Retrouvailles entre un père et son fils
A.V.
France-Guyane
27.02.2010
Wladimir est sorti indemne de la catastrophe et a été hébergé avec sa mère chez des religieuses.
Peu de temps après le séisme en Haïti, Michelet Simon racontait dans nos colonnes son espoir de retrouver son fils Wladimir. Vendredi, l'enfant a pu venir en Guyane. Récit de ces retrouvailles.
Un père qui attend son fils à l'aéroport. La scène pourrait être normale. Dans le cas de Michelet Simon, non. La venue de son fils est pour ce père de 37 ans l'aboutissement d'une longue période de recherches et de doutes. Petit retour en arrière. On est le 12 janvier. Haïti vient de vivre l'une des pires catastrophes de son histoire, le séisme qui, selon les derniers rapports auraient fait plus de 220 000 victimes. Michelet Simon, arrivé en Guyane à l'âge de six ans regarde avec horreur les images de son pays natal. Et l'angoisse commence pour lui. Car à Port-au-Prince vit Wladimir, son fils de dix ans. « Il vivait avec sa mère, explique Michelet. Je m'occupais de lui, je l'appelais. » Pourtant, il n'était pas forcément question de faire déménager Wladimir à ce moment-là. « Je voulais qu'il reste là-bas, reconnaît le père du gamin. Il était scolarisé à Port-au-Prince et je pense que si tous ceux qui peuvent contribuer au développement d'Haïti s'en vont, le pays n'avancera jamais. » Michelet, lui-même, confie vouloir retourner là-bas « mais quand je serai Français, parce que là-bas, les Français sont mieux traités que les Haïtiens eux-mêmes. » Regroupement familial
Mais le séisme change tout et Michelet veut désormais faire venir son fils en Guyane. Pourtant, dans les premiers jours, le père effondré n'arrive à avoir aucune nouvelle de l'enfant. Il s'épanche dans nos colonnes, raconte sa souffrance (Lire notre édition du mercredi 20 janvier). Peu après, il parvient à localiser Wladimir, hébergé avec sa mère chez des religieuses. Mais entre-temps, son témoignage a alerté certaines personnalités locales. Dont cette élue - qui refuse d'être citée - qui lui apportera son secours en passant des coups de fils à l'ambassade de France, en sollicitant un journaliste parti là-bas. Michelet fait également appel au préfet de Guyane, lequel lui promet de porter une attention particulière à son cas. L'affaire n'est finalement pas difficile à mener dans la mesure où la femme de Michelet possède l'autorité parentale sur Wladimir et que la mère de l'enfant, selon les dires de Michelet, part vivre au Canada. Tous les papiers sont en ordre pour un regroupement familial et la semaine suivant la reprise des vols commerciaux entre Haïti et le reste du monde, le père et son fils peuvent être réunis. Rencontre silencieuse
Alors que le panneau lumineux annonce l'arrivée du vol dans les minutes qui suivent, Michelet est tout sourire. « Mes autres enfants ici ont hâte de voir Wladimir, surtout ma fille aînée. Elle a 8 ans et ils se parlent souvent au téléphone. » Mais Lauryne n'a pas pu venir ce soir-là. Alors Michelet attend, avec Guy, un ami. On appelle le père, pour qu'il vienne récupérer l'enfant qui voyage seul. Embrassades. Regards. Sourires. Peu de mots sont échangés. L'émotion sans doute. La fatigue aussi. Wladimir pose un regard fatigué sur tout ce qui l'entoure. Michelet, lui, ne le quitte pas des yeux. L'un et l'autre certainement beaucoup à se dire. Mais là aussi il faudra du temps.
Michelet était sans nouvelles de son fils Wladimir plusieurs jours après le séisme en Haïti. Depuis vendredi, le père et le fils sont réunis en Guyane (AV)
Michelet vivra avec Wladimir en Guyane, désormais sa seconde patrie.