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UN NOM, UNE HISTOIRE

La fortune des Bonis

Jeudi 15 Juillet 2021 - 12h02
La fortune des Bonis

Certains spécialistes n’hésitent point à qualifier les travaux cartographiques d’Henri Coudreau de médiocres, sinon, même, de fantaisistes. Au fil des pages de ses récits, au demeurant passionnants, ne serait-ce que par sa vision très « datée » de « nos sauvages », cet explorateur de la fin du XIXe siècle nous révèle ses notes prises lors de ses rencontres. C’est ainsi qu’il passa quelque temps sur les rives de l’Aoua, comme on l’écrivait alors.

L’Awa n’est plus l’Itany et pas encore le Maroni. C’est le royaume des Bonis. Ces descendants d’esclaves marrons s’y étaient établis. En cette fin de siècle, la recherche de l’or bat son plein. Un prospecteur créole de Cayenne vint à découvrir, en 1885, la richesse aurifère des rives de l’Aoua. Les placers se situaient sur la rive gauche du fleuve, sur le territoire contesté franco- hollandais. Les gouvernements s’efforcèrent en vain de réglementer l’exploitation de cette zone, en vain. De guerre lasse, le site fut déclaré, tacitement, « zone ouverte », au grand dam des premiers exploitants.

Dès lors rien ne put résister aux candidats à la fortune. Chacun s’efforça de tirer profit de la situation. Les commerçants, surtout, s’en tiraient bien. Tous ces travailleurs devaient se nourrir, remplacer leur matériel, se distraire aussi. Ceux qui tirèrent le mieux leur épingle du jeu, selon Coudreau, furent les Bonis, maîtres du fleuve.

Ils étaient maîtres des rives, mais aussi et surtout maîtres des eaux.

Canotiers hors pair, ils connaissaient les moindres pièges des eaux souvent traîtresses. Ils n’hésitèrent pas à faire monter les tarifs jusqu’à atteindre des sommets vertigineux. Les orpailleurs étaient bien obligés d’en passer par là.

Coudreau nota ainsi que le baril coûtait 90 francs de transport. Le baril était l’unité de compte. Devenait baril: l’homme, le sac de voyage, le fusil, la dame-jeanne. À ce compte la tonne transportée revenait à 1000 francs sur un parcours d’environ 300 km. L’équivalent moderne ? Environ 4 000 euros. Rien de moins! Les orpailleurs estimaient à 500 000 francs la somme détenue par les Bonis, soit en pièces ; soit en « or natif ».

 
PLONGEZ AU CŒUR DU PATRIMOINE GUYANAIS
En 2008, France-Guyane lançait une nouvelle rubrique intitulée « Un nom, une histoire » . L’idée n’était pas alors de refaire l’histoire exhaustive de la Guyane, mais de zoomer, par touches successives sur des instants ou des destins, des évènements et des hommes, qui ont fait du pays ce qu’il est aujourd’hui. Plus de 250 chroniques quotidiennes ont été publiées par France-Guyane. Elles ont ensuite été éditées en trois tomes chronologiques, toujours en vente aujourd’hui en librairie, par les éditions Orphie. Chaque semaine, retrouvez des extraits de ces chroniques dans notre nouvel hebdomadaire et plongez ainsi dans l’histoire du péyi Guyane !
 


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