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Pour la première fois, les visages du bagne

Audrey VIRASSAMY Jeudi 23 janvier 2014

Pour Léon Collin, les bagnards prennent la pose, se confient. (Léon Collin)

La Ville de Saint-Laurent a fait l'acquisition de 125 photos de bagnards. Elles ont été prises entre l'île de Ré et la Guyane par Léon Collin, médecin à bord du Loire. Les clichés, pour certains inédits, s'accompagnent d'un manuscrit donnant la parole aux bagnards. Des documents d'une valeur historique inestimable.

Combien d'enfants ont rêvé de trouver des trésors dans les recoins d'une vieille maison familiale ? Philippe Collin, lui, l'a fait. L'an dernier, dans le grenier de ses parents, en Saône-et-Loire, il a ouvert des cartons ayant appartenu à son grand-père, Léon Collin. « Il était médecin des troupes coloniales et a fait beaucoup de recherches alors je pensais trouver des photos médicales. » Ce qu'il découvre est tout autre. « Il y avait près de mille plaques photos dont 150 des bagnes de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. »
Dans les cartons, Philippe Collin met également au jour deux documents écrits et illustrés « Fin de bagne en Nouvelle-Calédonie » et « Quatre ans chez les forçats » . Ce dernier - son premier écrit si on retrace la chronologie - est une série de portraits et de témoignages de bagnards. Du jamais vu.
DES MOTS TRÈS DURS
« A 26 ans, mon grand-père a été affecté sur le Loire, qui effectuait le transport des bagnards entre l'Île de Ré et la Guyane, parfois via l'Algérie, résume Philippe Collin. Il a effectué des traversées entre 1906 et 1911. C'est un garçon issu d'un milieu bourgeois, passionné de photo et au début, il est plutôt dans l'événementiel. Mais au fur et à mesure, il se rend compte de la souffrance de ces hommes et leur laisse la parole. Malgré la réserve due à son poste, je trouve qu'il a des mots très durs envers le système et les gardiens. »
Philippe Collin se souvient, notamment, d'une anecdote. « Après avoir assisté à une exécution capitale, il disait qu'il avait juste envie de hurler. Pourtant, il écrit que malgré tout, la peine capitale est mieux que ce qu'on fait subir aux bagnards. » Enfant, Philippe Collin n'a jamais parlé des bagnards avec son grand-père. Léon Collin est décédé à l'âge de 90 ans, alors que son petit-fils n'en avait que 10. Mais l'homme ne s'est pas, non plus, étendu sur cette partie de sa vie auprès du reste de sa famille. Aujourd'hui, ses plaques photographiques ont été données au musée Nicéphore-Niépce de Châlon-sur-Saône qui les a numérisées. Philippe Collin en a vendu les droits à la Ville de Saint-Laurent qui les exploitera, notamment, dans le Centre d'interprétation qui sera réalisé au camp de la Transportation. Le petit-fils de l'ancien médecin travaille aussi à l'édition des deux manuscrits retrouvés.
Pour Léon Collin, les bagnards prennent la pose, se confient. (Léon Collin) -
L'histoire derrière la photo
Cette photo, poignante, prise au camp de Charvein, est connue. À une époque de sa vie, Léon Collin l'a publiée dans Le petit journal illustré sous un faux nom. Mais ce n'est qu'en retrouvant ses écrits qu'on la comprend. « On sait que certains bagnards sont nus parce qu'ils n'ont qu'une seule tenue. Donc pour ne pas l'abîmer, ils vont travailler juste avec un petit pagne. Cette photo, elle, a été prise lors d'une visite médicale. On apprend que le médecin précédent a été tué par un détenu. Du coup, le nouveau médecin ne veut voir les bagnards que s'ils sont nus. Comme ils sont très faibles, ils s'entraident et se déshabillent les uns les autres. On apprend aussi que l'un des trois hommes par terre est décédé. » Cette photo, comme quelques-unes des Îles et des cellules, prouve que Léon Collin, outre ses traversées, a séjourné quelque temps en Guyane. « J'essaie de refaire son parcours avec ses feuilles de mutation » , explique son petit-fils. Mais la tâche est ardue. Et certains des secrets des bagnards ne seront sans doute jamais complètement mis au jour.

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