France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Centre spatial : 9 lancements au lieu de 12 cette année

Propos recueillis par A. G. Lundi 18 Mai 2020 - 16h16
Centre spatial : 9 lancements au lieu de 12 cette année
Des marquages au sol ont été installés pour faire respecter les règles de distanciation sociale dans le hall d’accueil où se situe le bureau de coordination des opérations centre de Lancement n°3 situé sur l’ensemble de lancement Ariane : lieu de passage obligé pour démarrer toute opération. - Arianespace

Les campagnes reprennent progressivement au Centre spatial Guyanais en vue du prochain lancement prévu mi-juin. Le manifeste de lancements a cependant dû être revu à la baisse, à cause de la crise sanitaire. Le point sur la situation.

Bruno Gérard, vous êtes directeur d’Arianespace. Est-ce que le retard pris à cause du Covid-19 remet en cause les objectifs de lancements pour 2020 ?
Il va y avoir des impacts mais on a l’habitude d’avoir un manifeste fluctuant chaque année. Nos contrats avec nos industriels prévoient d’ailleurs cette fluctuation. Actuellement, on est plutôt sur une cadence de neuf lancements commerciaux [au lieu des 12 annoncés en janvier, ndlr] (...) Pour ce qui est des lancements de développement, c’est à dire de qualification Ariane-6 ou Vega-C, c’est l’Agence spatiale européenne (ESA) qui pilote ces deux grands programmes. Il est clair que nous sommes étroitement en relation avec l’ESA sur ce sujet.
Le vol inaugural d’Ariane-6 est-il toujours prévu à la fin de l’année ?
Il y avait un planning ambitieux qui conduisait éventuellement à des lancements cette année. L’ESA va sûrement faire des annonces à ce sujet. Les activités chantiers ont repris – comme nous avons, nous, repris nos activités sur les ensembles de lancement – mais, à ce stade, avec très peu de personnels extérieurs. Il faut donc analyser la situation avant d’annoncer des dates.
Comment est gérée la question sociale chez Arianespace et ArianeGroup ?
On a fait un peu comme tout le monde, tant chez Arianespace, que chez ArianeGroup, c’est-à-dire qu’on a instauré le télétravail en priorité absolue. Les montées sur site étaient rares et on l’a d’ailleurs vu lors des contrôles à l’entrée du CSG, qui ont montré une très faible activité sur les ensembles de lancement […] Dès le début de la crise, mi-mars, on a immédiatement placé les systèmes en sécurité. Ça nous a pris environ une semaine. Ensuite, on a eu une activité de maintien en sécurité avec le minimum absolu de personnel. Actuellement, on recommence les maintenances des systèmes et on monte progressivement en puissance.
Bruno Gérard, directeur d'Arianespace, à Kourou (Photo d'archives) - Angélique Gros
Quelles sont les conséquences de cette crise pour les sous-traitants qui travaillent avec Arianespace ?
Il faut se rappeler qu’on a des contrats de tâches avec chacun des industriels de l’Union des employeurs de la base spatiale (UEBS). Nous fournissons le planning d’activités de la semaine et à charge pour eux de s’y adapter avec chacun des règles propres à leurs sociétés […] Bien sûr, nous avons été extrêmement coordonnés avec le Cnes, chacun avec les règles de ses sociétés.
Comment s’organise la préparation d’une campagne à l’heure du Covid-19 ?
On a choisi d’adopter des règles qui s’appliquent sur l’ensemble des sites d’Arianespace et d’ArianeGroup. Le choix a été d’augmenter la distanciation sociale. Au lieu d’un mètre, généralement préconisé, nous avons choisi d’opter pour 1,50 mètre de distanciation sociale. Ça nous permet, lorsqu’il est possible de garantir ce 1,50 mètre et c’est généralement le cas dans le travail tertiaire, de ne pas obliger au port du masque. Dans cette logique, on tient vraiment à ce que cette mesure de distanciation sociale importante soit la clef, que les personnels la respectent. Par contre, quand il est impossible de la mettre en œuvre, par exemple lorsque les équipes travaillent sur un moteur où il y a forcément de la promiscuité, on impose le port de ce qu’on appelle les équipements de protection individuelle (EPI) spécifiques Covid : le masque, a minima, auquel on peut ajouter des gants...
Comment les règles de distanciation sociale sont-elles matérialisées ?
Dans le tertiaire et, en particulier, dans la coordination opérationnelle où on autorise chaque activité, on a organisé des sens de circulation, des marquages au sol. On a aussi mis en place toute une série de mesures pratiques pour éviter l’échange de matériel, d’outillage et pour respecter la distanciation sociale d’1,50 mètre.
Ces mesures de distanciation vont-elles avoir un impact sur la durée des campagnes ?
Pour l’instant, l’impact est plutôt sur l’aspect réalisation d’activités avec moins de personnels, puisque les missionnaires arrivent plus tardivement. On effectue beaucoup d’opérations avec les personnels résidents, ce qui nous oblige à faire un début de campagne plus long que d’habitude.

Entrée du centre de Lancement n°3 situé sur l’ensemble de lancement Ariane - Arianespace
Est-ce que la campagne Vega, dont le lancement est prévu mi-juin, est concernée ?
Vega n’a pas trop ce problème car la campagne était pratiquement terminée. On s’est arrêtés vers J-1. Du fait de la mise en sécurité, on n’est plus en J-1 : on est beaucoup plus tôt et nous devons recommencer des opérations. Dans ce cas, on a un surcroit d’activité qui n’est pas vraiment dû à la crise Covid-19 elle-même, mais plutôt au fait qu’on a mis les installations en sécurité et que maintenant il faut les remettre en configuration opérationnelle.
Quel est l’impact de ces mesures sur le lancement d’Ariane-5 prévu fin juillet ?
Pour Ariane-5, c’est différent car on n’avait pas du tout commencé la campagne. On a prévu de débuter les premiers jours de la campagne sans personnes extérieures donc, sur cette période, plusieurs jours d’activité supplémentaires seront nécessaires. Le début de la campagne, c’est-à-dire le jour où on commencera à ériger les étages, sera le 4 juin.
A partir de quand les missionnaires arrivés la semaine dernière pourront-ils intégrer la base ?
L’arrivée de ces missionnaires est la première depuis le début de la crise sanitaire. Nous avons mis en place une procédure spécifique avec le Cnes, l’ARS et la préfecture : chaque personne a passé un test Covid-19 avant de prendre l’avion. Dès leur arrivée en Guyane, nous avons acheminé ces personnels directement vers la zone de quatorzaine, dans plusieurs lieux d’accueil à Kourou. A l’issue de cette quatorzaine et s’ils n'ont aucun symptôme, alors les personnels pourront commencer à travailler sur la base spatiale.
OneWeb, un des clients d’Arianespace, a été placé sous la procédure du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. C’est l’un des clients du vol inaugural d’Ariane-6. Quelles sont les retombées pour Arianespace ?
Je ne peux pas répondre à cette question car la procédure américaine est en cours. Il est possible que ce premier lancement Ariane-6 ait un nouveau passager mais, encore une fois, la procédure est en cours. Il est exact qu’il y avait déjà des difficultés dans le monde spatial et la crise Covid-19 va sûrement servir de catalyseur pour des sociétés un peu fragiles. Il faudra donc rester extrêmement vigilant.
Est-ce que d’autres acteurs sont dans la même situation que OneWeb ?
Nous n’avons pas encore officiellement de données de ce type. OneWeb est à notre connaissance le seul cas à ce stade.
Quel bilan tire-t-on de cette période de confinement chez Arianespace ?
Le télétravail a permis de résorber quelques tâches de fond : ça, c’est le bon côté. Mais il faut comprendre qu’au CSG, on est plutôt sur un site d’exécution et il faut que l’on revienne sur site pour reprendre les activités. C’est ce que nous sommes en train de faire, en toute sécurité, avec les mesures que nous venons de lister. Nous sommes extrêmement attentifs à la santé des travailleurs, que ce soit ceux d’Arianespace, d’ArianeGroup ou des sociétés extérieures.
« La cohérence dans le traitement social s’effrite »
La CFE-CGC pointe un manque coordination sur la base entre le Cnes et Arianespace pour ce qui concerne la gestion de la question sociale lors de cette crise. Pour Sébastien Savreux, délégué du personnel ArianeGroup CFE-CGC : « Depuis le début de la crise, le Cnes demande à ce que tous les personnels soient mis en télétravail et incite fortement tous les industriels avec lesquels il a des contrats à faire de même. Arianespace et ArianeGroup, qui ont eux-mêmes des contrats avec des industriels qui sont parfois les mêmes que le Cnes, attendent de voir d’ici à la fin de l’année comment ça va se passer côté lancements. Si le manifeste de lancements initialement prévu n’est pas atteint, il y aura une renégociation des contrats avec les industriels. Ça met les industriels de la base dans une situation particulière car, d’un côté, le Cnes leur demande de ne pas mettre leurs salariés au chômage partiel et, de l’autre, Arianespace et ArianeGroup leur dit : « A vous de prendre les dispositions qui s’imposent. » On sent que la cohérence dans le traitement social est en train de s’effriter sur la base et ça, c’est quand même nouveau. »
 
Philippe Géry, délégué syndical central CFE-CGC d’ArianeGroup et Sébastien Savreux, délégué du personnel ArianeGroup CFE-CGC (Photo d'archives) - Angelique GROS
Trois questions à…
Philippe Géry, délégué syndical central CFE-CGC d’ArianeGroup
 
« Le vol inaugural d’Ariane-6 va être reporté à 2021 »

Que pensez-vous des mesures de prévention du Covid-19 mises en place par ArianeGroup ?
Nous, en tant que syndicat, notre rôle, c’est de nous assurer que la santé des salariés est garantie et notre responsabilité, c’est aussi de s’assurer que notre entreprise est en bonne santé. L’un ne doit pas s’opposer à l’autre. Lorsque cette crise a éclaté, d’emblée, l’entreprise a dit : « On y va, on reprend l’activité. » Nous, à la CFE-CGC, on a un peu embarqué les autres syndicats autour d’un slogan : « Face à cette pandémie, on n’est pas à une semaine près ». On l’a martelé et on a été entendus car la reprise des activités est finalement beaucoup plus progressive que ce qu’ArianeGroup avait décidé, il y a un mois et demi. Le fait d’être plus progressif a permis aux équipes santé, sécurité et environnement de mettre en place des protocoles : des affichages dans les bureaux, du gel hydroalcoolique en quantité, des gants, etc. De notre point de vue, à la CFE-CGC, on considère que la stratégie de prévention du Covid-19 de l’entreprise semble robuste et ça, il faut le souligner.
Comment se passe le dialogue social chez ArianeGroup ?
Depuis le 2 avril, nous sommes en négociation avec la direction d’ArianeGroup pour mettre en place l’accompagnement social de ses 7.000 salariés sur le territoire français. Afin de trouver une solution équitable et pour préserver la cohésion de la société, nous avons proposé le principe d’un fonds de solidarité alimenté par les salariés et abondé par l’entreprise. Ce fonds de solidarité doit permettre à chaque salarié de bénéficier d’une indemnisation en activité partielle la plus proche possible de son salaire habituel. Il s’agit, pour les salariés non cadres et cadres au forfait horaire, d’améliorer l’indemnisation en activité partielle qui est, selon la règlementation, d’environ 84% du salaire mensuel net.
Le dialogue social reste tendu car jusqu’à présent nous n'avons pu trouver d'accord avec ArianeGroup par rapport à ce fonds mais nous avons fait une proposition qui est soutenue par la CFDT et FO et nous attendons la réponse de l’entreprise demain matin.
Doit-on craindre un report du vol inaugural d’Ariane-6 ?
Le vol inaugural devait initialement avoir lieu en juillet et il avait déjà été décalé à la fin 2020. De toute évidence, pour nous, à la CFE-CGC, le vol va être reporté à 2021. L’annonce officielle doit être faite par l’ESA dans le courant du mois de juin […] La date du vol ne dépend pas seulement de ce que fait ou ne fait pas ArianeGroup. On est sur un chantier majeur, à Kourou, qui n’a pas avancé pendant deux mois. Avant de faire le premier vol, il y a tout un tas d’essais sur le lanceur échelle 1 sur le site de Kourou. Avant la crise du coronavirus, les délais étaient déjà plus ou moins tendus donc ce qui vient de se passer n’a pas arrangé la situation.
 
 


Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
A la une
2 commentaires
1 commentaire