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ENTRETIEN FRANCE-GUYANE

A l'aéroport : " les pertes vont se compter par millions "

Propos receuillis par Hermann ROSE-ELIE Jeudi 25 Juin 2020 - 09h51
A l'aéroport : " les pertes vont se compter par millions "
Olivier Taoumi, Directeur Général des Services de la CCIG et de l'aéroport Félix Eboué annonces de lourdes pertes. - HRE

Le Directeur de la Chambre de Commerce et de l'aéroport livre son analyse de la situation sur le site de Félix Eboué.
Olivier Taoumi annonce des conséquences lourdes liées à la crise sanitaire que traverse la Guyane.

Avant tout, comment analysez-vous le rejet par le tribunal administratif de Fort de France de votre recours en référé demandant la suspension de l'arrêté qui limite les déplacements de voyageurs vers les Antilles ?

La Chambre de Commerce et d’Industrie de la Région Guyane a contesté la légalité de l’arrêté conjoint des préfets de la Guadeloupe et de la Martinique du 13 juin 2020 en se prévalant d’un intérêt pour agir double.

En sa qualité de concessionnaire exploitant de l’aéroport et en sa qualité de représentante des intérêts matériels et moraux de ses ressortissants commerçants, industriels et prestataires de service.

Cet arrêté posait trois conditions pour pouvoir voyager vers les Antilles : justifier d’un motif de santé et présenter un test SRAS COVID 19 négatif datant de moins de 72 heures avant le vol et faire une quarantaine de 7 jours à l’arrivée.. Il ne prévoyait aucune autre possibilité pour les chefs d’entreprises de se déplacer entre les trois territoires alors qu’ils ont des affaires en cours.

De même en restreignant sans raison les motifs pouvant justifier le voyage et notamment le motif familial et privé et le motif professionnel qu’on ne peut différer, l’arrêté réduisait ipso facto drastiquement le trafic et par voie de conséquence les recettes de l’aéroport qui sont calculées sur le nombre de voyageurs.

Enfin, l’arrêté ne s’appliquait qu’aux sociétés de voyage aérien et non maritime alors que les risques sont identiques. Il était donc discriminatoire.

Le recours a été introduit le 18 juin 2020.

L’audience a été fixée au samedi 20 juin. Vendredi 19, les deux préfets ont abrogé l’arrêté du 13 juin actant ainsi son illégalité et en ont pris un nouveau datant du 19 juin qui assouplit sérieusement le premier : il ajoute deux nouveaux motifs pour les déplacements à savoir le motif familial et privé et le motif professionnel et il permet que le test SRAS COVID 19 soit réalisé à l’arrivée aux Antilles. Nous aurions pu donc en rester là.

Nous avions atteint notre objectif. Mais l’arrêté du 19 juin soumet la possibilité de réaliser le test aux Antilles à une dérogation écrite et préalable du préfet compétent.

Il ne prévoit aucun délai pour que le préfet saisi réponde à la demande de dérogation. Nous avons donc continué la procédure pour faire dire aux préfets devant le Tribunal comment ils vont appliquer les dérogations.

Donc pour la CCIRG (Chambre de Commerce et d'Industrie de la Région Guyane), l’objectif est atteint si les dérogations sont accordées de manière souple car, on le sait, les laboratoires en Guyane donnent la priorité aux personnes malades ou suspectées de covid, ce qui est absolument normal.

In fine, le mardi 16 juin 2020 seule fois ou l’arrêté du 13 juin a été appliqué, 21 personnes seulement ont pu voyager et 69 ont été refoulées. Le mardi 23 juin date de la première application de l’arrêté du 19 juin , 137 personnes ont pu embarquer, 5 ont été refoulés.
Le recours a donc produit ses effets.

Mais il faut rester très vigilant car le préfet de la Martinique a écrit dans son mémoire que seules 50 à 70 dérogations seront accordées en fonction des capacités de test en Martinique et des capacités d’hébergement. Or, on va entrer en saison d’été, les capacité d’hébergement aux Antilles vont devenir rares…

Donc on surveillera le nombre de dérogations chaque semaine.Sur le fond nous avons raison ce que le Tribunal a acté .

L’arrêté est illégal car discrimine entre le transport maritime et le transport aérien . il n’est pas motivé et surtout ne permet pas au juge d’intervenir entre le moment du refus de la dérogation et l’heure de départ de l’avion.

Le préfet accorde ou n’accorde pas la dérogation par mail jusqu’à l’heure d’embarquement.

Le refus de la juridiction se fonde sur "l'absence d'urgence". N'a t'elle pas raison, qu'est-ce qui "presse" dans votre demande ?

Air France qui est l’unique transporteur aérien entre la Guyane et les Antilles a transporté plusieurs milliers de voyageurs entre juin et juillet 2019. Avec le confinement l’activité a chuté.

Aujourd’hui , il n’y a plus de confinement les gens peuvent donc voyager. L’ arrêté du 13 juin 2020 constituait un confinement déguisé puisque , si nous ne l’avions pas contesté, il aboutissait à interdire les vols entre la Guyane et les Antilles.

La CCIRG perdait et va perdre beaucoup de recettes mais aussi ses ressortissants ne pourront pas voyager aisément.

En droit français, il y a plusieurs libertés fondamentales dont celle d’aller et de venir et celle d’entreprendre.

Les deux arrêtés surtout le premier méconnaissent ces libertés et les restreignent.

D’ailleurs si le Tribunal a jugé que la CCIRG n’avait pas perdu d’argent en lien avec l’arrêté du 19 juin , il n’a pas répondu à l’atteinte aux libertés des ressortissants de la Chambre. Pour ces ressortissants la condition d’urgence est remplie.

Comprenez-vous que la Guyane soit dans une situation sanitaire à risques pour les autres départements ?

Evidemment, mais les tests sont là pour vérifier qu’il n’y a pas de risque. Personne ne refuse de subir le test PCR. Mais lorsqu’il n’ y a pas assez de capacités de tests en Guyane , les voyageurs devraient pouvoir les faire pratiquer en arrivant aux Antilles.

Interdire à des familles et des professionnels de se déplacer vers les Antilles au motif qu’il y un risque n’est pas sérieux surtout que les voyageurs qui se déplacent vers la métropole n’ont aucun test à subir. Soit il y a risque, soit il n’y a pas .

Les arrêtés semblent plus protéger des intérêts économiques aux Antilles ( tourisme notamment) que de répondre à des objectifs de santé.

Pour la suite, comment allez-vous réagir au niveau judiciaire ?

Tout d’abord les deux arrêtés se sont appliqués au moins une fois chacun. Celui du 19 juin 2020 va s’appliquer jusqu’au 10 juillet prochain. Nous allons chiffrer nos pertes.

Ensuite, nous allons surveiller les dérogations. Si nous constatons une baisse, je proposerai à la présidente de la CCIRG de saisir à nouveau le juge des référés.

Comment va se passer la gestion du flux de passagers pour les Antilles dans les prochaines semaines ?

Nous aurons une présence humaine importante qui viendra appuyez les compagnies. Nous craignons en effet un nombre de plus en plus croissant de personnes recalées.

On parle d'un test PCR obligatoire également vers l'hexagone, est-ce confirmé ?

En effet on en parle, mais pour l’instant, il n’existe pas de test obligatoire pour les voyageurs devant se rendre en métropole.

Nous entrons dans la période généralement "chargée" du trafic aéroportuaire, quel est l'impact annoncé de cette crise sanitaire sur l'activité de l'aéroport, ces prochains jours ?

Nous sommes d’ores et déjà très impactés et nous le serons de plus en plus. Mais nous ne serons pas les seuls . Les professionnels du tourisme en Guyane aussi. En effet, on se focalise sur les Guyanais qui souhaitent partir mais il y a aussi les Antillais qui souhaitent venir et qui seront confrontés aux mêmes difficultés au moment du retour. Très peu viendront. Hier le vol est arrivé de Fort de France avec 37 passagers à bord alors que nous sommes au début de la haute saison. Il aurait du être complet.

Au niveau financier, avez-vous déjà chiffré les pertes engendrées par cette épidémie ?

Non pas encore. Nous ne savons pas quand s’arrêtera l’hémorragie. Mais en 2019, ce sont 67352 passagers qui ont emprunté cette ligne dont un peu plus de 8000 en juin et environ 11 000 en juillet. Nous serons loin du compte cette année.

L'aéroport Félix Eboué est-il moins bien traité que les autres de France et d'Outre-mer ?

Nos relations avec les administrations de tutelle sont excellentes. Nous avons au contraire été aidés pour financer nos équipements de tri bagages par exemple. Aujourd’hui , nous subissons de plein fouet le reflexe de repli et de protection des administrations préfectorale aux Antilles. Nous sommes la seule et unique porte d’entrée et de sortie aérienne de la Guyane. Nous sommes donc directement affectés par toute décision qui restreint les flux.

Comment voyez-vous l'avenir de l'activité dans notre aéroport ?

Au plan humain, les équipes sont solidaires et engagées. Nous n’avons déploré à ce jour aucun cas positif dans nos effectifs. Les mesures barrières sont disponibles et respectées. Nous tiendrons même s’il y a un reconfinement. En revanche sur le plan financier, la situation sera très compliquée. Les pertes vont se chiffrer par millions.

De nombreux opérateurs évoluent sur le site, peut-il y avoir des conséquences sur l'emploi ?
Oui, incontestablement. Environ 400 personnes travaillent sur le site.

Les agents de l’Etat ( police, gendarmerie, douanes) ne sont pas concernés par un risque de perte d’emploi. Ce ne sera peut-être pas le cas pour les autres prestataires ou tiers qui travaillent pour nous ou sur la plateforme : Restauration, boutiques, loueurs…etc.
Les vols vers les Antilles sont affectés par les dispositions sanitaires. - HRE



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3 commentaires

Vos commentaires

Visionnaire973 25.06.2020
Aeroport indigne

Déjà que nous avions un aéroport assez déplorable , qui en plus se trouve être un des aéroports les plus chers du monde , en effet les taxes aéroportuaires sont très élevés et ont donc un impact direct sur les prix des billets d'avion . Je n'ose imaginer ce qui va advenir avec ces pertes ...

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jayjay5 25.06.2020
Taxes !

Bah, ils vont encore augmenter les taxes d'aéroport comme d'habitude. Pour une fois que la Guyane est numéro un mondiale en quelque chose !

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Visionnaire973 26.06.2020

En effet, et le pire c'est qu'on a un aéroport qui ressemble à pas grand chose . Quand on compare avec ceux des antilles il y a une difference abyssale .
Encore une fois ce sont les consommateurs qui vont trinquer.

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