Rodolphe Alexandre prépare-t-il les législatives ?
Kerwin ALCIDE
France-Guyane
16.11.2011
Rodolphe Alexandre a quasiment tout gagné depuis son éviction du Parti socialiste guyanais : municipales, consultation populaire et régionales. (photo d'archives)
La récente sortie du président de Région sur l'orpaillage illégal et encore plus sa façon d'occuper l'espace médiatique laisse supposer qu'il s'apprête à partir en campagne. En ligne de mire, les prochaines législatives.
Quelles sont les véritables ambitions de Rodolphe Alexandre ? Voilà la question qui occupe actuellement le microcosme politique guyanais depuis la récente sortie du président de Région à l'encontre des orpailleurs brésiliens. Une prise de position jugée tardive pour les uns, opportune pour les autres. Et pour cause, en septembre, avant de partir au Brésil pour évoquer la ratification de l'accord sur l'orpaillage clandestin, Jean-Étienne Antoinette avait suggéré « plus de fermeté face au gouvernement brésilien » . Une déclaration qui n'avait pas trouvé d'écho au Conseil régional, en tout cas pas avant le drame de Paul-Isnard. La semaine dernière, Rodolphe Alexandre regrettait « l'inertie des pouvoirs publics brésiliens face au pillage en règle du sous-sol guyanais » . Cette sortie virulente du président de Région vise-t-elle à occuper l'espace médiatique en vue des prochaines élections législatives ? Candidat naturel et longtemps préservé en vue de cette échéance importante, Boris Chong-Sit aurait semble-t-il jeté l'éponge, laissant ainsi le champ libre à un tout autre prétendant issu de Guyane 73. Et si le président de Région endossait le costard de candidat, lui, qui a quasiment tout gagné depuis son éviction du Parti socialiste guyanais : municipales, consultation populaire et régionales. Les résultats des cantonales ne lui ont pas été totalement favorables. En public, il n'a jamais évoqué une possible candidature aux législatives mais sa posture semble trahir ses ambitions. Et peut-être envisage-t-il de combler une lacune : la Guyane est le seul département d'Outre-mer à ne pas avoir un président de Région qui siège au parlement. Silence sur les primaires socialistes
Sauf que le président Alexandre doit gommer certaines aspérités de son discours qui troublent l'opinion publique. En début de semaine, sur le site de Mediapart, un blogueur estimait que « le premier handicap de ce président de Région est son inaudibilité. C'est un dialecticien difficilement compréhensible. En effet, se dire de gauche et porter des valeurs de droite, c'est construire un dialogue mono personnel où, en tant qu'interlocuteur de soi-même, on réfute à chaque fois sa propre opinion. » Effectivement, en privé comme en public, il se présente comme un homme de gauche. Une affirmation qui, dès le lendemain de l'élection présidentielle de 2007 et sa fameuse déclaration en faveur de Nicolas Sarkozy, laisse perplexe. Pour beaucoup, le président de Région affirme qu'il est encore de gauche « sans le démontrer » . En décortiquant ses interventions, notamment pendant les primaires socialistes qui ont connu un succès populaire, on constate qu'il ne s'est jamais positionné. À l'inverse d'autres élus de gauche. Mais en même temps, il a salué chaleureusement la nomination de David Douillet au poste de ministre des Sports, dans un gouvernement de droite. Et à six mois de l'échéance présidentielle, Rodolphe Alexandre laisse déjà entendre qu'il votera en faveur de l'actuel président de la République, comme en 2007. Une intention qui ne peut surprendre tellement les liens entre les deux hommes sont forts et publiquement affichés. On le disait sarko-compatible, il s'est peut-être laissé enfermer dans un « sarkophage » politique ?