France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
Carine Sinaï, présidente de la CCI

“ Nous viendrons à bout de cette crise “

Propos recueillis par Stéphane Hespel Mardi 7 Avril 2020 - 13h05
“ Nous viendrons à bout de cette crise “
Carine Sinaï, présidente de la CCI

La Chambre de commerce et d’industrie de Guyane a aujourd’hui un rôle primordial dans la gestion de la crise économique qui touche aujourd’hui les entreprises du département. Elle se doit notamment d’être le relais des mesures mises en place récemment par le gouvernement, dans un territoire vaste et souvent éloigné des réalités de l’Hexagone. Le point avec la présidente, Carine Sinaï-Bossou.

Comment jugez-vous, d’un point de vue général, les mesures prises par le gouvernement à destination des entreprises ? Arrivent-elles au bon moment ou trop tardivement ?
Ces mesures sont très importantes pour les entreprises mais nous devons traiter de nombreux appels d’entreprises au fil de l’eau, en tenant compte de la fragilité du tissu économique de la Guyane. La dématérialisation de toutes ces mesures créent aussi des difficultés pour certaines entreprises qui ne sont pas toujours familiarisées avec les procédures par internet. La CCI de Région Guyane fait tout son possible pour les accompagner dans ces démarches dématérialisées. En outre, les mesures prises par le gouvernement sont nombreuses et évoluent dans le temps et il faut savoir les décrypter et les identifier précisément, pour tenir compte des difficultés concrètes que nos entreprises subissent en ce moment.
Les entreprises ultramarines souffrent régulièrement d’un décalage entre la réglementation nationale et les spécificités de leur territoire ? Devrait-on adapter ces mesures là pour la Guyane ? Ou devront- elles l'être par la suite ?
CSB : Il faut toujours faire un effort pour adapter ces mesures aux réalités du terrain de la Guyane. Certaines mesures ont du mal à s’appliquer, comme, par exemple, les mesures liées à l’activité partielle. Pour que ces mesures soient efficaces, il faut qu’il y ait de l’assistance téléphonique gratuite pour la prise en main de l’outil « Activité partielle » : la Dieccte essaie de répondre à ces préoccupations avec la mise en place d’un numéro vert : 0800 705 800 pour l’Hexagone et les Outre-Mer et des possibilités de contacts téléphoniques qui soient propres à la Guyane, entre 7h et 15h localement du lundi au vendredi. De ce point de vue, les conseillers d’entreprise de la CCI Guyane sont également joignables, précisément au 0694 21 05 73.
Outre ces mesures, en tant que CCI, une communication particulière a-t-elle été mise en place avec l’Hexagone ?
La CCI de Région Guyane a décidé de se mobiliser pour mesurer l’impact du COVID-19 sur les activités des entreprises, tous secteurs et toutes tailles confondus. Une enquête, via le logiciel Sphynx, a été diffusée aux entreprises le lundi 16 mars, avec une relance le vendredi 27 mars. Les résultats de cette enquête sont très instructifs. Ils montrent notamment que sur 1923 entreprises contactées, 507 entreprises - soit plus de 30% des entreprises -, ont répondu à notre enquête et déclarent ne pas connaître les mesures gouvernementales mises en place. Il y a encore beaucoup à faire pour que les entreprises soient réellement au fait des mesures mises en place, tant au niveau national qu’au niveau local. Notre rôle est justement de diffuser une information pertinente et actualisée en permanence aux entreprises de Guyane. Notre site internet – guyane.cci.fr - est réactualisé en temps réel pour mieux coller à l’évolution de toutes les mesures gouvernementales qui sont certes nombreuses mais aussi techniquement difficiles à déchiffrer. Ces informations, nous les recevons de la Préfecture et de CCI France. L’enquête Sphynx sera, bien entendu, communiquée à notre réseau national CCI France et à la Préfecture.
Depuis quand êtes-vous sollicitée par les entreprises ? Depuis le début de la crise sanitaire ? Quel genre d’entreprises ? Petites, moyennes, grandes... Toutes sont-elles impactées ?
Nos conseillers d’entreprises sont contactés tous les jours, depuis le début du confinement, par téléphone et par mail sur les difficultés que rencontrent nos entreprises au quotidien, et ces difficultés ne manquent pas ! Nous avons d’ailleurs mis en place une cellule de crise qui est active depuis le 17 mars, et tous nos services d’accompagnement sont mobilisés sur tout le territoire, au quotidien (à Cayenne, Kourou, Saint-Laurent, Saint-Georges), afin de répondre chaque jour aux entreprises qui nous sollicitent en permamence. Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, sont touchées par cette crise majeure, mais nous recevons aussi beaucoup d’appels de petites entreprises et de micro-entrepreneurs qui sont durement impactés par cette épidémie et qui n’ont pas toutes de comptables ou d’experts comptables pour effectuer leurs démarches en ligne.
Avez-vous mis localement un accueil (téléphonique) pour répondre aux inquiétudes ? Existe-t-il une cellule de crise ? Envisagez-vous des initiatives particulières ?
Comme je vous le disais précédemment, nous avons d’ailleurs mis en place une cellule de crise depuis le 17 mars, et tous nos services d’accompagnement en interne sont mobilisés sur l’ensemble du territoire avec des numéros de portable et des adresses mail, afin de répondre chaque jour aux entreprises qui nous sollicitent sur l’application de telle ou telle mesure. Cette liste de conseillers d’entreprises qui sont mobilisés dans notre cellule de crise a été communiquée aux entreprises ainsi qu’à toutes les organisations socioprofessionnelles de Guyane, afin qu’elles relaient ces informations à leurs adhérents. De plus, pour renforcer davantage nos échanges avec les entreprises et mieux répondre à leurs attentes, nous avons créé une adresse mail générique*, covid19@guyane.cci.fr, qui renvoie directement à nos conseillers d’entreprise. Nous invitons les entreprises à nous contacter chaque fois qu’elles le souhaitent. Nous les invitons également à nous laisser leurs coordonnées (mail et téléphone). Les conseillers d’entreprise de la CCI de Région Guyane pourront ainsi les accompagner concrètement dans leurs démarches.
On ne peut pas s’empêcher, encore aujourd’hui, de repenser à la crise, encore récente, liée au mouvement social de mars-avril 2017. Peut-on comparer ces deux périodes ? L’impact est-il plus fort aujourd’hui ? Combien d’entreprises étaient-elles restées sur le carreau ? Aviez- vous pu estimer le montant des pertes pour l'économie locale ?
La crise de mars/avril 2017 a eu un impact économique très important sur toute la Guyane. Mais la grande différence avec cette crise sanitaire est liée au fait que les contacts physiques de proximité avec les entreprises sont aujourd’hui quasi inexistants, du fait même qu’il s’agisse d’une crise sanitaire nécessitant des protections inédites, donc nous devons faire preuve d’imagination pour traiter en
permanence de nombreuses demandes d’entreprises à distance (par télétravail, internet, appels téléphoniques).
Dans la perspective d’une fin de crise, les entreprises devront-elles,  demain, repenser leur fonctionnement ? Donner une plus large part au télétravail ? Et, d’un point de vue plus général, cela va-t-il nous obliger à repenser le fonctionnement de la vie économique ?
C’est une très bonne question. Le télétravail et les procédures dématérialisées deviennent de plus en plus importants dans le cadre de cette crise sanitaire. A l’issue de cette crise, il nous faudra tirer les leçons de cette nouvelle approche de traitement des problèmes à distance et sûrement repenser nos organisations de travail pour tenir compte de la transformation digitale et dématérialisée de nos modes  de fonctionnement. Avec cette crise de la proximité et du lien physique, crise sanitaire oblige, nos manières de travailler sont en train de changer radicalement quant aux modalités d’action que nous mettons en place envers nos clients/ressortissants. La dématérialisation des procédures va devenir incontournable et va connaître une accélération dans un avenir très proche. Nous devrons être capables de nous adapter de plus en plus à ce nouveau paradigme.
Quel message d'espoir pourriez-vous donner aux chefs d'entreprises ? Et finalement aux salariés ? Etes-vous d'ores et déjà obligée à réfléchir aux scénarios pour l'après crise sanitaire ??
Nous viendrons à bout de cette crise. D’une façon plus générale, toute crise, aussi dramatique soit-elle, peut néanmoins receler des opportunités à saisir. Celle-ci, pour notre part en  Guyane, nous invite à nous atteler d’urgence à la construction d’un modèle endogène de développement, fondé sur la promotion d’une économie de proximité illustrée par les circuits courts, particulièrement adaptés à des mesures de confinement des populations, d’une économie sobre en carbone, afin de ne pas alimenter le réchauffement climatique dont la Guyane n’est pas responsable d’ailleurs, et enfin d’une économie solidaire fondée sur l’exigence de redistribution du surplus économique. Cette crise nous rappelle que notre modèle de développement est arrivé à bout. Le changement peut faire peur, peur parce qu’il y a l’inconnu. Cela n’est pas nouveau, la question est existentielle. Mais pour y parer, il faut  s’y préparer, débattre, envisager différents scenarii, agir et justement ne pas avoir peur, avoir confiance en nous.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
1 commentaire
A la une
3 commentaires
1 commentaire