RÉGIONALES 2010 : La gauche livrée aux dures réalités des alliances
Kerwin ALCIDE
France-Guyane
16.03.2010
Arrivé en deuxième position, mais en tête des partis de gauche, Walwari de Christiane Taubira négocie depuis dimanche avec les autres partis qui sont autorisés à fusionner (HG)
Dès dimanche soir, les listes de gauche ont entamé les discussions afin de reprendre la campagne au plus vite. Mais les négociations ont duré plus que prévu car on bute sur les conditions. En face, Guyane 73 reste immuable...
Hier soir, rien n'était définitif. Rien à part le fait que Guyane 73 entend déposer aujourd'hui la même liste qu'au premier tour, laissant le soin aux autres de faire « leur salade » . Une salade qui a occupé au moins cinq listes tout au long de la journée d'hier. Sans pourtant aboutir avant la tombée de la nuit. Pourtant, dès les résultats connus, les premiers coups de fil ont retenti dans les permanences susceptibles de fusionner. Et les discussions ont repris à l'aube car la nouvelle liste doit être déposée en préfecture avant 18 heures aujourd'hui. « Nous allons sortir un communiqué demain, (Ndlr : aujourd'hui) » , a confié laconiquement la députée Chantal Berthelot. L'Ageg devra ainsi faire connaître sa position dans la journée, qui sera sans aucun doute un soutien à la liste conduite par Christiane Taubira et Fabien Canavy. Reste à connaître les détails, mais rien n'exclut un soutien franc, sans conditions.
- Guyane écologie veut garder son âme
Au sein de Guyane écologie, on a poursuivi les discussions tout au long de la journée d'hier. La tête de liste José Gaillou n'a pas pris part aux négociations : « Je n'ai pas de pression. Je ne veux pas être élu pour être élu » , annonce le deuxième vice-président sortant de la Région Guyane. « Les régionales ne sont pas une finalité mais un prétexte » , explique-t-il, prêt à poursuivre le travail avec Guyane écologie dans les semaines qui viennent. Mais dans l'immédiat, il reconnaît qu'il y a eu « un appel pour créer un front de gauche afin de lutter contre ce déni de démocratie lancé par Nicolas Sarkozy » . José Gaillou voit en Rodolphe Alexandre juste un élément utilisé par le président de la République pour relancer l'UMP en Guyane, et y instaurer son « sarkozysme » comme la Chiraquie en son temps. En ce qui concerne ces négociations, José Gaillou prévient que Guyane écologie ne veut pas perdre son âme : « Nous ne comptons pas vendre notre vision du développement durable, ni notre position sur l'or » . À maintes reprises, la question de l'orpaillage a été évoquée par la tête de liste qui souhaite que Guyane écologie garde « sa liberté d'expression, et d'action » dans le cadre d'une « alliance de travail dans l'intérêt de la Guyane » .
- Le PSG tergiverse
Au Parti socialiste guyanais, habitué à être en position de force, les discussions en interne et avec la liste de Christiane Taubira ont duré. Principal point d'achoppement : le nombre de transfuges et surtout leur personnalité. Toutefois au PSG, ce n'est pas les bras ouverts qu'on accueille cette alliance « historique » tant les deux partis se sont opposés farouchement par le passé. Dernière candidate à une fusion, Joëlle Prévot-Madère qui arrive en troisième position de ce premier tour : « Il n'y a aucune impossibilité que notre projet puisse être porté par d'autres » , explique- t-elle, regrettant toutefois de ne pas avoir atteint les fameux 10%, synonymes d'un deuxième tour assuré. Elle y sera finalement mais avec qui ? Pendant de longues heures hier matin, les colistiers de Joëlle Prévot-Madère ont évoqué la possibilité d'une fusion : « Il y a des pro-Taubira, des pro-Rodolphe » , lâche l'un d'eux. Sauf que Rodolphe Alexandre entend se présenter dans la même configuration qu'au premier tour. Reste la voie Taubira. « Je dois encore passer des coups de fil et nous continuons de réfléchir » , confie Joëlle Prévot-Madère qui s'apprêtait hier à passer une nouvelle nuit blanche.
Les partis politiques en déliquescence
Le délitement des partis politiques se poursuit inexorablement. Le scrutin de dimanche en est encore une preuve flagrante si l'on n'avait pas compris les messages précédents. Les partis politiques ont eu beaucoup de mal à passer ce premier tour, laissant le champ libre aux associations et jeunes mouvements. Les Forces démocratiques de Guyane, qui du temps de Georges Othily jouaient les premiers rôles politiques dans le département, sont obligés de se rhabiller dès le premier round. Les régionales avaient toujours été le principal objectif de ce parti qui quitte ainsi le Conseil régional alors que les gros dossiers comme l'arrivée de la nouvelle collectivité s'annoncent. Gil Horth, tête de liste, paie peut-être chèrement ses positions lors des consultations populaires mais aussi son alliance aux municipales avec Rodolphe Alexandre. Autre parti à gicler de la scène politique et notamment du Conseil régional, c'est le PSG. Pour mémoire, le Parti socialiste guyanais, d'abord par Georges Othily puis avec Antoine Karam, a toujours tenu cette collectivité depuis sa création en 1983. Vingt-sept années de suprématie conclues par un petit score dimanche : 6,16%. L'héritage était peut-être trop lourd pour Gabriel Serville qui débarque à peine dans ce parti politique historique. En tout cas, la seule constance dans ce scrutin régional reste la performance de la Fédération du Parti socialiste de Léon Jean- Baptiste-Edouard qui perd toutefois un peu de terrain, passant de 1,96% en 2004 à 1% dimanche. Il fait moitié moins de voix. Par ailleurs, si Fabienne Mathurin-Brouard et Gilbert Fossé, respectivement maire de Saint-Georges et de Papaïchton, ont reçu de la part de leurs administrés un sérieux avertissement, il convient de parler de tacle sévère en ce qui concerne le sénateur- maire de Kourou.
Élu en 2004 sur la liste de Walwari, Jean-Étienne Antoinette demeure l'une des figures de proue de ce parti politique. Il n'était pas candidat à ces régionales mais a fait campagne en faveur de la liste conduite par Christiane Taubira. Et pourtant, à Kourou, Rodolphe Alexandre a joué comme à domicile prenant à lui seul près de la moitié des suffrages exprimés. Une donne importante pour le second tour quand on sait que le premier magistrat de Cayenne est idéalement placé dans les autres grandes villes comme Rémire-Montjoly, Matoury. Et aussi chez lui à Cayenne. Puis ce coup dur enregistré par Jean-Étienne Antoinette pourrait donner des idées à certains pour les prochaines municipales.