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Doc seven : « Internet c’est une fin en soi »

Lundi 21 Octobre 2019 - 03h05
Doc seven : « Internet c’est une fin en soi »
La chaîne Youtube du Saint-Laurentais William Van de Walle, alias Doc seven, totalise 275 millions de vues dont 700 000 en Guyane depuis sa création en janvier 2015. - Angelique GROS

À 28 ans, le youtubeur Saint-laurentais William Van de Walle, alias Doc Seven, compte déjà plus de 2 millions d’abonnés sur sa chaîne. Président du jury des contenus numérique au Fifac, il a accepté de répondre à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir Youtubeur ?

Tu as une liberté totale. Avant c’était plus un tremplin pour aller voir un producteur et faire des films mais après tu commence à comprendre que tu peux gagner ta vie avec… En fait internet c’est une fin en soi !

Vous avez créé la société PK9 productions il y a trois ans, quels sont vos projets ?

Là on est surtout dans l’optique de bouger de Paris et ouvrir des bureaux, peut-être à la Rochelle… Je ne bosse qu’avec une monteuse et l’idée ce serait de recruter des cadreurs pour pour pouvoir tester plus de formats et faire des partenariats avec des musées par exemple. […] J’ai testé la création d’une deuxième chaîne, et avec ma copine, qui a créé la chaîne Les astuces de Margaux, on a lancé une chaîne de voyage : l’Aventure à deux mais elle n’est plus très active.

Est-ce que c’est la première fois que vous présidez un jury à un festival de film documentaire ?

Oui, c’est même la première fois que je fais un festival de films documentaires ! J’ai déjà été à des conventions avec des vidéastes mais par rapport à Youtube. J’en suis très content car je bouffe du documentaire en permanence !

Quels sont vos critères de sélection ?

La sélection est très variée, il y a des clips, des sketchs, des docus en majeure partie portés sur le vlog… Pour moi le plus important c’est la créativité, que la personne ait réfléchi avant d’aller filmer. Après la seule contrainte technique c’est qu’il y ait un travail sur le son car si le son est de mauvaise qualité on n’arrive pas à regarder l’image.

Avez-vous toute latitude sur le contenu éditorial de vos émissions diffusées sur Youtube ?

Youtube peut décider que ta vidéo n’est pas adaptée aux annonceurs sans se justifier, notamment quand ça parle de terrorisme, de guerre… et c’est compliqué quand t’essaie de faire une chaîne qui parle un peu d’histoire… Par exemple si je parle d’Hitler dans une vidéo, la vidéo n’a pas de pub donc Youtube ne l’a met pas en avant et moi je ne gagne pas d’argent. C’est un cercle vicieux, donc on se censure beaucoup. J’ai fait une vidéo qui s’appelle les 7 guerres les plus courtes de l’histoire et parmi celle-là il y a la guerre de 6 jours en Israël. J’ai bien expliqué que je présentais simplement des faits et que je ne donnais pas mon avis mais j’ai quand même du bloquer des commentaires par milliers… À force tu ne parle plus de ça, tu fais un contenu plus light.

Vos conseils pour ceux qui veulent se lancer ?

C’est la nouvelle mode les gens ne veulent plus être pompiers mais Youtubeur. Quand on leur demande pourquoi, c’est souvent par rapport au fait d’être connu. Mais ça ce n’est qu’un bonus, pour que ça fonctionne sur internet déjà il faut trouver une idée de base ou un concept.

Vos vidéos ont une portée éducative. Comment vérifiez-vous vos sources ?

Pendant longtemps j’ai eu un rédacteur mais aujourd’hui c’est moi qui réalise les recherches et c’est pour ça que j’ai délégué le montage. Je commence toujours par Wikipédia, c’est très fiable car en permanence il y a des dizaines et des dizaines de personnes qui repassent pour corriger l’info et en plus beaucoup de sources sont listées. Je compare ensuite au plus de sources possibles. Par exemple quand j’avais fait une vidéo sur les rois de France je l’avais d’abord soumise à plusieurs professeurs d’histoire. Mais je ne suis jamais à l’abri des problèmes ! Dans une vidéo par exemple, j’ai fais une blague sur la creuse donc on est allés chercher une image libre de droit de campagne. Mais en fait la photo n’était pas une image de la creuse mais du village de la Creuse qui est en Haute-Saône. Tout de suite il y a eu un internaute pour le faire remarquer. Ça montre à quel point tu peux rien laisser passer. Les vidéos font plus de 500 000 vues donc il y en a forcément un qui va le voir s’il y a une inexactitude ou une erreur.

Selon vous, finalement, c’est aux internautes de faire barrage aux fake news ?

Youtube est une énorme machine, il y a 300 à 400 heures de vidéos uploadées chaque minutes donc c’est impossible de tout vérifier. En fait moins les internautes regardent de fake news comme des théories du complot, moins elles sont recommandées et plus elle disparaissent dans le néant de Youtube… Le problème c’est qu’il y a des gens qui adorent ça donc ça fait remonter d’autres vidéos sur les théories du complot… Pour les plus jeunes et même jusqu’à 15 ans il faut aussi que les parents vérifient ce que regardent leurs enfants.

L’univers d’internet est en perpétuelle évolution…

C’est un univers très ambivalent dans le sens où c’est génial quand on arrive à en vivre car on a une liberté totale, sur la gestion de mon temps, sur la ligne éditoriale… mais de l’autre côté, les gens se lassent facilement et tous les 6 mois faut se réinventer. C’est stressant, si demain je fais un bad buzz, ou si les gens ne veulent plus me regarder c’est fini. C’était un peu tabou avant mais depuis 6 mois il y a plein de Youtubeurs qui font des vidéos confessions burnout. On a une puissance médiatique très compliquée à assimiler. Je suis tout seul si je fais un tweet je peux m’auto-tuer direct, les chaînes de télé n’ont pas ce problème.

Sur quoi est basée la rémunération d’un youtubeur ?

Il y a plusieurs canaux. À commencer par les pubs qui sont mises par Youtube dans nos vidéos. Cette rémunération dépend de la longueur de nos vidéos, du temps que les gens restent sur la vidéo, et pas tant du nombre de vues. Ça peut aller de 30 centimes à 3 euros euros pour un millier de vues contre entre 300 et 3000 euros pour un million de vues. Et ça dépend aussi de ton nombre de vues par mois car c’est un revenu mensuel. Et puis c’est comme n’importe quelle entreprise tu fais des partenariats… Il y en aussi qui vendent des produits dérivés comme des casquettes, des tee-shirts… moi ce n’est pas le cas.

Vous n'avez jamais eu l’envie de revenir dans un circuit plus conventionnel du documentaire ?

Je suis déjà dans le média qui est en quelque sorte celui du futur et qui est en train d’exploser… En 2015, j’ai tourné le pilote de Visite privée, une émission quotidienne de Stéphane Bern. J’étais chroniqueur et je suis parti faire un reportage dans une école gastronomique à Lyon. C’était très intéressant mais j’ai l’habitude d’avoir ma ligne éditoriale et au banc de montage le producteur ne m’a laissé aucune latitude. (...) J’aimerais bien faire un truc à la télé un jour mais c’est tellement compliqué ! Faut trouver un producteur, aller démarcher des chaînes télé, trouver des subventions... Alors que pour faire mes vidéos sur Youtube, j’appelle l’office du tourisme d’Australie je négocie, je pars avec mon cadreur, on va filmer une semaine et faire des super vidéos. Et en terme de vues on en fera plus qu’un film qui va passer sur Arte…

Est-ce que le monde des Youtubeurs est compétitif ?

Non pas vraiment et c’est l’avantage d’internet. Regarder une vidéo d’un Youtubeur n’empêche d'aller voir celle d’un autre. On est une centaine de Youtubeurs a dépasser les 1 million d’abonnés en France et on se connaît tous. Il y a même des collectifs qui se sont créés comme la Red box.

Propos recueillis par Angélique GROS

Du cinéma à Youtube

Doc seven, de son vrai nom William Van de Walle, a grandi à Saint-Laurent du Maroni. Rêvant d’être réalisateur, le jeune homme obtient un master en cinéma et décide suite à sa rencontre avec le youtubeur Poisson Fécond, durant l’été 2014, de se tourner vers le web. En janvier 2015, il lance sa chaine d’éducation divertissante sur l’histoire et la géographie notamment sur Youtube. Il y diffuse entre autres les vidéos 7 Créatures mythologiques ou 7 Assassinats qui ont changés l’histoire et passe la barre du million d’abonnés en un an. Depuis sa création, la chaîne de Doc seven totalise 275 millions de vues dont 700 000 en Guyane.

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