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CULTURE

René Maran, le premier Goncourt noir

FXG Jeudi 23 Septembre 2021 - 06h41
René Maran, le premier Goncourt noir

A l’occasion du centenaire du prix Goncourt de René Maran, Albin Michel réédite Batouala et France télévisions lui consacre un documentaire.

 Le 14 décembre 1921, l’académie Goncourt plaçait au coude à coude L'Épithalame de Jacques Chardonne et Batouala de René Maran. La voix du président du jury compte double et il a choisi Maran, faisant de cet inconnu le lauréat du prix Goncourt. Non seulement, il est inconnu, mais il est absent puisque retenu à son poste d’administrateur colonial en Oubangui-Chari (aujourd’hui le Tchad) et en plus il est Guyanais.



« C’est la première fois que les Noirs jouent et gagnent », écrit le Petit-Parisien. Voilà la polémique lancée…Ainsi démarre le film de Fabrice Gardel et Matthieu Weschler, intitulé René Maran, le premier Goncourt noir que diffuse France Télévision à l’occasion du centenaire de ce roman et de son prix. Pour narrer l’histoire ce Guyanais né le 5 novembre 1887 à Fort-de-France (où son père est administrateur colonial), les réalisateurs sont allés chercher une compatriote de l’écrivain en la personne de la comédienne Stana Roumillac.

Le petit René a quitté très tôt la Martinique pour suivre son père en Afrique équatoriale française où il va rester jusqu’à l’âge de 7 ans. Puis, c’est le pensionnat à Bordeaux et le petit lycée de Talence. On l’appelle Boule de suif, Chocolat, Café au lait, Boule neige.

« J’en lançais, j’en recevais », donne à entendre la voix de celui qui va vite tomber amoureux des mots. Il ne voit ses parents qu’une fois tous les deux ans et c’est un prof de latin qui va lui donner le goût d’écrire. « J’étais un implanté souffrant d’exil intérieur » … Au lycée Montaigne à Paris, il rencontre le jeune Félix Éboué avec lequel il jouera la finale 1905 du championnat de France de rugby. A 20 ans, il publie son premier recueil de poèmes et se lie avec le déjà écrivain Manoel Gahisto. Deux ans plus tard, le voilà fonctionnaire colonial à Fort-Archambault, aujourd’hui Sahr au sud du Tchad. Il y découvre, effaré, le comportement du colon blanc : alcool, sexe, déchéance et domination. Un comportement qu’il ne juge « pas à la hauteur de la France », selon Françoise Simasotchi-Brones, universitaire consultante dans le film comme Romuald Fonkoua et Daniel Maximin qui éclairent les questionnements de René Maran, « ce Noir représentant le pouvoir colonial ».


Il entame l’écriture de Batouala en 1912. Batouala, grand chef du pays banda, excellent guerrier et chef religieux se méfie de Bissibi'ngui un concurrent qui cherche à séduire sa favorite Yassigui'ndja. Alors qu’il est à la chasse Batouala se voit porter un coup fatal par une panthère. Il agonise longuement et assiste impuissant à la dilapidation de ses biens ainsi qu’au départ de sa favorite s’enfuyant avec Bissibi'ngui… René Maran met six ans à le finir, à le polir. Entretemps, la guerre de 14 a éclaté et il découvre ahuri la conscription de la force noire : « La France se déshonore en envoyant les tirailleurs au front » …

Batouala est publié en 1921. Ce sont ses dix pages de préface qui choquent, dix pages d’une critique acerbe de la colonisation qui anticipent ce que ne fera André Gide que six ans plus tard avec le « Voyage au Congo ». Maran questionne déjà les enjeux de la négritude.

Découvre les zoos humains à l’exposition coloniale, il écrit : « Il n’y a pas de blancs, il n’y a pas de noirs, il n’y a que des hommes égaux » …

Une posture qu’il gardera pendant l’occupation quand il refuse décrire pour les Allemands, quand il écrit au sujet des collabos : « 9/10e des gens de lettres s’apprêtent à devenir des esclaves bien payés. »

Après-guerre, Maran et sa femme se lient avec Ho Chi Minh, Césaire, Senghor... Il participe aux congres des écrivains noirs à Paris et à Rome. Car Maran est d’abord un écrivain. La polémique autour du prix Goncourt de Batouala a occulté le reste de son œuvre. C’est sans doute pour réparer cela que les auteurs du film sont allés chercher Amine Maalouf et Dany Laferrière de l’Académie française pour défendre leur confrère de l’académie Goncourt. « Car, conclut Dany Laferrière, un écrivain n’est pas noir, n’est pas blanc, c’est un écrivain ».

 
INFO
À voir jeudi 14 octobre à 18 heures en avant-première sur La1ere.fr, l'offre numérique Outre-mer de France Télévisions, sur France 3 à 23 h 45 dans la case La ligne bleue Outre-mer, et prochainement sur Culturebox et les chaînes 1ère.
 

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Vos commentaires

siage 23.09.2021

Il y a une rue René Maran à Cayenne qui porte aussi le nom de rue des Sapotilles sur d'autres plans.
Qui peut l'expliquer?

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