Texte
imprimer envoyer l'article commentaires (7) fils RSS partager Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn

LE FAIT DU JOUR

Orpaillage clandestin : une guerre perdue d'avance ?

Sébastien ROSELÉ France-Guyane 14.01.2012

Puits sur un site d'orpaillage clandestin démantelé en novembre (photos d'archives)

Nicolas Sarkozy revient chez nous la semaine prochaine, lui qui a lancé l'opération Harpie voici bientôt quatre ans. Si l'orpaillage clandestin semble désormais contenu, on est très loin de l'éradication totale. Alors, Harpie est-elle une guerre perdue d'avance ?

Personne ne se risquera à se prononcer défavorablement sur Harpie publiquement. Surtout à quelques jours de la venue du président de la République. Pourtant, les résultats obtenus en matière de lutte contre l'orpaillage clandestin sont loin de faire l'unanimité chez les militaires et les fonctionnaires. L'un d'eux se demande quel objectif on poursuit réellement. « Si c'est la saisie d'or pur, on a perdu. Si c'est éradiquer le problème, on a perdu. Si c'est rendre la vie des orpailleurs illégaux plus difficile, on a réussi. Si c'est de se dire qu'il faudrait prendre le problème autrement, on n'est pas loin de le penser. »
Un autre baisse carrément les bras : « Il n'y a pas de solution contre l'orpaillage. Ou alors il faudrait tenir les frontières, réduire le territoire et multiplier par deux ou trois les soldats et les gendarmes. » Bref, pour lui, la guerre est perdue. Pour cet interlocuteur, il faudrait utiliser les militaires autrement, eux qui « ne sont pas employés comme ils devraient l'être. D'autant qu'ils sont demandeurs. Ils sont préparés et formés pour la forêt. » Option radicale. Mais pourquoi s'interdire d'y réfléchir ?
Un troisième s'étonne qu'il y ait aussi peu d'or saisi, que les enquêteurs ne demandaient pas aux orpailleurs arrêtés, jusqu'à il y a peu, où passait l'or. Et de conclure que certes, une baisse est constatée, « sauf que faute d'un inventaire fait au départ de la lutte, on ne sait pas vraiment de quoi on parle. »
Officiellement, une baisse est constatée. Enfin pas tout à fait. Le directeur du Parc amazonien de Guyane, Frédéric Mortier, explique qu'on est dans une phase de stagnation. « Dans les années 2000, on a eu une progression exponentielle des chantiers. Puis une stabilisation en 2009 et une diminution l'an dernier. Nous sommes actuellement à un palier [...]. Il doit nous amener à réfléchir sur notre activité de lutte contre l'orpaillage. » Un aveu à mots couverts de la nécessité d'un changement de stratégie ? « Pour moi, la guerre n'est pas perdue mais elle doit nécessiter un engagement dans la durée sans faille, et une perpétuelle remise en question pour progresser. »
Pour le colonel Didier Laumont, le patron des gendarmes guyanais, le but est d'éparpiller les orpailleurs, « de repousser l'adversaire plus loin » , de « l'asphyxier » en empêchant son alimentation en vivres et en carburant, « de lui maintenir la tête sous l'eau » . Pour continuer cet objectif, il faudrait que les militaires disposent de plus de moyens héliportés. En louant des hélicos privés par exemple. En tout cas, la guerre n'est pas perdue d'avance pour cet officier. « Mais il ne faut pas imaginer une victoire absolue. [...] On ne pourra pas empêcher quelques dizaines d'individus d'orpailler. Le problème, actuellement, c'est l'ampleur du phénomène. Le but, c'est de le réduire. »
Au cours du bilan 2011 d'Harpie présenté jeudi à la préfecture, le préfet, le général des forces armées en Guyane et le colonel Laumont ont vu dans l'agressivité des orpailleurs illégaux, toujours plus vive à l'égard des militaires et des gendarmes, le signe que la pression sur eux était de plus en plus forte.
Pour le préfet, en tout cas, « ce n'est pas une guerre perdue d'avance. Mais c'est une guerre incontestablement difficile à mener. »
LE FAIT DU JOUR - L'or illégal introuvable
Chantier illégal d'extraction d'or, à l'ouest de Petit Saut, en novembre.Chantier illégal d'extraction d'or, à l'ouest de Petit Saut, en novembre.
Ce n'est pas compliqué. D'un côté, on a la quantité d'or saisi par les soldats et les gendarmes. En 2011, ils ont confisqué un peu plus de 11 kg. De l'autre, on a la quantité estimée par les mêmes d'or produit illégalement en Guyane chaque année : 5 à 10 tonnes. Une quantité d'or dérisoire est donc saisie par rapport à tout ce qui circule. D'autant plus dérisoire, si on la rapporte aux 350 soldats et 220 gendarmes qui sont en permanence sur le terrain pour mener l'opération Harpie. Ce nombre peut même monter jusqu'à 900 pour les uns, 350 pour les autres. Pourtant dans leur ensemble, ils n'ont pas chômé. En 2011, ils ont mené un total de plus de 4 000 missions, arrêté plus de 2 000 étrangers en situation irrégulière et permis l'incarcération de 89 personnes. Et on ne parle pas des tonnes et des tonnes de matériel saisi. Mais très peu d'or a été retrouvé.
« C'est bien simple, soupire-ton du côté du tribunal, chaque interlocuteur à qui je pose la question de ce que devient l'or illégal extrait du sol guyanais me livre une réponse différente. » On parle d'hélicoptères ou de petits avions pour faire les levées d'or, de petites quantités apportées au fur et à mesure à l'étranger (souvent au Brésil) et de scénarios encore plus fantaisistes. Mais la vérité, c'est que personne ne sait où passe l'or et comment. Toujours du côté du tribunal, on s'étonne que la question ne soit pas systématiquement posée aux interpellés et qu'on n'y ait même jamais réfléchi. Le préfet Denis Labbé convient que cette faible quantité d'or saisie est problématique. « C'est là que le bât blesse. Cela montre qu'on n'a pas connaissance des circuits. » D'ailleurs jeudi à la préfecture, « le développement du renseignement » a été présenté comme « un objectif majeur » . Denis Labbé : « On est en train de reconstituer les organigrammes des orpailleurs. » Au bout de quatre ans d'Harpie, cela peut paraître étrange qu'on en soit encore à se demander comment sont organisés les garimpeiros.
LE FAIT DU JOUR - LEUR AVIS
GAUTHIER HORTH, président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane
En vingt ans, on n'a toujours pas réussi à juguler l'orpaillage clandestin. Quand le bilan d'Harpie est plus intense, c'est juste que l'activité des orpailleurs est plus intense. [...] Si l'on voulait vraiment lutter contre les clandestins, on aurait favorisé les opérateurs miniers légaux [...]. C'est la première fois que la préfecture accepte d'en parler [...]. Il faut une politique minière régionale [...]. L'État se fiche de l'exploitation minière, manifestement [...]. Certes, les méthodes de lutte contre l'orpaillage clandestin sont plus musclées au Brésil et au Suriname. Mais ce sont des États de droit et ils ont réussi à juguler l'exploitation illégale. [...] Il faut donc aussi travailler avec nos voisins car l'enjeu de la mine, c'est un enjeu social.
FRÉDÉRIC MORTIER, directeur du Parc amazonien de la Guyane
Il faut qu'il n'y ait aucun lien entre l'activité illégale et légale, ce qui est un préalable indispensable. Il est légitime que la Guyane et la nation profitent de l'exploitation des ressources. [...] L'élément déterminant est l'action diplomatique et judiciaire. [...] La prostitution des mineures (dans les villages de garimpeiros) préoccupe le Brésil, et peut être un levier de collaboration.
DENIS LABBÉ, préfet de la Guyane
Si on veut réinstaller des orpailleurs légaux sur des sites illégaux, il faut que ça se fasse dans des normes environnementales acceptables, et il faut que l'équipe mise en place soit en sécurité. La solution est peut-être dans le regroupement ?[...]. Si l'entreprise d'orpaillage légal n'est pas de taille suffisante, elle sera forcément menacée par les orpailleurs clandestins.
DIDIER LAUMONT, colonel et chef des gendarmes de Guyane
On travaille sur l'organisation criminelle et on espère avoir des résultats les prochains mois. Ça nécessite des enquêtes de longue haleine. [...] L'objectif est de faire juger et condamner à de longues peines ceux qu'on arrête. Longues peines, cela veut dire un peu plus que deux ou trois mois de prison.
LE FAIT DU JOUR - En chiffres
- Nombre de sites. 200 à 500 sites illégaux sur toute la Guyane selon la gendarmerie. Une vingtaine d'exploitations légales tournent en ce moment.
- Nombre de garimpeiros.
5 à 10 personnes, par site soit au moins 3 000 personnes auxquelles il faut ajouter toutes celles qui leur apportent un soutien logistique, soit un total d'au moins 5 000 personnes (estimation gendarmerie).
- Production. Les opérateurs miniers légaux ont produit en 2010 1,2 tonne d'or.
De manière générale, ils extraient entre 1 et 2 tonnes par an. Les illégaux en produisent 10 tonnes, voire plus.
- Saisies. Gendarmes et soldats ont saisi l'an dernier 11,71 kg d'or, 136 kg de mercure, 295 072 litres de carburants, 525 motopompes, 171 moteurs de bateaux, 164 armes, 279 pirogues, 174 quads et 74 autres véhicules.
Texte
imprimer envoyer l'article commentaires (7) fils RSS partager Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn

Vos commentaires

Titiane17.01.2012  recommander (0)

Le Surinam un État de droit avec à sa tête un président deux fois condamné en première instance et en appel. Tellement respectueux des États de droit, tellement respectueux de la justice qu'il ne s'est pas présenté à son procès au Pays-Bas. Et qui a pu vaquer tranquillement jusqu'aux Présidentielles au Surinam sans être inquiété.
Mais non, bien sûr, allons allons c'est encore un complot des Pays Bas et de la vieille Europe Mo bon kè to !


Répondre | Signaler au modérateur

El mitosito18.01.2012  recommander (0)

L'Europe l'exemple ultime de l'état de droit

Il est vrai que l'europe est l'exemple ultime de l'état de droit avec la France en premier lieu: impunité des personnalités politiques pour les abus de biens sociaux ou autres délits pendant leur mandat. Mais c'est mieux quand c'est un juge "impartial" qui donne un non lieu afin de ménager le pouvoir politique. Pays ou la police respecte ô combien les droits des citoyens (vole des scéllé, mort de suspect lors d'interpellation ou de garde à vue), ou les droits de l'homme sont respectés (multiple condamnation de la cour de justice européenne européenne pour les conditions de détentions en prison, ainsi que les conditions de reconduite à la frontière)... Implication des gouvernements européens dans de nombreux conflits inter ethniques en afrique: guerre du rwanda livraison d'arme de la grande bretagne et de la france au génocidaire! Monsieur Aristide responsable de meurtre dans son pays haïti, de détournement de fond public domicilié en france ne sera jamais inquiéter par la justice comme d'autre personnalité au passé pas toujours net... Donc veuillez ne pas donner de leçon à d'autres pays... Entre autre l'état de droit se réfère à un état ou des lois et une constitution existe et s'applique, l'ex dictateur à été élu par les urnes ne vous en déplaise si la justice de son pays ne fais pas son boulot eeh ben je dirai qu'il prenne l'exemple démocratique et vertueux de votre douce europe...


Répondre | Signaler au modérateur

El mitosito16.01.2012  recommander (0)

Etat de droit

Je renvoi Titiane à la définition de l'Etat de droit avant d'en nier l'existence chez nos voisins. Quand on es soumis à une criminalité sud-américaine, il faut bien comprendre que l'on ne peux pas avoir les mêmes normes qu'on Europe. Si vous faites allusions au traitement des personnes en infractions, que ça soit au matière de répression ou de complaisance des autorités, on peux prendre des exemple en france... Donc ne soignez pas trop prompt à émettre des jugements sur les autres Etats. Tout le monde ne peux se vanter d'être la nation des droits de l'homme tout en les bafouant à mainte occasion...


Répondre | Signaler au modérateur

benj7716.01.2012  recommander (0)

Personne apparemment perçoit...

l'humour sous-jacent derrière ces interrogations?
Oui, qu'est ce qu'il devient cet or? Comment se fait-il qu'on ne pose même pas la question?
Entre 1997 et 2000, en poste à Camopi, j'ai assisté une brigade de gendarmerie (comme interprète réquisitionné) qui, elle pratiquait régulièrement des saisies scrupuleusement mises sous scellés (je le sais: je devais les contresigner) dont certains pour des montants conséquents.
sa méthode était bonne et c'est sans doute pour cela qu'on en a changé


Répondre | Signaler au modérateur

Titiane15.01.2012  recommander (0)

Parler d'orpaillage illégal jugulé au Surinam est une plaisanterie. Parler d'État de droit au Brésil et au Surinam aussi...


Répondre | Signaler au modérateur

benj7716.01.2012  recommander (0)

C'est vrai que c'est assez "viril"

et pas très conforme à l'idée qu'on se fait de l'état de droit mais il y a fort peu d'orpaillage clandestin dans l'Amapa frontalier de la Guyane, alors que le sous-sol est au moins aussi riche.
Parce qu'on y risque cinq ans ferme après des arrestation des plus musclées (et n n'a pas intérêt à faire même semblant de braquer une arme sur un policier quand en Guyane on tire souvent sans hésiter ou on fracasse leur pirogue en l'abordant.
Sans aller jusque là (restons dans le cadre de l'état de droit) une répression sans faille - mais pour cela il faudrait 1000 places en détention - plus des enquêtes de fond pour démanteler les réseaux d'approvisionnement, plus de vraies recherches de l'or trouvé, cela inverserait la tendance à défaut de stopper l'hémorragie.


Répondre | Signaler au modérateur

Sabayo15.01.2012  recommander (0)

Help !

L'histoire nous a donné la charge d'un des joyaux écologiques de la planète, ayons le courage de reconnaître notre incompétence, sinon notre incapacité à l'assumer. Certes, la Guyane est un département français, mais la France est un pays européen. Si nous n'avons pas les moyens militaires et financiers de faire respecter l'ordre, la loi et les équilibres environnementaux dans notre pays, nous pouvons aussi demander l'aide de nos "voisins"...
http://www.demographie-responsable.org/


Répondre | Signaler au modérateur
Réagissez à cet article

Pas encore inscrit(e)? => Inscription express
Suivez nous également sur :
suivez France Guyane sur Facebook suivez France Guyane sur Twitter suivez France Guyane sur MSN Messenger

Newsletter :

Météo

25 mai 2012