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UN NOM, UNE HISTOIRE

Le Piaye et Apatou

Chronique- La Guyane, Un nom, une histoire Mercredi 12 Mai 2021 - 10h27
Le Piaye et Apatou
Un piay ou sorcier - Illustrations : Archives départementales de Guyane, Collections privées

Le piaye, autrement dit le chaman, appellation qui nous vient de l’Asie centrale et qui s’est très tôt mondialisée. Les explorateurs et autres voyageurs « visitant » les Indiens de la Guyane ont vite observé que : « Tous ces sauvages ont des médecins qu’ils appellent piays et qui ont, suivant eux, le pouvoir de conjurer les mauvais esprits. »

Voici en quels termes le docteur Crevaux, cet explorateur des années 1870, décrit une médication pratiquée par un de ces sorciers qu’il appelle plaisamment son « confrère ».

Mon nègre Apatou, ayant eu mal à la tête, le piaye Pamakiki s’assit sur un hamac, en face du malade, puis se mit à regarder le ciel, pendant quelques instants, en ayant l’air de l’invoquer mentalement. C’était une prière lente qu’il adressait au diable pour qu’il fît cesser le mal de son client. Il pratiquait cette espèce d’exorcisme tout en fumant sa cigarette dont il rejetait la fumée par le nez avec autant d’élégance qu’un gamin de Paris. Puis, plaçant sa cigarette entre le gros orteil et le deuxième doigt du pied, sans adresser à son malade aucune question sur le mal qu’il éprouvait, ainsi que cela se pratique chez nous, il se mit à souffler avec force sur le point douloureux. Prenant ensuite un éclat de roche très pointu, il fit cinq ou six incisions sur le front du patient et se mit à aspirer le sang avec sa bouche en guise de ventouse.

Après cinq minutes de succion, les insufflations recommencèrent; le piaye ralluma sa cigarette qui s’était éteinte pendant l’opération, en envoya deux ou trois bouffées dans la bouche et les yeux du malade et se retira sans mot dire.

« Apatou, qui avait d’ailleurs plus de confiance dans les pratiques de ces espèces de sorciers que dans mes connaissances médicales, se trouva si bien rétabli, qu’il pût manger aussitôt après un coumarou qui ne pesait pas moins de trois livres » Le poste de piay, dit d’Orbigny, est fort recherché parmi les Indiens, à cause de l’influence qu’il donne ; mais ni le talent ni l’audace ne pousse un homme à cette dignité. Elle est héréditaire; elle passe du piaye mort à son fils aîné, initié aux mystères de son ordre par une suite de cérémonies superstitieuses qui durent plusieurs semaines.

« Entre autres épreuves il faut qu’il s’habitue à avaler le jus de tabac jusqu’à ce qu’il n’opère plus comme émétique. Il s’abstient même de manger, durant son noviciat, de tout animal d’origine européenne; mais une fois piay il a droit aux prémices de toute espèce d’aliment. »
 
PLONGEZ AU CŒUR DU PATRIMOINE GUYANAIS
En 2008, France-Guyane lançait une nouvelle rubrique intitulée « Un nom, une histoire » . L’idée n’était pas alors de refaire l’histoire exhaustive de la Guyane, mais de zoomer, par touches successives sur des instants ou des destins, des évènements et des hommes, qui ont fait du pays ce qu’il est aujourd’hui. Plus de 250 chroniques quotidiennes ont été publiées par France-Guyane. Elles ont ensuite été éditées en trois tomes chronologiques, toujours en vente aujourd’hui en librairie, par les éditions Orphie. Chaque semaine, retrouvez des extraits de ces chroniques rédigées par Bernard Montabo et Elie Stephenson dans notre nouvel hebdomadaire et plongez ainsi dans l’histoire du péyi Guyane !

 
 


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