• Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
CULTURE

Faire vivre l’art et l’exposition en s’adaptant au contexte sanitaire

M.L Dimanche 4 Octobre 2020 - 11h42
Faire vivre l’art et l’exposition en s’adaptant au contexte sanitaire

Dévoiler son travail d’artiste au grand public en période de coronavirus ? Garder un lien avec son public alors que les principaux lieux d’exposition demeurent fermés ? Fimin Sanou, artiste sculpteur d’origine burkinabe et installé depuis plusieurs années à Saint-Laurent du Maroni semble avoir trouvé la formule magique pour continuer à faire vivre son travail d’artiste et à satisfaire son public malgré les contraintes de la pandémie. Retour sur son exposition originale « midi-minuit » qui s’est tenue ce samedi 04 octobre à Saint-Laurent du Maroni.

 Habitué des expositions au camp de la transportation, les amateurs des bronzes réalisés par Firmin Sanou ont du cette fois se diriger dans le quartier de terre rouge à la sortie de St-Laurent. Plus précisément, c’est dans le jardin arboré de Christophe Ghandi, propriétaire du garage automobile de terre rouge que les amateurs d’art se sont retrouvés pour admirer les dernières créations de l’artiste. Une exposition dans un lieu ouvert et extérieur et une installation éphémère le temps d’une après-midi, ce nouveau format d’exposition tient compte des contraintes de la pandémie qui compliquent encore l’accueil du grand public.

« C’est un concept d’exposition nouveau pour moi. Pour s’adapter à la situation, nous avons réfléchi et avons dû proposer une nouvelle formule d’exposition. Nous avons espacé les œuvres, nous avons organisé un parcours dans le jardin, au grand air. La visite ressemble à une promenade. Comme cela nous accueillons le public en respectant les règles de distanciation sociales. Ce modèle est aussi convivial, on retrouve les amis et les visiteurs dans le jardin, finalement nous avons un petit peu réinventé le modèle de l’exposition artistique classique » explique Firmin, enthousiaste de retrouver son public et heureux du succès de l’événement après plusieurs semaines de préparation.
Des créations au carrefour de plusieurs inspirations
 Le jardin verdoyant sert donc d’écrin extérieur pour mettre en valeur les dernières créations de l’artiste. La technique n’a pas changé il s’agit toujours de de réalisation de moulage de bronze par la technique de la cire perdue que Firmin a pratiqué au Burkina Faso, son pays d’origine.


Mais au fil des œuvres exposées, les visiteurs se voient promenés au gré de diverses influences. L’inspiration africaine se retrouve dans ces grandes silhouettes de bronze allongées représentant tantôt une femme et son enfant, tantôt une guerrière ou une femme des champs : « Ces personnages reflètent l’image du Burkina » abonde Firmin qui accompagne la déambulation des visiteurs.

A côté de cet univers, la réalisation de sculptures de bronze à partir d’éléments provenant de la nature guyanaise ancre le travail de l’artiste dans son environnement amazonien : « En ce moment, j’ai ressenti une forte inspiration à partir des choses qui m’entourent. J’ai utilisé des fruits de l’Amazonie pour réaliser certaines de mes sculptures, c’est le cas pour la coque de Maripa que j’ai réalisé en bronze » explique le sculpteur aux visiteurs qui admirent cette œuvre monumentale.


L’origine de cette influence amazonienne est également à chercher dans les conditions dans lesquelles l’artiste a dû travailler ces derniers mois : « Ces derniers temps, j’ai eu beaucoup de mal à me procurer mon matériau de base pour réaliser toutes mes sculptures : la cire. Il a fallu la faire venir depuis le Burkina, ça n’a pas toujours été facile alors j’ai appliqué une autre technique. Plutôt que réaliser un modèle en cire, j’ai pris des objets ou des éléments naturels tels qu’ils sont et je les ai utilisés pour faire mes moules en argile puis mes sculptures en bronze. Avec cette technique je n’ai pas besoin de cire et j’ai pu explorer de nouvelles formes de créations artistiques et avoir de nouvelles idées, ça a été très bénéfique pour mon travail ».
Un travail artistique ancré dans l’actualité
 De nouvelles idées et un regard artistique portée sur nos vies et les bouleversements qu’a provoqué l’épidémie de Covid 19 sur celles-ci. Au détour de la déambulation, une œuvre interpelle les visiteurs, elle représente deux masques chirurgicaux en bronze associés avec une muselière : « Cet objet marque nos vies aujourd’hui, c’est devenu notre objet le plus quotidien, il faut donc l’évoquer, moi en tant qu’artiste je n’ai pas voulu passer à côté. Ces masques réalisés en bronze sont les témoins de notre époque et de ce que nous sommes en train de vivre. On espère qu’un jour on sortira de tout cela, qu’on oubliera les masques. Mes sculptures seront juste un témoignage, pour nos enfants, de la manière dont nous avons du vivre avec le virus. Je veux conserver une trace de ces masques dans mes sculptures en bronze car j’espère qu’ils vont vite pouvoir disparaître de nos vies, donc le message est plutôt un message d’espoir ! ».


Un artiste créateur et passeur de savoir-faire
 Enfin, l’exposition se termine sur la présentation de pièces de bronze réalisées par les amateurs accueillis en stage dans l’atelier de Firmin Sanou qui se définit lui-même comme un artiste sculpteur mais également comme le passeur d’un savoir-faire artistique ancestral : « J’aime partager le savoir que l’on m’a transmis avec les autres. Lorsque j’accueille des gens en stage, je leur transmets quelque chose, ce que je sais, mais c’est aussi l’occasion d’apprendre des choses d’eux. Ici en Guyane il y a des cultures fortes, j’ai toujours envie de me nourrir de cela. Moi je leur donne mais eux aussi m’apporte beaucoup. C’est une source d’inspiration supplémentaire ».

Au cœur de l’après-midi, et entre l’accueil des amis et des visiteurs, l’artiste se confie sur le succès de cette exposition : « Au début, nous avons prévu cette exposition parce que Christophe m’a proposé d’installer mes œuvres dans son jardin. Aujourd’hui, je me rends compte que nous avons réussi à faire une belle exposition malgré toutes les difficultés du Covid. Les gens sont heureux de se retrouver ici et moi je suis heureux de pouvoir leur montrer mon travail. On dirait que tout cela est simple mais nous avons un petit peu déplacé des montagnes pour que cela soit possible ».

L’art malgré tout, l’art pour sortir de nos angoisses et de nos peurs. L’art pour se retrouver, le pari semble réussi.


Pour en savoir plus :

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
Sur le même thème
A la une
2 commentaires
1 commentaire