPRF) débute la conférence donnée sur le piquet de grève, vendredi matin vers 9 heures.
   Le ton courtois et conciliant de fin février n'est plus d'actualité au sein des 46 employés. Le salaire de mai n'est toujours pas sur leur compte, celui de juin est plus qu'incertain, pire ils sont laissés dans la plus totale incertitude quant à leur avenir.
    Sous le soleil chaud suffocant, à peine protégé d'une frêle bâche, une petite vingtaine d'employés ne décolèrent pas de la manière dont les traite la Collectivité territoriale (CTG) dont dépend l’Établissement public industriel et commercial (Epic).
« Certains parmi nous ont trente ou quarante ans de carrière. Ils jettent tout, comme ça d'un coup, sans aucune considération,» se scandalise Rosa Gilbert.
«_Nous ne recevons plus de salaires. Nous devons payer nos loyers. Nous commençons à avoir des dettes et les créanciers réclament. Pendant ce temps, personne ne vient nous voir. Nous ne savons pas, nous ne savons rien », complète Béatrice Covis, représentante du personnel, syndiquée à l'Union des travailleurs guyanais (UTG).
"Il n'y a pas les sous sur le compte"
   Pourtant, Karine Cresson-Ibris, vice-présidente de la CTG et présidente de l'organisme, avait promis devant les caméras, lors de l'assemblée plénière du 31 mai que les salaires d'avril étaient versés et ceux de mai le seraient dans les jours à venir.
« On est le 17 juin. On a toujours rien. Ils nous inventent une histoire de signature par le directeur. Il n'y a pas les sous sur le compte, voilà pourquoi nous ne sommes pas payés », s'insurge une agente.
  "Les comptes de l'OPRF lors de la sortie médiatique de la présidente étaient abondés de 167 627,54 euros", assurent les agents. Insuffisant pour payer les 200 000 euros de salaires bruts que coûtent les 46 employés par mois.
    « Depuis le mois de mars, seul les salaires nets ont pu être payés. La paierie régionale affirme être dans l'incapacité d'assurer le paiement des salaires de mai. Les factures des fournisseurs et des prestataires ne sont plus honorées depuis novembre 2021 », affirment les représentantes du personnel.
Besoin d'un million d'euros
    On peut donc se demander où sont passés les 600 000 euros versés depuis mars et annoncés par Gabriel Serville dans sa lettre ouverte du 13 juin. « A ce jour aucune somme n'a été créditée sur le compte bancaire de l'OPRF », répondent les employés.
Ces derniers estiment qu'il manque un million d'euros pour tout solder... jusqu'à juin.
Après juin, les incertitudes sont nombreuses. « La liquidation a été annulée, nous sommes donc toujours des employés de l'OPRF », toise une agente.
Les 46 salariés sont sûrs de la pertinence de l'opérateur. « Nous présentons un budget excédentaire à plus de 1 million d'euros sur les trois dernières années. La chambre régionale des comptes stipule que nous sommes sur la bonne voie dans son dernier avis. Pourquoi se priver d'un outil majeur de développement de la politique de formation professionnelle sur l'ensemble du territoire ? », questionne Johanne Latidine, représentante du personnel pour l'UTG.
Capture d'écran issue du site internet de la chambre régionale des comptes. -

Plus de 1 000 certifications délivrées depuis 2014
Un organisme pertinent malgré les critiques sur le peu de stagiaires reçus ?
« Ce chiffre de 29 stagiaires qui ressort sans arrêt, c'est n'importe quoi », s'emporte Johanne Latidine, qui poursuit, « Les gens font semblant de ne pas savoir lire un tableau. Il s'agit de nouveaux stagiaires sur un trimestre. Nous nous occupions de plus de 60 stagiaires au moment de la liquidation. Les stagiaires rentrent et sortent continuellement tout au long de l'année. En moyenne, nous sommes au-delà des 100 bénéficiaires par an. Plus de 1 000 certifications ont été délivrées depuis notre création en 2014 », détaille la formatrice.
Si l'OPRF, formé de la fusion de trois associations – l’Association guyanaise pour la formation professionnelle des adultes (AGFPA), l’Association guyanaise de gestion du Conservatoire national des arts et métiers (AGCNAM) et l’association Initiatives régionales interentreprises de Guyane pour le développement de l’emploi, de la formation et des innovations sociales (IRIG DEFIS) disparaissait, la Guyane deviendrait le seul territoire français sans l’accès aux offres de formation en ingénierie du Cnam, ni celles de l'Afpa.

*Nous avons joint Karine Cresson-Ibris. Elle n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.
 
L'abrogation de la liquidation, une simple manœuvre juridique ?
Les salariés de l'opérateur public régional de formation (OPRF) refusent d'affirmer que la Collectivité territoriale a abrogé en catastrophe la liquidation de leur organisme, juste pour empêcher le tribunal administratif (TA) de statuer le lendemain sur le bien fondé ou non de la liquidation judiciaire.
Les faits parlent pour eux : « Madame Cresson-Ibris annonce que l'OPRF aurait dû faire l'objet d'une liquidation judiciaire au 1er janvier 2022 au regard de la convention d'application annuelle. La présidente fait preuve d'une méconnaissance et d'une parfaite incompétence sur ce sujet. L'OPRF est un Epic, il ne peut faire l'objet d'une liquidation judiciaire mais administrative. Par ailleurs, le contrat de service public est valable jusqu'au 30 juin 2022 », explique Rosa Gilbert, sur le piquet de grève.
La chronologie laisse encore plus perplexe ou dubitatif.
25 février vote à l'unanimité des élus de la majorité de la liquidation de l'OPRF.
1er mai dépôt d'une requête par les salariés auprès du TA portant sur l'annulation de la liquidation.
1er juin, audience devant le TA programmée
30 mai la CTG ajoute un point à l'ordre du jour de l'Assemblée plénière qui annule la liquidation de l'OPRF.
31 mai l'abrogation de la décision du 25 février est votée
1er juin le TA prononce un non-lieu mais condamne la CTG à rembourser les frais de justice du personnel requérant.
 


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Vos commentaires

Garimpo 18.06.2022
Gabegie.

Me souviens d’un article, de je ne sais plus quel canard, faisant état d’un montant d’augmentation de salaire (notamment le directeur) ne couvrant même pas les rentrée de devises vers le dit « organisme »
Vivement l ‘autonomie que ce siphonage des deniers publiques cesse.

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