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Nos sodas et yaourts plus sucrés que ceux vendus en France

F.-X. G. / S. B. France-Guyane 18.06.2011

Un yaourt vendu en Guyane sera plus sucré que son équivalent français (Henri Griffit)

Le député guadeloupéen Victorin Lurel et 102 parlementaires ont déposé une proposition de loi pour limiter le taux de sucre dans certains produits alimentaires vendus en Outre-mer.

Prenons deux pots de yaourt de la même marque. L'un acheté en Guyane (ou en Martinique, ou en Guadeloupe), l'autre en France hexagonale. Quelles sont les différences ? Le prix, probablement. Mais aussi, plus surprenant, le taux de sucre contenu dans chaque pot : celui de Guyane sera plus sucré que son homologue français (lire ci-contre). « Un enfant ultra-marin consommant un yaourt par jour recevra 16 kilo-calories de plus par jour qu'un enfant métropolitain, ce qui correspond à une prise de poids supplémentaire de 0,5 à 1 kilo par an » , indique le député de la Guadeloupe Victorin Lurel, soulignant les risques de surpoids et d'obésité. Avec 102 parlementaires, il a déposé un projet de loi pour que les produits vendus dans les régions d'Outre-mer ne contiennent pas plus de sucre que ceux de la même marque vendus en France.
Le problème se pose également avec les sodas vendus presque exclusivement en Outre-mer, tels que Kili Bibi, Tropi, Royal Soda, Soukous... Au contraire des grandes marques type Coca Cola, Pepsi ou Orangina, ces boissons n'indiquent pas sur leur étiquette leur teneur en sucre, ni leurs apports nutritionnels et caloriques. Elles « contiennent manifestement un taux de sucre excessif » , note Victorin Lurel. Là encore, le député demande que le ministère de la Santé fixe un taux de sucre maximal pour ces boissons.
Les industriels pointés du doigt
André Ho, directeur technique de la société Chung Fa, qui produit et distribue ces sodas dans le département (deux millions de bouteilles de soda « local » sont vendus chaque année en Guyane), est plutôt accommodant : « Aujourd'hui, ce n'est pas obligatoire d'afficher la teneur en sucre. Mais ce serait normal que ça le devienne, car le consommateur a le droit de savoir ce qu'il boit. » Lui aussi reconnaît que ses boissons sont plus sucrées qu'en Europe : « Cela fait plus de quatre décennies que nous sommes installés ici. Les populations de la Guyane et de la Caraïbe ont toujours aimé les produits sucrés. Nous avons adapté le taux de sucre au goût du consommateur. »
Ce goût du sucré, Victorin Lurel le reconnaît, « mais cela tend à créer des addictions au sucre » , explique-t-il. Un avis partagé par le docteur Philippe Bonnet, chef du service pédiatrie du Centre hospitalier de Cayenne et médecin référent du réseau Reppop (1) : « Le goût naturel pour les fruits sucrés a été dévié par les industriels pour produire des jus industriels trop sucrés. » Car dans cette affaire, ce sont bien les industriels qui sont pointés du doigt. Pour Victorin Lurel, ils « se contentent de répondre que les jeunes Outre-mer préfèrent les produits plus sucrés, et que s'ils devaient baisser la teneur en sucre de leur produit, ce sont leurs concurrents qui en bénéficieraient. »
Un enfant sur cinq en surpoids en Guyane
Bernard Boullanger, directeur de la Solam, qui produit en Guyane les produits de la marque Yoplait, Layo et Caresse guyanaise, s'adaptera à la loi si elle est votée. Il estime néanmoins que l'on se trompe de coupable : « Nos yaourts ont très peu de sucre en plus, ils sont surtout moins acides (qu'en France hexagonale, NDLR). Mais ça reste marginal, un produit annexe. Ce qui fait grossir, ce sont les trois-quatre sodas que l'on boit dans la journée, les barres chocolatées, les bonbons que l'on mange à toute heure... Pas le yaourt, un produit laitier, que l'on mange une fois par jour! »
Cette proposition de loi est inspirée des travaux du docteur André Atallah, cardiologue au Centre hospitalier de Basse-Terre (Guadeloupe), qui a mené une étude sur le surpoids et l'obésité dans les Dom. Les résultats sont inquiétants : 25% des enfants et adolescents des régions d'Outre-mer sont en surpoids, contre 18% en France hexagonale. Une surcharge pondérale que l'on retrouve à l'âge adulte : 55% des adultes sont obèses ou en surpoids aux Antilles-Guyane, contre 46% en France. Selon le docteur Bonnet, « un enfant sur cinq (en Guyane) est en surpoids, 6 à 7% des enfants sont obèses. » Cette tendance est en hausse (« de l'ordre de 2 à 3% par an » , selon lui). Pour ce professionnel de la santé, la proposition de loi de Lurel va dans le bon sens (lire ci-dessous).
(1) Réseau pour la prise en charge et la prévention de l'obésité pédiatrique (05 94 27 16 01)
- « La surconsommation de produits sucrés est l'un des premiers facteurs d'obésité »
Entretien avec le docteur Philippe Bonnet, chef du service pédiatrie au Centre hospitalier de Cayenne.
Victorin Lurel veut harmoniser la teneur en sucre des produits alimentaires vendus en Outre-mer avec celle des produits vendus en France. Est-ce une bonne chose ?
Selon moi, c'est une excellente proposition. La surconsommation de produits sucrés est l'un des premiers facteurs d'obésité. Et la Guyane n'échappe pas à cette « épidémie mondiale » . Il existe une espèce d'addiction au sucre créée par une consommation très précoce. Le surpoids et l'obésité sont imputables à un bouleversement des modes de vie, qui se traduit par un manque d'activité physique et par une trop grande consommation d'aliments riches en graisses et en sucres.
Sur les étiquettes de nombreux sodas, on ne trouve pas la teneur en sucre. Qu'en pensez-vous ?
Cela se heurte au travail que l'on fait tous les jours auprès des consommateurs pour les responsabiliser. Il faut que les industriels soient partie prenante de la lutte contre l'obésité. Pour le moment, ils n'intègrent pas forcément le fait que leur produit doit aussi être valorisé en termes de qualité nutritionnelle. C'est pourtant dans leur intérêt à long terme... de ne pas avoir des consommateurs diabétiques ou souffrant de maladies cardiovasculaires.
Quels conseils donnez-vous à vos patients pour éviter ces problèmes de surpoids ?
Manger pendant les repas, et non tout au long de la journée. La boisson du repas est l'eau. Les jus de fruits et sodas doivent rester des produits « pour l'occasion ? » , comme les anniversaires, les fêtes... Et puis, il faut s'en préoccuper assez tôt. Les problèmes de surpoids commencent chez les nourrissons, les jeunes enfants et font le lit des problèmes de surpoids chez l'adulte. Il faut inclure des activités physiques chez les enfants, privilégier la marche à pied plutôt que de prendre le bus, par exemple. On peut se faire conseiller.
- REPÈRES
Des produits plus sucrés
Lurel a cité comme exemple le yaourt Velouté fruix de Yoplait. Aux Antilles-Guyane, le pot de 125 g contient 20 g de glucides. Dans l'Hexagone, il en a 15,8 g. Le yaourt nature sucré, lui, va afficher 19,6 g de glucides aux Antilles-Guyane, 15,1 g à Paris.
La proposition de loi
Un article dispose qu'« aucun produit alimentaire de consommation courante destiné à être livré en l'état au consommateur final dans les régions d'Outre-mer ne peut contenir davantage de sucre que le même produit de même marque vendu en France hexagonale » . Un second propose un arrêté pour fixer « la teneur maximale en sucres des boissons non alcooliques et des spécialités laitières distribuées exclusivement dans les régions d'Outre-mer » .
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25 mai 2012