Il y avait du monde au balcon, hier après-midi au coeur de la cité Copaya. Aline et ses copines ont installé leurs chaises aux premières loges, au pied du bâtiment B et face à la scène qui a été spécialement montée pour la fête du quartier. Et, accessoirement, pour la visite du secrétaire d'État au Logement, Benoist Apparu. « On m'a dit qu'un ministre venait aujourd'hui » , lâche Aline, pas vraiment sûre d'elle. À quelques minutes de l'arrivée de l'intéressé, les sourires sont de sortie. Et pour cause, le projet de rénovation de la cité a bel et bien démarré (lire ci-contre). « La mairie a envoyé des courriers pour nous dire que dans deux ou trois ans, on aurait un nouveau logement » , explique la jeune fille, en indiquant de la main l'emplacement des futurs bâtiments. « On espère qu'il y aura de la place pour tout le monde » , ajoute, plus sceptique, une autre habitante de l'immeuble. « Projet unique »
Arrive enfin le ministre. Qui prend le temps de distribuer quelques louches aux petits et aux grands, avant de rejoindre la scène où Jean-Pierre Roumillac a déjà le micro en mains : « Ce projet unique dans les Doms-Toms [...] permettra de briser l'isolement et de faciliter l'intégration » , entame d'entrée le maire de la commune. « Cela va créer une nouvelle dynamique » , même si, dit-il « il nous manque encore des moyens » . Un peu à l'écart, assis à l'ombre d'un mur salement taggé, Antonio et Stanley suivent vaguement les débats. Alors les jeunes, ça fait quoi de voir un ministre dans votre cité ? « Ils viennent pas souvent dans les ghettos. Ici, c'est Copaya City. On est plus habitués à voir les gendarmes » , fanfaronne le plus jeune des deux, du haut de ses 1,20 m. « Ils préparent déjà les élections de 2012 » , ose l'autre pendant que Benoist Apparu prend la parole sur l'estrade. Selon le ministre, si le quartier est ce qu'il est aujourd'hui : « C'est à cause d'un défaut d'entretien, et même de conception. Les bâtiments ont été mal conçus, et n'ont pas été construits en fonction des habitants. Et si c'est possible de rénover le quartier, précise-t-il, c'est parce qu'on a fermé la SA HLM et qu'on a transféré son patrimoine à la Semsamar, qui a pu relancer le chantier » . Puis le compte à rebours est lancé. Et les deux engins de démolition, qui avaient préalablement répété leur chorégraphie, s'attaquent au bâtiment 8. Pour la forme. Le temps d'épater l'assemblée et de remballer aussitôt, afin d'éviter qu'un nuage de poussière envahisse le quartier.
Alourde vit depuis dix ans à la cité Copaya. (GA)- 71,7 millions d'euros investis
Créé en 1987, le quartier, qui compte 240 logements, sera entièrement rénové. Les travaux ont débuté il y a un peu plus d'un mois et prévoient la construction de 293 nouveaux logements. Benoist Apparu a annoncé hier que 71,7 millions d'euros seraient investis dans ce projet qui sera étalé sur cinq ans.
- « Qui peut accepter de vivre ici ? »
Les pieds à peine posés dans ce petit F4 du bâtiment B, des odeurs d'humidité et moisissure exhalent. De pièce en pièce, on découvre l'insalubrité impressionnante des lieux qui, selon la locataire, étaient déjà en mauvais état à son arrivée, il y a dix ans.
Une porte est à terre. Les autres ne tiennent que partiellement, rongées par l'eau des inondations. Des débordements récurrents qui empêchent toute utilisation de la salle de bain et des toilettes. La maman nous montre le petit seau qui fait office de douche. Les murs menacent de s'écrouler. Les trous causés par les dégâts des eaux sont dangereusement localisés au niveau des prises électriques. Sur un mur, une banderole : « Dieu nous protège » , quelques mots gribouillés par les enfants de la maison.
Dans la cuisine, le spectacle ne s'améliore pas. Alourde, 56 ans, s'exclame, les larmes aux yeux : « Regardez, regardez!
C'est une catastrophe! » La robinetterie ne tient qu'à un fil. Le plafond est plein de fissures, juste au-dessus de la table à manger : « Des vers de terre sortent de ce trou » , nous raconte la locataire, l'air dépité. Des pians s'échappent d'une autre fissure, maladroitement bouchée par un vieux jean.
« J'ai beaucoup supporté. Je ne voulais pas de désordre. Mais qui peut accepter ça ? » , déplore la mère de famille qui depuis quelques années a tenté de communiquer le problème : « On nous a promis de venir, mais personne n'est venu. »
Il y a quelques mois, elle a été informée par courrier de la démolition des bâtiments, et de son relogement d'ici deux à trois ans. En attendant, les autorités garantissent que « le plus urgent » devrait être amélioré. Mais tout n'est-il pas urgent ? « Tout problèm gen roun solisyon » , conclut Alourde.