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Lénaïck Adam, député de la seconde circonscription

« Le cas NG Kon Tia doit être un électrochoc pour tous les patrons de Guyane »

Samedi 21 Septembre 2019 - 03h15
 « Le cas NG Kon Tia doit être un électrochoc pour tous les patrons de Guyane »
Lénaïck Adam - BD

Lénaïck Adam, corapporteur d’une mission vie chère en Outre-mer, a accepté de répondre à nos questions à l’aube de bouleversements dans le paysage de la grande distribution en Guyane. Il évoque les ventes du groupe NG Kon Tia et des magasins écomax.

Les auditions de la mission vie chère en Outre-Mer, dont vous êtes corapporteur avec la députée de Saint-Martin Claire Guion-Firmin (LR), ont commencé au début du mois. Quel premier bilan pouvez-vous dresser ?

Nous n’avons pas encore entamé les auditions à Paris. Toutefois, j’ai personnellement tenu à les faire débuter en Guyane au cours du mois d’août, compte tenu du contexte socio-économique actuel. Il n’était pas approprié d’attendre la rentrée parlementaire pour auditionner les acteurs de la grande distribution. J’ai donc rencontré François Leboulanger, représentant du Groupe Bernard Hayot, et Xavier Clavel pour le groupe SCGR. Les indisponibilités des uns et des autres m’ont empêché de poursuivre immédiatement. Les auditions reprendront au mois d’octobre à Paris et en Guyane.

Qu’est-il ressorti de votre entretien avec le groupe SCGR, candidat à la reprise du commerce de gros de NG Kon Tia ?

Il milite en faveur de plus de transparence sur la constitution des prix et des marges des acteurs. Sa démarche de lutte contre la vie chère, il en parle depuis le début de mon mandat. Cependant, les règles du marché impliquent de faire face à des réalités consubstantielles à l’insularité : multiplication des intermédiaires, coût des transports, octroi de mer. Aussi volontaire que soit un acteur économique, il faut être conscient de ce que le coût de la vie résulte de mécaniques multifactorielles. Si le dispositif « bouclier qualité-prix » a été une grande avancée, nous concédons à ce jour qu’à lui seul, il n’est pas suffisant. C’est bien tous les acteurs de la chaîne de la distribution, de la France hexagonale à la Guyane, qui doivent jouer le jeu.

Le 25 septembre, l’Autorité de la concurrence devrait enfin statuer sur l’offre de rachat de Safo de Super NKT et de l’activité de grossiste alimentaire du groupe NG Kon Tia. Quel regard portez-vous sur cette vente et ses différents rebondissements ?

C’est un acteur guyanais qui se retire du marché et j’en suis navré. Mon regard est tant patriotique que protecteur du pouvoir d’achat des guyanais. Nous aurions dû être préparés, plus nombreux et financièrement plus forts. Ce qui fait peur à nos concitoyens, à juste titre, c’est de se retrouver dans une configuration proche de celle des Antilles, dont l’économie est détenue par une minorité. Je veux croire que l’Autorité de la concurrence, qui est habituée à recevoir des notifications et signalements en provenance des Antilles, procédera à un examen minutieux de cette offre de rachat [...] Ce que je retiens, c’est que le cas NG Kon Tia doit être un électrochoc pour tous les patrons de Guyane. L’économie guyanaise doit rester majoritairement entre les mains des Guyanais et cela se prépare tous les matins.

Vous expliquiez que cette mission va permettre d’aborder la problématique du caractère monopolistique des marchés ultramarins, sous-jacente à celle de la cherté de la vie. Peut-on parler de monopoles en Guyane ?

Il y a un lien certain entre coût de la vie et marché faiblement concurrentiel. Moins il y a d’alternatives, moins il y a d’opérateurs économiques et par suite de variabilité des prix. Je ne veux pas trop m’avancer sur la qualification de « monopole ». Il existe une autorité en charge de l’examen de ces questions, qui répondent à des critères juridiques assez précis. Un monopole ne se décrète pas juste en observant des extraits de K-bis. Ce que je peux dire de manière objective, c’est que le tissu économique guyanais est en train de se transformer et qu’il nous appartient d’être vigilants. Les efforts déjà consentis ne doivent pas être déstabilisés par de nouvelles pratiques et méthodes.

L’enseigne Écomax est en vente depuis le mois dernier. Une soixantaine d’emplois sont en jeu en Guyane. Avez-vous pu échanger sur ce dossier ?

Non, je ne les ai pas encore rencontré mais attention, la vie chère, ce n’est pas que les grandes surfaces. C’est à tous les niveaux : transports, marchés publics, BTP... On fixe notre attention sur le panier de la ménagère mais le mal est plus profond que ça.

Propos recueillis par Angélique GROS

Vente de NG Kon Tia : un avis pour le 25 septembre

Le 25 septembre, l’Autorité de la concurrence doit enfin se prononcer sur l’acquisition par Safo du groupe NG Kon Tia, qui comprend un fond de commerce de détail de près de 3 000 m2(ex-Super U, puis Super NKT), un fonds de commerce de gros de près de 5 000 m2 et un terrain constructible de 10 hectares sur la rocade Leblond à Cayenne. Devant la crainte d’une situation de position dominante sur les marchés de la distribution en gros de produits surgelés et frais, l’Autorité de la concurrence a demandé à Safo des engagements à plusieurs reprises ces dernières semaines. Le groupe Safo n’a pas souhaité répondre à nos questions sur ce sujet. Dans un communiqué, le groupe SCGR, qui s’intéresse aussi à cette acquisition, prévient : « Aujourd’hui, de multiples scénarios sont imaginés et de nouveaux acteurs se positionnent, cette fois pour acquérir le fonds de commerce de gros de NG Kon Tia […] Ce choix (du candidat pour l’acquisition du grossiste) devrait être réglementé et fait dans une totale transparence sous l’égide de l’Autorité de la concurrence et d’un mandataire totalement indépendant et objectif. Tout autre méthode qui consisterait à confier le choix de ce candidat au groupe Safo apparaîtrait suspecte et dangereuse pour le pouvoir d’achat des guyanais. » Le groupe SCGR s’engage sur « une lutte incessante contre la vie chère et l’apport de 15 000 références de l’enseigne Intermarché ».

Prix des produits alimentaires : 34 % de différence entre la Guyane et l’Hexagone

Des prix supérieurs de 11,6 % en moyenne. En juillet, l’Autorité de la concurrence a livré un diagnostic d’ensemble sur la situation concurrentielle en Outre-mer. En Guyane, le niveau général des prix est supérieur de 11,6 % par rapport à l’Hexagone. Cet écart de prix est imputable en grande partie aux produits alimentaires dont l’écart de coût est de 34 %.

Les distributeurs pas seuls responsables. « Les données collectées suggèrent qu’à elles seules, les marges réalisées par certains distributeurs n’expliquent pas, en moyenne, l’essentiel des écarts de prix entre Drom (départements et régions d’Outre-mer) et Métropole », peut-on lire dans le résumé du diagnostic.

Les grossistes importateurs en cause. L’Autorité de la concurrence poursuit : « Plus dans le détail, certaines différences quant à la politique de répartition de la marge des distributeurs sont toutefois de nature à renforcer ces écarts de prix. […] Les frais d’approche et le recours à des grossistes importateurs, répercutés par les distributeurs dans le prix final au consommateur, expliquent donc en moyenne une grande partie des écarts de prix avec la Métropole. »

Marges et rentabilité supérieures. « Analysés sur l’ensemble de la chaîne de valeur, les écarts de prix constatés sont en partie attribuables au cumul des marges générées par les différents acteurs des produits de grande consommation dans les DROM, notamment dans le cas de groupes intégrés. Les marges nettes et le niveau de rentabilité des grossistes apparaissent fréquemment supérieurs à ceux constatés en Métropole, même si des difficultés apparaissent aussi à cet échelon de la chaîne de valeur. »

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