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Merci Seigneur gênée par son encombrant fondateur

Pierre-Yves CARLIER France-Guyane 10.02.2009

Depuis le 24 janvier, la radio Merci Seigneur n'émet plus (Henri Griffit)

Fin janvier, le CSA n'a pas renouvelé l'autorisation de diffusion de la radio. La décision n'est peut-être pas étrangère à la condamnation pour viol sur mineures du fondateur de ce mouvement évangélique.

Dans les studios du 124 de la rue Christophe-Colomb, à Cayenne, il n'y a plus personne derrière les micros d'enregistrement. La radio Merci Seigneur s'est tue le 24 janvier, sur décision du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Dans sa lettre, que l'association a reçue deux jours avant, l'autorité promet de donner ses explications. Le pasteur Jeanik Marie-Jeanne, responsable pour la Guyane, les attend toujours : « On peut imaginer tout un tas de choses. »
Tout un tas de choses, dont la condamnation du fondateur de Merci Seigneur, Johny Ravin, en mars 2008 à Fort-de-France. Il a écopé de dix-sept ans de réclusion criminelle pour des viols et agressions sexuelles sur des mineures.
Durant son procès, à huis clos, il aurait expliqué avoir « cédé aux avances des jeunes femmes par compassion » . S'il a reconnu les agressions sexuelles, il a nié les viols. Selon lui, les femmes étaient « consentantes » et « venaient le solliciter » . Il aurait même précisé qu'elles disaient de lui qu'il était « beau, sexy et doux » . A un avocat de la partie civile, il aurait lancé : « Je n'ai pas l'impression de vous avoir convaincu. »
Il aurait aussi défendu la théorie d'un complot fomenté par un membre de l'association désireux de prendre sa place. « Johny Ravin soutient que c'est un membre de l'association, celui auquel les filles se sont confiées, qui, voulant prendre sa place, aurait monté ce complot contre lui pour « charger la barque » . Johny Ravin a reconnu avoir fait certaines choses et il a demandé pardon pour cela » , précisait l'un de ses avocats à l'époque.
En mars 2008, son fondateur Johny Ravin a été condamné à dix-sept ans de réclusion criminelle pour viols sur mineures (dessin de Claire-Laura Flamand (France-Antilles)En mars 2008, son fondateur Johny Ravin a été condamné à dix-sept ans de réclusion criminelle pour viols sur mineures (dessin de Claire-Laura Flamand (France-Antilles)
Depuis, Merci Seigneur a renouvelé son bureau et s'est élu un nouveau président en décembre. Le mouvement cherche à se défaire des liens entretenus avec son fondateur. « Nous condamnons l'action de Johny Ravin, parce qu'elle est condamnable. Nous voulons nous en distinguer » , lance Richard Reivax, fondateur de la branche guyanaise de Merci Seigneur, en 1989. Aujourd'hui, il est redevenu pasteur en Martinique.
Preuve que l'association veut continuer de vivre, elle fait toujours fonctionner sa ligne téléphonique SOS Détresse, 24 heures/24, 7 jours/7. Alors que le mouvement comptait quatre églises à Cayenne, Kourou, Sinnamary et Matoury, une cinquième a ouvert à Saint-Laurent, alors que Johny Ravin était déjà incarcéré. En revanche, les fidèles ont pris la fuite. « Nous étions 300 en Guyane à l'époque (de la mise en cause de Johny Ravin). Aujourd'hui, ça a diminué de moitié » , précise Jeanik Marie-Jeanne.
Comme les autres membres de l'association, il affirme avoir découvert les accusations portées contre le fondateur, ainsi que son patrimoine, « dans la presse » et « lors du procès » . A ceux qui suspectent SOS Détresse de faire du prosélytisme pour le culte, il répond que « c'est faux. Si la personne vient pour un désir spirituel, nous lui proposons la prière. Mais si elle vient pour un autre problème, parce qu'elle n'a pas de logement ou de nourriture, nous la dirigeons vers les organismes qui s'en chargent. »
Pour la radio, un recours sera intenté. « Nous faisons des démarches pour cela » , précise Richard Reivax. Dissoudre l'association et en créer une autre, pour faire oublier les liens avec son fondateur « a été évoqué, mais le débat n'est pas tranché » , poursuit Jeanik Marie-Jeanne. Richard Reivax assure même qu'il tente de se rapprocher de fédérations évangéliques reconnues, pour lever les soupçons : « Nous avons coupé avec tout ce qui relevait du fonctionnement de Johny Ravin. »
Repères
- Une note
Le 4 mai 2004, quelques semaines après la mise en examen de Johny Ravin, la gendarmerie de Guyane a rédigé une note sur Merci Seigneur, que nous nous sommes procurée et dont nous publions quelques extraits. Cette note a été incluse dans une autre sur « le domaine sectaire en Guyane » . Merci Seigneur n'a pas été classée comme une secte dans le rapport parlementaire de 1996.
- Création
« Merci Seigneur a été déclarée en préfecture le 3 octobre 1983 et appartient à la sphère évangélique à tendance pentecôtiste. Elle est cependant l'une des rares églises évangéliques à être authentiquement locale contrairement à la plupart qui sont d'origine nord-américaine. Elle revendique plus de 3 000 fidèles et sympathisants. »
- Prosélytisme
« Son succès résulte d'une habile politique de communication envers les laissés pour compte de la société. Elle attire à elle un grand nombre de personnes en difficulté mettant à leur disposition 24 heures/24 une permanence téléphonique SOS Détresse dans les trois DFA. Son outil de propagande le plus efficace reste néanmoins la radio libre de l'association Radio Merci Seigneur qui émet en Martinique et en Guyane. »
- Patrimoine
« Le patrimoine (de Merci Seigneur) se confond avec celui de son « gourou » Johny Ravin. Aujourd'hui, ce dernier [...] est à la tête de vingt-trois églises, réparties aux Antilles-Guyane et même en France hexagonale, dont il perçoit 10% du produit global (soit 12 000 euros par mois, selon l'instruction, ndlr). [...] En 1994, (le pasteur de Guyane) est renvoyé par [...] Johny Ravin qui lui reproche « son manque de réussite » au niveau financier. »
- Immobilier
« Cet enrichissement personnel comprend aussi la construction d'un immeuble de trois étages au 124 rue Christophe-Colomb dont il est propriétaire et qu'il loue à l'association Merci Seigneur, à sa radio et à la permanence téléphonique, ainsi que la construction d'une villa route de Bourda à Cayenne et d'un hangar dénommé « Assemblée de l'église évangéliste » , sis route de Baduel, où il réunit les fidèles trois fois par semaine. »
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25 mai 2012