One Love festival : le grand concert n'a pas fait que des heureux
NUBIANE & Pierre ROSSOVICH
France-Guyane
19.06.2009
Moudjahyz est déçu, mais il n'en veut pas à Florent Malouda. « L'organisation a simplement été défectueuse » (Nubiane)
Alors que la liesse était générale dans le public pendant les deux jours du festival, l'humeur était aux grincements de dents en coulisses pour les artistes locaux. Comme pour Moudjahyz et Nikko, qui n'ont finalement pas chanté.
Pour Moudjahyz, tout a commencé à l'aéroport. Comme d'autres, le jeune artiste guyanais a été invité par Florent Malouda pour participer au One Love festival, le week-end dernier à Kourou. Mais lorsqu'il arrive à Rochambeau, le lundi précédent, personne n'est là pour l'accueillir. « Flex Cible (jeune créateur de vêtement guyanais dont Florent Malouda et Jean-Claude Darcheville soutiennent la marque, NDLR) qui était dans le même avion que nous, a appelé son frère pour venir nous chercher » , raconte Moudjahyz dont le bagage a, en plus, été égaré. Pas de nouvelles non plus du lieu d'hébergement. Il faudra attendre deux jours. Et là, il se fait accueillir par une tenancière d'hôtel froissée, car quinze chambres vides attendaient les artistes depuis le lundi.
Moudjahyz ne figure pas sur la programmation du festival. « Mais Florent te veut » , rassure Flex Cible. Florent Malouda le lui confirme au téléphone. Le fameux jour de la prestation de Moudjayz - toujours sans bagage - arrive enfin. C'est le second jour du festival, le samedi 13 juin. Il est déjà 2 h 30 du matin quand un artiste jamaïquain - Fantan Mojah - passe sur scène pour une prestation impeccable au niveau du son. Suivent Kirk et I'Seal - deux artistes locaux - qui sont confrontés subitement à des problèmes de larsen et de micro. « J'ai trouvé ça bizarre et je suis monté sur scène pour dire à l'ingénieur du son qu'il y avait un problème et essayer de comprendre la différence de son entre les deux passages » , raconte Moudjahyz qui n'obtient aucune réponse. Moudjayz prend alors Florent Malouda à témoin qui lui répond : « Je sais, je vais essayer d'arranger ça » .
Mais le retard s'accumule sur le planning de passage. Et Universal Youth, Nikko et Moudjahyz, entre autres, ne passeront finalement pas. Blackwood se produira à 7 heures le dimanche matin, mais Djabar, le leader du groupe, dira sa façon de penser au micro.
Un autre spectacle s'offre à la vue de Moudjahyz : celui d'un village des artistes à ciel ouvert, sans bâche, pour protéger les artistes locaux de la pluie, alors que les artistes jamaïquains arrivent presque au pied de la scène dans de grosses voitures. Moudjahyz ne chantera pas par solidarité avec ceux qui n'ont pas pu le faire ce soir-là. À l'image de Nikko, arrivé à 18 heures le samedi, qui s'entend dire à 22 heures que sa prestation prévue à 1 heure est repoussée à 7 heures. « J'ai dit que cela n'était pas possible car un de mes musiciens, pompier, devait prendre le travail à 6 heures le dimanche. On m'a alors répondu que c'était ça ou rien [...] Je suis très déçu d'être traité ainsi alors que j'ai vingt ans d'expérience dans le métier. Nous avons travaillé dur pendant trois semaines pour ce concert. Nous avons fait venir des cuivres depuis Paris, tout ça pour rien » .
Moudjahyz ne chantera pas non plus par respect pour les musiciens du groupe Excellence. Ils devaient l'accompagner mais ils ont été invités à quitter leur loge pour laisser la place à une équipe venue de la Jamaïque. Comme Nikko, Moudjahyz est déçu, mais a été payé. Il n'en veut pas à Florent Malouda. « J'ai beaucoup de respect pour lui et je salue son initiative. L'organisation a simplement été défectueuse. »
Nubiane
Un énorme succès populaire
À travers ce festival, notre but était de promouvoir la culture guyanaise, là-dessus on ne peut qu'avoir des déceptions... » Jean-Philippe Malouda, frère de Florent, ne cherche pas à se défausser de ses responsabilités. Sur beaucoup de points, le One love festival a été une réussite et un énorme succès populaire. Mais un festival d'une telle ampleur ne s'organise pas au pied levé, même avec la meilleure volonté du monde et le plus gros budget qui soit (440 000 euros dont une bonne partie provenant de la poche de Florent Malouda). Le footballeur lui-même avait prévenu. La veille du lancement, lors d'une conférence de presse, il avait confié aux journalistes présents que le show avait été monté « rapidement » et que quelques ratés seraient inévitables. L'important était l'esprit, disait-il, résumé dans le nom du festival.
Mais gérer 70 artistes en deux jours ne s'improvise pas et requiert tout de même quelques compétences logistiques. « Le métier de mon frère est footballeur et pas organisateur » , reconnaît Jean-Philippe Malouda en présentant ses excuses aux artistes locaux. Ces derniers se sont sentis laissés pour compte à juste titre. Comment expliquer par exemple que l'on « libère » des loges occupées par un artiste - aussi local soit-il - pour en installer un autre, aussi international soit-il ? Comment expliquer que Wyclef Jean, qui devait chanter une heure, ait décidé de rester sur scène pendant près de trois heures, au détriment d'artistes guyanais ?
Pourtant 15 000 personnes, sur deux soirs, se sont déplacées à Kourou le week-end dernier. Et la satisfaction de voir toutes ces « stars internationales » l'a emporté sur la déception des artistes guyanais. Florent Malouda a voulu faire plaisir au public. Il a parfaitement réussi.
Pierre Rossovich
La veille du lancement, lors d'une conférence de presse, le footballeur avit confié que le show avait été monté "rapidement" et que quelques ratés seraient inévitables. /photo GA
One Love sur France Inter
L’émission Boulibaï Vibrations sur France Inter diffusera à minuit dans la nuit de samedi à dimanche une « spéciale one Love festival ». L’équipe de Boulabaï Vibrations avait promené son micro dans les coulisses du festival kouroucien du week-end dernier, recueillant les témoignages de nombreux artistes mais aussi de Florent Malouda.