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Les photographies de Pierre Verger voyagent sur les fleuves marrons
Y. A.
France-Guyane
25.07.2009
Les sauts du Tapanahoni sont parmi les plus réputés des fleuves. Les membres de l'expédition ont souvent craint pour l'intégrité du matériel électronique et informatique. (CC-V)
370 kilomètres de fleuve et rivières parcourus en pirogue, plus de douze projections dans les villages du Lawa, du Tapanahoni et du Maroni, une trentaine de catalogues expliqués et offerts aux autorités coutumières et aux populations : l'aventure a remporté un grand succès auprès des publics.
« En concevant cette exposition dans les villes du littoral guynais, à Paramaribo, Belém ou Fort-de-France, nous avions tout de suite envisagé une solution technique pour présenter les photos de Verger aux gens du fleuve, les premiers concernés. Prendre une pirogue et projeter les photos sur un grand drap blanc de village en village nous est apparu le moyen le plus efficace pour toucher un maximum de monde. Ça n'a pas toujours été une partie de plaisir mais on y est arrivé en respectant notre programmation à la lettre, malgré les aléas. » David Redon, co-commissaire et organisateur de l'exposition, note aussi que cette expédition a révélé l'enclavement et l'isolement - et pas uniquement culturel - des Bushinengés. Ainsi, à Grand-Santi où le téléphone est coupé depuis des semaines, personne ne semblait au courant des projections malgré l'envoi du catalogue d'exposition et du programme au maire. Même la gendarmerie et le dispensaire étaient coupés du monde. Pour les habitants, c'est une situation habituelle qui tranche avec l'activité fourmillante des villages de la rive surinamaise, drainée par le moteur de l'activité aurifère. L'itinéraire entamé à Maripa-Soula, capitale du pays aluku, s'est poursuivi jusqu'à New Wakapu, Papaïchton, Loka puis Grand-Santi. Entre les projections, la pirogue s'arrêtait dans des villages pour expliquer le but de la mission et laisser au photographe Christophe Chat-Verre et au cameraman Seefiann Deie le temps de faire des prises de vue.
Un capitaine à Anpoma Tapu, une des îles de Providence. (CC-V)Fête nationale au camp Lunier
Le 14 juillet, l'expédition se trouvait au camp Lunier. Les hommes du 9e Régiment d'infanterie de marine, en charge de la lutte contre l'orpaillage clandestin, ont pu bénéficier d'une projection improvisée. Pour le commandement, cela a été « une bonne occasion d'approfondir leurs connaissances des sociétés avec lesquelles ils travaillent tous les jours » . Une projection qui a été très appréciée par les soldats qui ont même demandé à David Redon une présentation succincte de l'histoire de l'or et de l'orpaillage en Guyane jusqu'à aujourd'hui, tandis que Seefiann Deie, hedeman auprès du Gran Man Boni Joseph Joachim, est intervenu sur le rôle des Bonis et des Alukus dans l'affirmation de la frontière franco-surinamaise et la conservation de l'intégrité du territoire national, avant que les militaires français ne reprennent cette fonction. Retour à Dri Tabiki
À Grand-Santi, la pirogue affrétée par le Parc amazonien de Guyane a laissé sa place à celle des piroguiers Napo et Théo, spécialistes des sauts et des passes du Tapanahoni. Antoine Lamoraille, président de l'association de promotion des cultures bushinengé Mama Bobi, a alors rejoint l'équipe pour accompagner symboliquement le retour des photos de Verger et transmettre un message au Gran Man ndyuka Gazon Matodja. Celui-ci, âgé de plus de 88 ans et en exercice depuis 43 ans (1966) à Dri Tabiki (« Les trois îles » ), capitale du pays ndyuka sur le Haut Tapanahonyet, est le plus ancien de tous les Grans Mans en activité. Entouré par ses capitaines, il a reçu la délégation de l'expédition. Comme chaque soir, il a fallu sillonner le village pour convier le public, trouver le meilleur lieu de projection possible et installer écran, ordinateur et vidéo projecteur à la lueur des lampes torches ou de l'électricité du groupe électrogène. La projection a été l'occasion d'échanges avec le public pour expliquer le sens de la présence de cette exposition et l'origine exacte de chaque photographie. Dans l'assistance, certains ont reconnu des personnes encore en vie, dont l'une habite encore à quelques kilomètres de Dri Tabiki. Le Gran Man a salué cette « démarche forte de restitution et de transmission culturelle pour le patrimoine bushinengé et ndyuka » . Une photographie de Pierre Verger est allée rejoindre les nombreux témoignages d'amitié provenant de personnalités du monde entier, regroupés dans son musée, au rez-de-chaussée. L'aventure n'excluant pas la technologie, c'est grâce à la radio locale (jointe par un téléphone portable doté d'une puce surinamaise) qui émet sur tout le Tapana- honi, que les membres de l'expédition ont pu convier un maximum de personnes aux différentes projections sur le Tapanahoni et le Maroni.
À l'issue d'une longue entrevue à propos du passage de Pierre Verger en 1948, le Gran Man a reçu une photographie représentant un enfant assis.