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La pandémie à New York : le danseur Olivier Médus témoigne

A.G. avec AFP Lundi 20 Avril 2020 - 08h53
La pandémie à New York : le danseur Olivier Médus témoigne
Olivier Médus a intégré la troupe de danseurs du Metropolitan Opera l'année dernière - DR

Danseur professionnel au Metropolitan Opera depuis l’année dernière, Olivier Médus vit à New York la crise sanitaire du Covid-19. Entre ses entraînements à domicile et les cours qu’il donne en ligne à ses élèves de l’école de danse Alvin Ailey, il décrit son quotidien.

Comment vivez-vous cette crise sanitaire ?
C’est une situation très particulière car j’ai le sentiment de me retrouver au cœur d’une guerre et de me défendre contre un ennemi invisible. J’observe les mesures de confinement, de distanciation sociale et je ne sors qu’en cas de nécessité majeure. Devoir rester confiné n’est pas vraiment une découverte pour moi car, durant mon parcours professionnel, j’ai été amené à séjourner sur des bateaux pendant plusieurs mois : je devais alors me contenter d’une petite cabine. À plusieurs reprises, suite à des alertes à une épidémie à norovirus, nous avions dû y observer des mesures de distanciation sociale ainsi que des règles d’hygiène très strictes. Il nous était interdit de sortir dans les ports où nous accostions et nous n’avions pas le droit, entre autres, de nous servir nous-même à manger.
Finalement, on peut dire que j’ai été préparé à ce mode de vie ! Mais contrairement à aujourd’hui, il n’y avait pas de morts à déplorer…. Je suis très attristé de voir tous les jours augmenter le nombre de décès liés au Covid-19. Lorsque j’apprends que le virus a emporté certaines de mes connaissances, je le vis évidemment très mal…
New York est l’un des principaux foyers de l’épidémie de coronavirus aux Etats-Unis et vous vivez à Manhattan...
Oui, j’habite au cœur d’Harlem, juste à côté de l’hôpital qui s’occupe de patients Covid-19. D’ailleurs, je peux voir cet hôpital depuis ma fenêtre. J’entends, à toute heure, les sirènes des ambulances qui sillonnent l’avenue (…) Malgré cette situation alarmante, les mesures de confinement ne sont pas aussi strictes qu’en France. Je pense qu’il est difficile pour les New-Yorkais de prendre conscience de la dangerosité de ce virus…
Vu de l’extérieur, la situation à New York paraît préoccupante...
C’est surréaliste. Nous connaissons tous New York comme la ville qui ne dort jamais, rayonnante avec ses nombreux théâtres, pleine de vie et d’effervescence… La voir donc pour ainsi dire s’éteindre est quelque chose de très affligeant. Malgré l’image de puissance qu’elle véhicule, elle est l’une des villes les plus vulnérables du monde…
En France, la population soutient notamment les soignants en les applaudissant tous les soirs à 20 heures. Y a-t-il ce genre d'initiatives à New York ?
Tous les soirs à 19 heures, nous célébrons le courage dont font preuve les soignants face à cette pandémie sans précédent.
La pénurie de masques conduit de nombreux Guyanais à fabriquer des masques en tissus. Avez-vous ce problème de pénurie à New York ?
Les masques en tissu rassurent temporairement la population à New York. Il est très difficile de se procurer actuellement le N-95, le masque qui est aujourd’hui considéré comme protecteur. J’ai personnellement commencé le port du masque en janvier, suite au conseil d’un médecin qui a réalisé mon bilan de santé par rapport à un emploi sur un bateau.
Vous êtes professeur de danse à l’école Alvin Ailey. Comment gardez-vous le contact avec vos élèves pendant le confinement ?
Je leur donne des cours en ligne. Cela demande beaucoup de travail, car je dois enregistrer les vidéos et les rendre accessibles aux élèves. Nous n’avons pas toujours l’autorisation d’utiliser Zoom [service de téléconférence en ligne, ndlr], la plupart d’entre eux étant très jeunes. Je m’adapte progressivement à cette nouvelle façon de travailler.
A quoi ressemble votre quotidien à l’heure du confinement ?
Je me suis organisé un emploi du temps très strict : ce ne sont pas les vacances ! J’ai des heures d’échauffement, d’étirement, etc. Comme doit le faire tout danseur, je travaille à la maison pour la préparation de mes performances, de mes cours et de mes auditions. J’ai beaucoup de chance d’avoir un appartement confortable. J’évite autant que possible de discuter sur FaceTime ou au téléphone, sinon je passe la journée à être distrait. Par ailleurs, j’expérimente pas mal de nouvelles recettes de cuisine !
Que faites-vous de votre temps libre ?
Je regarde beaucoup de séries sur Netflix et je travaille à une de mes passions : l’édition de photos et de vidéos. Je continue la pratique du piano. Et je fais un peu de vélo, tout en observant les mesures de distanciation.
Si vous aviez un film, une série et un livre à conseiller, quels seraient-ils?
Récemment j’ai regardé la série télévisée Self Made: D’après la vie de Madam C.J Walker, sur Netflix . Comme roman, je conseillerais de lire ou relire Batouala, de René Maran, et comme film, je conseillerais Queen and Slim.
A plus de 3 000 kilomètres de la Guyane, comment gardez-vous le lien avec la famille, les amis en ces temps difficiles ?
Même avant la pandémie, je gardais le contact avec mes amis et ma famille en Guyane grâce à FaceTime, iMessage, Instagram ou WhatsApp. Je pense que la situation actuelle nous a encore rapprochés, mes amis de Guyane et moi. L’application Zoom nous a permis de nous retrouver à plusieurs. Dernièrement, j’ai eu l’occasion de participer à un « baccalauréat stop » avec eux. Ça détend et ça rajeunit…
Quel message aimeriez-vous transmettre aujourd'hui aux Guyanais ?
Continuez à pratiquer les mesures de distanciation. Vous avez énormément de chance d’être sur un territoire avec très peu de cas actifs. Vous serez très bientôt de l’autre côté de cette crise sanitaire. «Souplé, rété a zot Kaz » ! Le confinement est une excellente opportunité de réflexion et d’introspection. Profitez-en !
Quels sont vos projets après cette crise ?
Même s’il est difficile, vu le contexte, de se projeter dans un futur proche, il y aura bien un après Covid-19. Je reste donc confiant en l’avenir. Le retour de Porgy and Bess est prévu pour la saison 2021 et 2022 du Metropolitan Opera. D’autres opportunités se présenteront également.
 
Le premier Guyanais au Metropolitan Opera
En août 2019, à l’issue d’une audition opposant les meilleurs danseurs, Olivier Médus est sélectionné par la chorégraphe américaine Camille A. Brown dans la nouvelle production de Porgy and Bess. Il intègre ainsi la troupe de danseurs du Metropolitan Opera (MET), à New York. Le MET, considéré comme l'un des plus célèbres opéra du monde, peut accueillir jusqu’à 3.800 spectateurs. « C’est un rêve que je caressais depuis quelques années qui s’est réalisé… C’est pour moi un immense honneur d’avoir rejoint la compagnie la plus prestigieuse de New York et de faire partie des huit danseurs de cette nouvelle production qui a été la plus attendue et la plus ovationnée lors de notre saison 2019-2020. A chaque représentation, c’était un bonheur d’évoluer au sein de cette magnifique distribution composée uniquement de Noirs. J’étais le seul Français à faire partie de ces 90 chanteurs, danseurs et acteurs, et le premier danseur guyanais à évoluer dans cette production et sur cette scène. »
Cet opéra permet à Olivier de faire ses débuts dans les salles de cinéma. Le 1er février, Porgy and Bes a été retransmis en direct depuis le Met de New York dans plus de 80 pays, dont la France. Cet été, Olivier Médus doit embarquer sur le paquebot de croisière Norwegian Escape, pour s’y produire en tant que capitaine de danse du spectacle de Broadway After Midnight.
Camille A. Brown et les danseurs de Porgy and Bess - DR
  
Près de 15.000 décès liés au Covid-19 à New York
Avec près de 759.000 cas confirmés et près de 41.000 morts, les Etats-Unis sont le pays le plus touché au monde par l’épidémie de Covid-19. Selon le comptage en temps réel de l’université Johns Hopkins, qui fait référence, l’Etat de New York (près de 20 millions d’habitants) est l’Etat le plus contaminé, avec plus de 258.000 cas au 20 avril, à 8 heures. Ce chiffre représente presque le tiers de la contamination de l’ensemble du territoire. La ville de New York comptabilise à elle seule 138.700 contaminés et 14.451 décès. L’épidémie dans l’Etat de New York, épicentre américain, suit cependant une courbe descendante, une première depuis le début de l’épidémie qui risque d’alimenter la polémique entre Donald Trump et les gouverneurs des Etats sur le maintien des mesures de confinement. « Nous avons dépassé le point haut et toutes les indications à ce stade sont que nous sommes dans une phase descendante », a indiqué dimanche le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, lors de son point de presse quotidien consacré à l’épidémie. Mais alors que la pression pour relancer l’activité monte à travers les Etats-Unis, il a appelé à la prudence pour « ne pas compromettre » les progrès enregistrés. « La poursuite de cette descente dépendra de ce que nous ferons », a souligné Andrew Cuomo, qui a prolongé récemment les mesures de confinement dans son Etat, jusqu’au 15 mai.

Suivez l'évolution de l'épidémie en temps réel sur ce lien : https://bit.ly/2RTkqfY

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