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Culture / Portrait

Franky Amete, le tembe dans la peau

Samuel ZRALOS Vendredi 28 Août 2020 - 09h10
Franky Amete, le tembe dans la peau
Franky Amete, à la Charbonnière, Saint-Laurent, le 26 août 2020. - Samuel Zralos

 A 53 ans, le natif du Suriname est un digne représentant guyanais du tembe, comme peintre d'abord, comme sculpteur par la suite. 

 

 Franky Amete a le regard gentil et profond de celui qui réfléchit sans cesse. A l'instar de son art, il a grandi sur le Maroni, d'abord côté Suriname, puis en Guyane « après l'indépendance ». Avec, dès l'enfance, le tembe à ses côtés « grâce à plusieurs tontons qui étaient des grands maîtres ». C'est ensuite à Kourou qu'il continue son apprentissage, à l'atelier de l'association Libi na wan, auprès notamment d'Antoine Dinguiou, qu'il remplace quelques années plus tard comme formateur, avant de finir par ouvrir son propre atelier.
Entre tradition et modernité

Habitant depuis trois ans à Saint-Laurent du Maroni - « un retour aux sources » - l'artiste reste profondément attaché à la tradition d'un art qui est aussi un « un moyen de communication utilisé autrefois par les esclaves, grâce à des dessins qu'on retrouvait dans des chemins de terre ou sur des arbres ».

Une culture codée, «partie d'Afrique avec les esclaves », où chaque couleur, chaque forme, a une signification pour qui s'y penche et en connaît les références. Une culture dont Franky Amete se voit comme l'un des gardiens, qu'il s'efforce « de partager, de s'en faire le promoteur ». « En même temps, je fais de l'art contemporain, international », nuance immédiatement le quinquagénaire, conscient et plutôt fier de repousser sans cesse les limites de la tradition, de la « libérer » sans jamais s'en affranchir. « J'ai inventé le tembe en sable, depuis il y a eu des imitateurs », affirme-t-il, « j'ai travaillé avec des couleurs plus naturelles aussi, pas juste de la peinture et des couleurs premières ».

En ce moment, toujours avide d'innovations, il explore le tembe sur métal, poussé par la volonté que « les gens voient le tembe dans sa culture, mais aussi avec l'énergie qu'apporte la modernité ». Ces dernières années, Franky Amete a ainsi réalisé une pagaie géante de quatre mètres, agrandissant un objet traditionnel pour le rendre visible, ou encore une lampe cubique géante, exposée entre autres au Camp de la transportation, pour montrer que le tembe « a sa place dans n'importe quelle décoration ».
Préserver la nature

Le créateur a également intégré le recyclage de matériaux à ses œuvres, manifestation concrète de son évolution personnelle. « Mon art se politise, c'est moi qui me construit », commente-t-il, le regard sérieux derrière ses lunettes ovales, soulignant l'importance de préserver la nature et sa volonté de « participer à ce développement ».

Patiemment, un sourire teinté de fierté dans la voix, Franky Amete explique ainsi avoir récupéré de vieilles bâches de publicité et être actuellement en train de les transformer en tableaux. Une démarche qui s'intègre tant dans son côté contemporain que dans son parcours traditionnel, puisqu'il utilise depuis plusieurs années un maximum de pigments naturels, des terres colorées, en parallèle de peintures plus industrielles. Depuis cinq ans, le peintre n'utilise d'ailleurs presque plus de bois de Guyane, pour limiter son impact sur la forêt et « participer à la valeur du bois ». La plupart de ses tableaux sont désormais encadrés en palette. « Nous les artistes, on peut faire attention à la nature, ne garder le bois de Guyane que quand c'est obligatoire, pour les pagaies par exemple », justifie-t-il, même s'il admet volontiers que le coût élevé d'un cadre en bois local a influencé sa décision.
Rester positif...

En interview, cet homme au regard franc pèse ses mots, choisit ses expressions pour rester le plus sincère possible. Par sa voix, son sourire, il s'efforce de passer un message positif, comme dans son art. Volontairement, il choisit, dans ses couleurs et ses formes, « de représenter la solidarité, l'amitié... ». Pour combattre à sa manière la morosité du quotidien, il ne peint ou sculpte qu'exceptionnellement des émotions négatives, préférant se placer du côté de l'espoir.

Et ce, bien au delà des frontières guyanaises : « J'ai représenté la Guyane à la foire de Paris, exposé au Brésil, en France plusieurs fois, au Canada, à Bruxelles, en Jamaïque. Le public y découvre un art très très ancien ». En novembre, il part en Martinique deux semaines pour y décorer une pirogue Kanawa de douze mètres, fruit du travail d'un autre Guyanais, Gaëtan d'Awala, avant une nouvelle exposition au Camp de la transportation de Saint-Laurent du Maroni, en décembre.
...Et transmettre

Au delà des ventes ou même du regard du public, ces expositions sont pour Franky Amete autant de fenêtres ouvertes à destination des générations suivantes. Lui qui a enseigné des années son art et continue de former des écoliers, des groupes, des séniors aussi, trouve « très très importante cette transition, que les jeunes connaissent leur culture, surtout que c'est un art en voie de disparition ». Militant dans l'âme, il défend l'avenir avec la même passion que l'Olympique de Marseille, son club de coeur. Il rêve à voix haute d'une école de tembe, d'un art « intégré à l'éducation de tous » et en appelle au soutien public pour aider les jeunes créateurs, qui « abandonnent » souvent leur art, faute de financements.

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Vos commentaires

kiki973 29.08.2020
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L'idéal serait d'avoir son What's ap
merci France Guyane

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