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D'Chimbo dit « Le Rongou »

Bernard MONTABO Mardi 03 juillet 2012
D'Chimbo dit « Le Rongou »

Voilà un individu qui laissa une trace durable dans les mémoires guyanaises.

PERSONNAGES CÉLÈBRES : ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ (2/6). L'affaire date de 1862, année de sa conclusion sur l'échafaud. Elle débuta en 1858.
Nous en trouvons trace dans le célèbre ouvrage de Bouyer, Voyage dans la Guyane française en 1862, et plus tard dans le récit d'un journaliste, Daniel Arnauld, paru dans le N° du 20 avril 1884 du Journal des Voyages, point trop loin encore de l'époque des événements qui troublèrent tant Cayenne.
Le journaliste précise en début de son article : « Aujourd'hui encore, lorsqu'une mère veut ramener à l'obéissance son enfant mutin, elle lui dit « Prend garde, je vais te donner au rongou! » »
C'est en 1858 que débarque ce « nègre trapu » recruté au Gabon et destiné à l'exploitation aurifère de l'Approuague. « Le caractère indomptable et malfaisant de l'Africain lui attira vite des peines disciplinaires » qui l'amenèrent devant le tribunal correctionnel. Condamné à trois mois de prison et cinq ans de surveillance, il s'évada. « Il se jeta dans la campagne, en en prenant en quelque sorte possession pour y exercer ses méfaits, de l'île entière à la pointe de laquelle a été bâti Cayenne. »
« Dans l'île de Cayenne les habitations sont éparses ça et là au plus profonds des fourrés. D'étroits sentiers laborieusement pratiqués dans les taillis les mettent en communication entre elles. Quelques grandes routes écartèlent l'île de leurs poudreux rubans, mais en fait ces routes sont parfois désertes sur de grandes étendues avec de rares piétons et de plus rares cavaliers, bordés de ces bois touffus qui offrent au malfaiteur une retraite assurée, comme pour le solliciter au crime. » Le décor est planté.
D'Chimbo sévira en toute impunité durant dix-sept mois au sein de ce labyrinthe incitatif.
Il ne s'agissait que de se procurer de quoi vivre en restant libre. L'esclavage était aboli depuis dix ans, mais le régime des travailleurs « engagés » ne différait guère de la situation précédente. L'évadé se nourrissait de rapines. Exaspérés les colons organisèrent des battues, mais D'Chimbo était un homme d'une force peu commune, résistant, il semait ses poursuivants et, en cas de rencontre, était assuré de sortir vainqueur des corps à corps éventuels.
En cas de danger trop pressant, un appel susceptible d'être entendu dans une maison proche, il adoptait une solution radicale qui le débarrassait de l'alerte définitivement.
La population s'en émut.
Le fait qu'il échappât à toutes les poursuites, même celle des Indiens, incitait à penser qu'il bénéficiait « d'une protection spéciale » , autrement dit, la sorcellerie avait à voir là-dedans.
Ce furent deux Noirs, Tranquille et Anguilay, de l'habitation La Folie qui le capturèrent, une nuit où ils le surprirent dans la cuisine.
Au terme d'un lutte sauvage le rebelle fut amené devant le commissaire de police où il se « vanta orgueilleusement de son identité » .
Aux assises, le président lui a demandé : « Dans ta tribu africaine l'homme qui tue, l'homme qui vole, que lui fait-on ? »
« On le tue » , répondit l'accusé.
Ce qui fut fait le 14 janvier 1862.

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