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consommation

Des produits dérivés du cannabis en vente légale

Angélique GROS Mardi 28 Janvier 2020 - 03h15
Des produits dérivés du cannabis en vente légale
Le CBD a des propriétés antalgiques et ne provoque pas de dépendance à l'inverse du THC. - Angelique GROS

Le CBD shop, une boutique spécialisée dans la vente de produit à base de cannabidiol (CBD), l’un des principes actifs du cannabis, a ouvert ses portesà Cayenne en décembre. C’est légal et c’est le premier magasin du genre aux Antilles-Guyane.

Il est question de tisanes dans une atmosphère zen ce samedi matin dans la boutique CDB Shop, à Cayenne. Derrière le comptoir qui présente différentes espèces de fleurs de cannabidiol (CBD), une molécule présente dans le cannabis à laquelle on prête un effet relaxant, on retrouve Malica Traoré et Kim-Lam Do. Ils ont investi environ 50 000 euros pour ouvrir le mois dernier la première boutique des Antilles-Guyane à proposer huiles, infusions, sucette, cigarette électronique… à base de CBD. Contrairement au THC, le principe actif le plus connu du cannabis, le CBD n’est pas prohibé et ne provoque donc, a priori, pas un « effet défonce » (Lire ci-dessous). « C’est une sorte de super camomille ! », décrit Kim-Lam Do.

« Nous ne sommes pas des médecins »

Certains des clients qui se présentent dans « l’herboristerie » ont déjà essayé le cannabis thérapeutique. « On a un public relativement averti. Il y a des clients qui viennent pour la relaxation, d’autres parce qu’ils ont divers maux ou d’autres parce qu’ils veulent arrêter le cannabis. On vient chez nous par choix pas par besoin », souligne Kim-Lam Do. Il ajoute : « On a déjà eu un monsieur qui est passé dans la boutique qui avait une ordonnance du Luxembourg parce qu’il était épileptique. En France on en est pas encore là, ce n’est pas encore considéré comme un médicament. Nous, ici, ce qu’on fait, c’est de la relaxation et du bien être nous ne sommes pas médecins », souligne Kim-Lam Do. Alors que les premières expérimentations du cannabis médical doivent commencer cette année, la donne pourrait changer.

De 10 à 17 euros le gramme

Six différentes sortes de plantes sont aujourd’hui proposées aux clients de la boutique CBD. Compter 10 à 12 euros le gramme pour les variétés cultivées en extérieur et 12 à 17 euros le gramme pour celles en environnement protégé. Il explique que l’ensemble des plantes vendues en boutique sont importées depuis l’Europe afin d’être dans les clous législatifs. Au regard de la loi, les produits contenant du CBD sont tolérés à condition que leur taux de THC soit inférieur à 0, 2 %. Courant 2020, les deux gérants comptent aussi se pencher sur la commercialisation d’autres types de produits comme des beaumes sportifs à base de CBD ou des vaporisateurs à herbe sèche. « Ça permet de chauffer l’herbe et de faciliter l’évaporation du CBD sans pour autant la brûler ». Par principe de précaution, les gérants se refusent à vendre leurs produits aux mineurs.

Le CBD a des propriétés antalgiques et ne provoque pas de dépendance à l'inverse du THC. - Angelique GROS
Le CBD a des propriétés antalgiques et ne provoque pas de dépendance à l'inverse du THC. - Angelique GROS
Kim-Lam Do et Malica Traoré ont ouvert le CBD Shop qui commercialise des produits du cannabis, à Cayenne le mois dernier / photos AG - Angelique GROS
« Le CBD n’entraîne pas de dépendance »

Qu’est-ce qui différencie le cannabidiol (CBD) du tétrahydrocannabinol (THC) ?

Le cannabidiol agit sur la libération de la sérotonine. Cette action entraîne une atténuation de la douleur. Contrairement au CBD, le THC, peut-être à la fois hallucinogène, psychodisleptique, c’est à dire perturber les sens, mais aussi psycholeptique parce qu’il peut endormir et psychoanaleptique parce qu’il peut exciter. Le THC a ces trois propriétés en fonction de la dose présente dans le produit consommé. Pour résumer, c’est le THC qui est recherché par les toxicomanes. Ce qui est autorisé par la loi aujourd’hui ce sont les produits à base de CBD et qui contiennent moins de 0,2 % de THC. À titre de comparaison, l’herbe achetée illégalement contient en moyenne 11 à 13 % de THC.

Peut-on devenir dépendant au CBD ?

Non, il n’entraîne pas de dépendance. En terme de comportement ça peut cependant être incitatoire. Tout dépend quelle est la motivation réelle des personnes qui vont dans ces boutiques. C’est un peu comme les cigarettes au chocolat : ça peut créer une forme de consommation. On peut aller dans ces boutiques tout en espèrant pouvoir accéder au THC aux doses hallucinogènes. Et puis finalement ça dérive et on va aller faire son marché à l’extérieur… Mais théoriquement, le CBD est là pour soulager les personnes qui sont douloureuses.

Conseilleriez-vous aux toxicomanes d’arrêter le cannabis en le remplaçant par le CBD ?

Le CBD n’est pas un produit de substitution du THC. En tout cas ce n’est pas ce qu’on met en œuvre sur le plan thérapeutique à l’hôpital.

Le CBD peut-il constituer une alternative à des traitements à base d’opiacée ?

Sûrement pas. Aujourd’hui, les opiacées et notamment la morphine sont utilisées en cas de douleur très importantes et malheureusement je ne suis pas certain qu’on ait des produits aussi efficaces que celui-là. Après, il faut aussi prendre la composante psychologique. Il peut y avoir un effet « placebo ».

Recommanderiez-vous du CBD à vos patients ?

D’un point de vue médical, nous n’utilisons pas ces produits pour l’instant en pratique courante. Peut-être qu’on va dire qu’on est rétrograde mais en la matière il faut rester prudent : « D’abord non nocere1 »... On ne dit pas qu’on est contre mais on n'est pas certain que ça puisse apporter un bénéfice, notamment par rapport aux autres traitements qui existent. (...). Nous manquons de documentation et d’études scientifiques totalement probantes. La question qui se pose déjà  c’est à quel dosage et comment. Tout ça n’est quand même pas clair.

Propos recueillis par A. G.

1 La première obligation est de ne pas nuire au patient

Patrice Schoendorff, psychiatre médecin-légiste au Char - DR