Lycéen et sans papiers : « J'ai peur »
T.F.
France-Guyane
15.02.2012
Selon RESF, de nombreux lycéens ont reçu un ordre de quitter le territoire français (TF)
Félix est un élève de terminale de nationalité haïtienne. Même s'il a entrepris les démarches pour que sa situation soit régularisée, il avoue craindre l'expulsion vers son pays d'origine.
La semaine dernière, un lycéen âgé de 18 ans et scolarisé en CAP au lycée Michotte de Cayenne a été expulsé de Guyane. Un incident qui a provoqué une mobilisation de la communauté enseignante. Mais qui a également accentué le sentiment d'insécurité des jeunes étudiants de nationalité étrangère dont la situation administrative s'avère quelque peu ambigüe. A l'image de Félix. Félix est un lycéen comme les autres. Il vit avec ses parents, suit sa scolarité dans un établissement de Cayenne, emprunte les transports en commun pour se déplacer. A priori, rien ne semble le distinguer de ses camarades de classe. A l'exception de sa nationalité. Félix n'est pas Français mais Haïtien. Et, comme il n'hésite pas à le préciser, il est « illégal » . Pour la simple et bonne raison qu'il ne dispose d'aucun papier réglementaire pour séjourner sur le territoire français. Car, même s'il est encore scolarisé, il a depuis deux ans dépassé l'âge légal de la majorité. « Je suis arrivé en 2009 en Guyane et j'ai tout de suite fait une demande auprès du rectorat pour aller à l'école, explique le jeune homme. J'ai aussi fait les démarches à la préfecture pour avoir des papiers. Parce que je veux continuer mes études. Mais ça fait quatre mois et je n'ai toujours pas de réponse » , regrette-t-il. Et lorsqu'il a remis son dossier, aucun récépissé attestant de sa démarche ne lui a été remis. « Ma mère et mon frère ont leur carte de résident, mais moi je ne sais pas si je dois rester, murmure-t-il. J'ai peur. Même si mon comportement fait que je ne suis pas contrôlé par la police, on ne sait jamais. » Après l'expulsion d'un lycéen vers le Brésil la semaine dernière, le Réseau éducation sans frontière (RESF) et la députée Christiane Taubira ont demandé à s'entretenir avec le préfet. Cette rencontre doit avoir lieu aujourd'hui, à 17 heures. Le président de Région, Rodolphe Alexandre, assure être entré en contact avec le préfet pour obtenir une explication. Selon l'élu, « le problème est réglé » . De fait, le lycéen expulsé est déjà revenu à Cayenne. Il a franchi le barrage de Bélizon grâce à son certificat de scolarité. Son dossier a été examiné vendredi par le tribunal administratif. Le rapporteur public s'est prononcé en faveur d'un non lieu à statuer. Difficile de valider une demande d'expulsion qui a déjà été appliquée.